

Inde
Le marchand prudent et le marchand irréfléchi
voyage, décisions, prudence, sagesse
- Pays
- Inde
- Âge
- 5–9 ans

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Le marchand prudent et le marchand irréfléchi
Il était une fois, dans une grande ville, deux marchands qui se préparaient à partir au même moment.
Tous deux avaient acheté des marchandises : des étoffes, de la vaisselle, des parfums, de l’huile, du grain et toutes sortes de petits objets qu’ils comptaient vendre dans des villages et des bourgs lointains. Chacun possédait une caravane de chariots tirés par des bœufs et employait des hommes pour l’aider pendant le voyage.
L’un des marchands était jeune, prompt à décider et très sûr de lui.
L’autre avait davantage d’expérience. Il prenait le temps d’examiner la route, d’écouter les gens et de vérifier que tout était prêt avant de donner une réponse.
Lorsque vint le moment du départ, le marchand expérimenté dit :
— Nous ferions mieux de ne pas voyager ensemble. Deux grandes caravanes auraient du mal à trouver assez d’eau, d’herbe pour les bœufs et de place pour passer la nuit. L’un de nous doit partir le premier.
Le jeune marchand pensa aussitôt :
« Parfait ! Si je pars le premier, la route sera libre, l’herbe fraîche, l’eau propre, et les acheteurs n’auront pas encore vu d’autres marchandises. »
— Je partirai le premier, dit-il.
— Soit, répondit le marchand expérimenté.
Et chacun fut satisfait de sa décision.
Bientôt, la première caravane atteignit une vaste plaine aride. Devant elle s’étendait une route désertique où, pendant plusieurs jours de marche, on ne trouverait ni rivière ni puits.
Le jeune marchand ordonna de remplir d’eau les grandes jarres.
— Emportons-en assez pour les hommes et les bœufs, dit-il.
Les chariots étaient plus lourds, mais chacun avait l’esprit tranquille.
Or, d’après le vieux conte, ce désert abritait des esprits rusés. Ils aimaient égarer les voyageurs et voir s’il était facile de les tromper.
L’un de ces esprits aperçut la caravane et imagina une ruse.
Il prit l’apparence d’un riche voyageur. Son chariot semblait éclaboussé de terre mouillée, de l’herbe fraîche pendait à ses roues, et des fleurs aquatiques étaient posées tout près. Même les vêtements de ses compagnons paraissaient humides.
Lorsqu’ils rencontrèrent la caravane, l’esprit demanda aimablement :
— Où allez-vous ?
— Nous traversons le désert pour rejoindre les villages de l’autre côté, répondit le marchand. Et vous, d’où venez-vous ?
— De l’endroit où vous vous rendez. Il vient d’y avoir de fortes pluies. Plus loin, vous trouverez des étangs et des ruisseaux partout.
Le marchand regarda les roues mouillées avec étonnement.
— Vraiment ?
— Bien sûr. Mais que contiennent ces lourdes jarres, sur le dernier chariot ?
— De l’eau.
L’esprit sourit.
— Pourquoi transporter un poids inutile ? Videz-les. Dans quelques heures, vous trouverez de l’eau fraîche.
Les hommes de la caravane hésitèrent.
— Et si nous en gardions au moins une partie ? demanda l’un d’eux.
Mais le jeune marchand avait déjà pris sa décision.
— Vous voyez bien les roues mouillées ! Vous voyez les fleurs aquatiques ! Pourquoi faire peiner les bœufs ?
Et il ordonna de vider les jarres.
La caravane poursuivit sa route.
Une heure passa. Puis une deuxième.
Le soleil montait toujours plus haut.
Il n’y avait aucun étang.
Pas le moindre ruisseau non plus.
Et la bande sombre qu’ils avaient prise de loin pour une forêt n’était que des nuages au-dessus de l’horizon.
— Encore un peu, répétait le marchand.
Mais une journée passa, et il fallut se rendre à l’évidence : on les avait trompés.
Les hommes ménageaient leurs forces, s’abritaient à l’ombre des chariots et se partageaient les dernières gorgées restées par hasard dans de petits récipients. Les bœufs eux aussi avançaient à grand-peine.
