Couverture : La jeune fille sage

Russie

La jeune fille sage

sagesse, énigmes, ingéniosité

Pays
Russie
Âge
6–10 ans
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La jeune fille sage

Il était une fois un jeune homme qui avait perdu ses parents très tôt. Son oncle l’avait recueilli. Il le nourrissait, lui apprenait à s’occuper de la ferme et, lorsqu’il fut assez grand, lui confia la garde des moutons.

Le jeune homme était bon et travailleur, mais il ne trouvait pas toujours rapidement la réponse aux questions difficiles. Son oncle aimait vérifier s’il savait se servir de sa tête autant que de ses mains.

Un matin, l’oncle l’appela et lui dit :

— Conduis le troupeau au marché. Ramène tous les moutons sains et saufs, mais vends quelque chose de chacun d’eux pour gagner de l’argent sans leur faire de mal. Avec cet argent, achète ton déjeuner et de quoi nourrir les moutons.

Le jeune homme se gratta la nuque.

— Comment faire ? Si je vends les moutons, je ne les ramènerai pas. Et si je les ramène, que pourrai-je vendre ?

Il mena le troupeau sur la route, arriva dans une grande prairie et s’assit près du sentier pour réfléchir.

Bientôt, une jeune fille passa par là. Elle aperçut le berger soucieux et demanda :

— Pourquoi fronces-tu ainsi les sourcils ? On dirait que tu portes des nuages au-dessus de la tête.

Le jeune homme lui raconta la tâche confiée par son oncle.

La jeune fille sourit.

— Tu peux faire cela sans le moindre mal. Les moutons ont une laine épaisse après l’été. Tonds-les avec précaution, vends la laine au marché et ramène les animaux. Avec une partie de l’argent, achète ton repas, et avec le reste, leur nourriture. Tu auras respecté toutes les consignes.

— Je n’y avais pas pensé ! s’écria le jeune homme, ravi. Merci.

C’est ce qu’il fit. Les moutons furent tondus avec soin, leur laine se vendit facilement au marché et, le soir, tout le troupeau rentra à la maison, rassasié et tranquille.

L’oncle compta l’argent et plissa les yeux.

— Bien trouvé. Mais dis-moi franchement : as-tu eu l’idée tout seul ?

— Non, répondit le jeune homme. Une jeune fille que j’ai rencontrée au bord de la route m’a conseillé.

— Elle est donc vraiment ingénieuse, dit l’oncle. Retiens ceci : il n’y a aucune honte à ne pas savoir. Ce qui est honteux, c’est de ne pas écouter un bon conseil.

Quelque temps passa. Un jour, l’oncle envoya son neveu vendre du grain à la ville. En chemin, le jeune homme rencontra un meunier riche. Celui-ci voyageait dans une voiture légère tirée par un cheval bai bien nourri, tandis que le jeune homme conduisait une simple charrette attelée à une jument grise.

Vers le soir, ils s’arrêtèrent dans un champ pour se reposer. Ils laissèrent leurs chevaux brouter côte à côte et se couchèrent pour dormir.

Pendant la nuit, la jument grise donna naissance à un poulain.

Le meunier se réveilla le premier. Il vit le petit et pensa : « Quel beau poulain ! J’aimerais bien le garder. » Il le conduisit donc doucement près de sa voiture.

Au matin, le jeune homme se réveilla et comprit aussitôt à qui appartenait le poulain.

— C’est le poulain de ma jument.

— Pas du tout, répliqua le meunier. Je l’ai trouvé près de ma voiture, il est donc à moi.

— Une voiture ne peut pas être sa mère, s’étonna le jeune homme.

Mais le meunier ne voulait rien entendre. Ils décidèrent finalement de consulter un juge en ville.

Le juge les écouta tous deux, puis dit :

— Je trancherai votre dispute. Mais d’abord, je voudrais entendre comment vous raisonnez. Résolvez quatre énigmes. Qu’y a-t-il de plus rapide et de plus fort au monde ? Qu’est-ce qui nourrit le plus généreusement ? Qu’y a-t-il de plus doux au toucher ? Et qu’y a-t-il de plus doux à savourer ?

Il leur donna trois jours pour répondre.

Le meunier rentra chez lui et consulta longuement sa famille. L’un disait que le cheval était le plus rapide. Un autre affirmait que rien n’était plus doux au toucher qu’un oreiller de duvet. Un troisième vantait le plat le plus nourrissant.

Le jeune homme, lui, sortit de nouveau de la ville et s’assit au bord de la route. Il était si absorbé par ses pensées qu’il n’entendit même pas des pas approcher.

— Encore une énigme ? demanda une voix familière.

La même jeune fille se tenait devant lui.

