Couverture : Monseigneur Sac-de-Riz

Japon

Monseigneur Sac-de-Riz

Pays
Japon
Âge
6–10 ans
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Monseigneur Sac-de-Riz

Au Japon vivait un vaillant guerrier nommé Fujiwara Hidesato. Plus tard, on l’appela Tawara Toda, « Monseigneur Sac-de-Riz ». Voici comment il gagna ce nom singulier. Par une matinée claire, Hidesato prit la route, son grand arc à la main et son carquois sur le dos. En arrivant au pont qui traversait le lac Biwa, il s’arrêta net. Un immense dragon était couché en travers des planches. Son corps avait l’épaisseur d’un vieux pin, sa queue touchait un bord du pont et une patte pendait de l’autre côté. De petites flammes sortaient de ses naseaux. Le cœur de Hidesato battit plus vite. — Reculer ne m’apprendra rien, murmura-t-il. Il continua. Il enjamba une patte écailleuse, passa entre les anneaux de l’immense corps et traversa le pont sans se retourner. Lorsqu’il atteignit l’autre rive, quelqu’un l’appela : — Noble guerrier, attendez ! Hidesato se retourna. Le dragon avait disparu. À sa place se tenait un homme vêtu de vert, avec des motifs de coquillages et une étrange couronne. — C’est vous qui m’avez appelé ? — Oui. Je suis le Roi-Dragon du lac Biwa. Le dragon sur le pont était une forme magique. J’attendais depuis longtemps une personne qui ne fuirait pas devant mon apparence. — Pourquoi ? Le Roi-Dragon soupira. — Une gigantesque scolopendre s’est installée sur le mont Mikami. Chaque nuit, elle descend vers le lac et terrorise ma famille. Nous ne pouvons plus vivre paisiblement chez nous. J’ai besoin d’un homme assez courageux pour nous aider. Hidesato regarda la montagne lointaine. — J’essaierai. Le Roi-Dragon le conduisit dans son palais sous le lac. L’eau s’ouvrit devant eux comme un rideau transparent. Derrière apparurent des colonnes nacrées, des jardins de corail et des poissons d’or. Un banquet fut organisé. Mais soudain, le sol trembla. Boum. Boum. Boum. Sur le flanc de la montagne, des lumières s’allumèrent dans l’obscurité. — Elle arrive, murmura le Roi-Dragon. Hidesato saisit son arc. Il ne lui restait que trois flèches. La première atteignit la créature mais rebondit sur sa carapace. La deuxième également. — Une seule reste, souffla le Roi-Dragon. Hidesato observa longuement l’animal. Il se rappela une vieille leçon de chasseurs : ce qui paraît invincible ne se vainc pas toujours avec davantage de force. Il faut parfois connaître le bon moment et le bon point. Il humidifia la pointe de sa dernière flèche, attendit que la créature relève la tête, puis tira. La scolopendre s’immobilisa. Les petites lueurs le long de son corps s’éteignirent les unes après les autres. Elle recula vers la montagne et ne revint jamais menacer le palais du lac. Un vent violent se leva, le tonnerre roula, puis tout redevint calme. Au matin, les habitants du palais sortirent enfin sans peur. — Tu as sauvé notre maison, dit le Roi-Dragon. Laisse-nous te remercier. On apporta un grand gong de bronze, un sac de riz, un rouleau de soie et une marmite. — Je ne vous ai pas aidés pour une récompense. — C’est précisément pour cela que nous souhaitons t’en offrir une. Hidesato rentra chez lui. Il découvrit bientôt que certains cadeaux étaient enchantés. Le sac de riz ne se vidait jamais. Le rouleau de soie retrouvait chaque matin sa longueur complète. La marmite savait cuire seule lorsqu’on y mettait les ingrédients. Quant au gong, son son était si pur que Hidesato l’offrit à un temple. Il aurait pu cacher les autres objets et vivre dans l’abondance. Il choisit autrement. Lors d’une mauvaise récolte, le riz nourrit les familles qui en manquaient. La soie servit à ceux qui avaient besoin de vêtements. La marmite travailla souvent pendant les fêtes et les grands repas communs. Les gens demandaient : — Combien de riz contient donc ce sac ? Hidesato plaisantait : — Peut-être exactement autant qu’un cœur généreux sait en partager. C’est ainsi qu’on commença à l’appeler Monseigneur Sac-de-Riz. Mais il considérait que son plus grand trésor n’était pas magique. Ce jour-là, sur le pont, il avait compris que le courage ne signifie pas l’absence de peur. Il commence quand la peur est bien là, mais que l’on avance tout de même parce que quelqu’un a besoin d’aide.

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