Pendant la nuit, les esprits rusés se glissèrent dans la partie du camp que les voyageurs avaient délaissée et emportèrent quelques ballots de marchandises. Heureusement, les voyageurs étaient restés ensemble, sans s’éloigner les uns des autres.
Ils finirent par rencontrer un groupe de voyageurs qui connaissait un chemin plus court pour rejoindre un puits. Ceux-ci aidèrent la caravane à sortir du désert.
Tout le monde était sauf, mais une partie des marchandises avait été perdue, les bœufs étaient épuisés et le voyage qui devait rapporter de gros bénéfices s’était transformé en une dure leçon.
Quelques semaines passèrent.
Le second marchand s’engagea sur la même route.
Avant le désert, il vérifia chaque jarre.
— Avons-nous de l’eau ?
— Oui.
— Des réserves de nourriture ?
— Oui.
— Les cordes, la toile pour faire de l’ombre, le fourrage pour les bœufs ?
— Tout est là.
Lorsque la caravane entra dans le désert, l’esprit rusé reparut sur la route sous la même apparence.
Des roues mouillées. Des fleurs aquatiques. De l’herbe humide.
— Il a plu plus loin ! annonça-t-il joyeusement. Videz vos jarres, vous n’aurez pas besoin de cette eau.
Certains hommes s’animèrent.
— Peut-être avancerions-nous vraiment plus facilement ?
Mais le marchand prit son temps.
Il regarda le ciel.
— Voyez-vous des nuages de pluie ? demanda-t-il.
— Non.
— Sentez-vous un vent frais et humide ?
— Non.
— L’un de vous a-t-il déjà entendu dire qu’il y avait des lacs dans cette partie du désert ?
— Jamais.
Alors le marchand s’adressa à l’inconnu :
— Merci de votre conseil. Mais nous ne vidons pas l’eau que nous possédons tant que nous n’avons pas vu une nouvelle source de nos propres yeux.
Pendant un instant, le sourire du voyageur prit une expression étrange.
Puis il s’en alla rapidement.
Le marchand le suivit du regard.
— Retenez ceci, dit-il à ses hommes. Une histoire convaincante n’est pas une preuve. Surtout lorsqu’elle nous invite à renoncer sur-le-champ à ce qui pourrait nous sauver pendant le voyage.
Ils poursuivirent leur route.
Vers le soir, la caravane découvrit les traces du premier voyage : des cordes abandonnées, des chariots vides, de petits objets éparpillés. Auprès d’une roue gisait une jarre brisée.
Tous comprirent alors pourquoi l’inconnu avait tant insisté pour qu’ils se débarrassent de leur eau.
— Heureusement que nous avons vérifié ce qu’il disait, remarqua l’un des aides.
— Et heureusement que nous n’avons pas décidé simplement parce que nous avions envie d’aller plus vite, ajouta un autre.
Pour la nuit, le marchand disposa les chariots en cercle afin que tout le monde reste ensemble. Les bœufs se reposaient à l’intérieur, l’eau et les marchandises demeuraient sous surveillance, et les hommes montaient la garde deux par deux.
Mais les esprits rusés ne s’approchèrent plus.
Le lendemain, la caravane traversa le reste du désert sans encombre. Le marchand vendit ses marchandises, renouvela ses provisions et rentra chez lui par la même route.
Lorsqu’il revit le jeune marchand, celui-ci ne se vantait plus de toujours prendre ses décisions le premier.
— J’ai vu des roues mouillées et j’ai cru tout le reste, avoua-t-il. Je ne me suis même pas demandé d’où pouvaient venir des étangs dans le désert.
Le marchand expérimenté hocha la tête.
— Tout le monde peut se tromper. Ce qui compte, c’est d’apprendre à se poser encore une question avant une décision importante : « Comment est-ce que je le sais ? »
— Et de ne pas jeter son eau avant d’en avoir trouvé d’autre, ajouta le jeune homme en souriant.
— C’est aussi une règle très utile.
Dès lors, avant de partir pour un long voyage, le jeune marchand n’hésita plus à vérifier sa carte deux fois, à demander conseil et à garder des réserves pour les imprévus.
Car une décision rapide paraît parfois la plus commode.
Mais une décision sage commence souvent par une courte pause, un regard attentif autour de soi et une simple question :
— Est-ce vraiment le cas ?