Ravi, le jeune homme lui raconta tout, du début à la fin.

Elle garda un moment le silence en regardant une brise légère courir dans l’herbe.

— Le plus rapide et le plus fort, c’est le vent, dit-elle. On ne peut ni le rattraper ni le retenir entre ses mains. La plus généreuse, c’est la terre : elle nourrit les herbes, les arbres, les humains et les animaux. Ce qu’il y a de plus doux au toucher, c’est la paume d’une main, car même sur l’oreiller le plus moelleux, nous glissons souvent une main sous notre joue. Et le plus doux à savourer, c’est le sommeil, surtout après un travail honnête.

Le jeune homme se mit à rire.

— Quand tu expliques, tout paraît si simple !

Trois jours plus tard, tous deux comparurent de nouveau devant le juge.

Le meunier cita son cheval, un porc bien gras, un oreiller de duvet et le mets le plus sucré de sa maison.

Le jeune homme répondit :

— Le vent. La terre. La paume. Le sommeil.

Le silence se fit dans la salle.

Ce jour-là, le souverain du pays assistait aux audiences. Il écouta attentivement les réponses et dit :

— Ces paroles révèlent de l’esprit, mais aussi de l’observation. Maintenant, parlons du poulain. S’il est né de la jument grise, il appartient au propriétaire de celle-ci. Le fait que quelqu’un l’ait déplacé près d’une autre voiture n’y change rien.

Le meunier dut céder, et le jeune homme reprit sa jument et son poulain.

Le souverain lui demanda toutefois :

— As-tu résolu mes énigmes tout seul ?

Le jeune homme ne s’attribua pas la sagesse d’une autre.

— Non. Une jeune fille m’a aidé.

— Alors, je voudrais la rencontrer, dit le souverain. Transmets-lui cette tâche : qu’elle vienne demain au palais, ni à pied ni à cheval, ni vêtue ni dévêtue, et qu’elle apporte un cadeau que l’on ne pourra pas garder.

Le jeune homme ouvrit de grands yeux.

— Mais comment faire ?

Pourtant, en entendant la tâche, la jeune fille se contenta de rire.

— Prête-moi un petit bouc et un grand filet de pêche, et trouve deux moineaux. Tu verras le reste demain.

Le lendemain matin, elle s’enveloppa d’un large filet par-dessus une chemise légère, s’assit sur le petit bouc de manière que ses pieds touchent le sol et l’aident à avancer, et tint deux moineaux dans ses mains.

C’est ainsi qu’elle arriva au palais.

Le souverain vint à sa rencontre et rit de surprise.

— Tu es donc venue ni à pied ni à cheval ?

— Exactement. Le petit bouc me porte, mais je marche avec lui.

— Et tu n’es ni vêtue ni dévêtue ?

— Je porte des vêtements, mais par-dessus, je n’ai ni manteau ni robe : j’ai un filet.

— Et où est le cadeau que l’on ne peut pas garder ?

La jeune fille tendit les mains.

— Ici.

Le souverain se pencha pour prendre les moineaux, mais elle ouvrit les mains. Les oiseaux battirent des ailes et s’envolèrent par une fenêtre ouverte.

— Le cadeau était dans mes mains, dit-elle, mais il est impossible de le garder. Un oiseau libre appartient au ciel, pas à une cage.

Le souverain hocha la tête avec approbation.

— Tu es vraiment sage. Reste à la cour. Nous avons besoin ici de quelqu’un qui sait voir au-delà des apparences.

La jeune fille répondit :

— Merci. Mais ce jeune homme m’a aidée à accomplir votre tâche, et je ne veux pas oublier sa contribution.

— Voilà encore une réponse sage, dit le souverain. L’intelligence sans gratitude ne vaut pas grand-chose.

Dès lors, la jeune fille aida souvent à résoudre les affaires compliquées. Le jeune homme apprenait auprès d’elle à poser des questions, à mieux observer et à ne pas tirer de conclusions trop vite. Il n’avait jamais honte de dire : « Je ne sais pas, mais je peux apprendre. »

La jeune fille, quant à elle, appréciait son honnêteté : il ne s’était jamais attribué une seule de ses idées.

Avec le temps, ils comprirent qu’ils étaient heureux ensemble. Ils décidèrent eux-mêmes de fonder une famille et vécurent en harmonie : l’une avait un esprit vif, l’autre un cœur bon et l’envie d’apprendre, et ensemble, ils devenaient tous les deux plus sages.

Depuis ce temps, on aimait répéter dans ce pays que la meilleure réponse ne vient pas à celui qui prétend tout savoir, mais à celui qui sait écouter, réfléchir et remercier pour un bon conseil.