

Corée du Sud
Un Fiancé pour Mademoiselle Taupe
taupe, famille, recherche du plus fort, humour
- Pays
- Corée du Sud
- Âge
- 4–8 ans

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Un Fiancé pour Mademoiselle Taupe
Sous terre, non loin de la grande statue de pierre de Mireuk, vivait une famille de taupes.
Un matin de printemps, une petite fille naquit chez eux. Elle grandit, curieuse et vive, et savait à merveille creuser de nouvelles galeries là où les autres taupes ne voyaient que de la terre dure.
Papa Taupe était immensément fier d’elle.
— Ma fille est extraordinaire, répétait-il à ses voisins. Il lui faudra donc un jour un compagnon qui soit le plus remarquable du monde entier !
Lorsque Mademoiselle Taupe fut assez grande pour prendre elle-même ses décisions, son père annonça soudain :
— Je vais trouver le fiancé le plus puissant de l’univers !
Mademoiselle Taupe haussa les sourcils.
— Papa, tu pourrais d’abord trouver le plus puissant, et ensuite, nous verrons si nous nous plaisons ?
— Bien sûr, bien sûr, répondit vivement son père. C’est exactement ce que je voulais dire.
Et il partit à sa recherche.
Il pensa d’abord au Ciel.
« Qu’y a-t-il de plus majestueux ? se demandait-il. Il recouvre le monde entier. »
Il sortit de son terrier, leva son petit museau et appela :
— Grand Ciel Bleu ! Tout le monde dit que tu t’étends au-dessus des montagnes, des rivières et des villes. Es-tu le plus puissant du monde ?
Le Ciel lui répondit d’une voix paisible :
— Je suis grand, mais je ne suis pas le plus puissant. Quand le Soleil se lève, il me remplit de lumière. Quand il se cache, mes couleurs changent. Va parler au Soleil.
Papa Taupe le remercia et attendit le matin.
Le Soleil se leva, doré et éclatant.
— Soleil ! appela Taupe, en protégeant ses yeux d’une patte. On dit que tu es plus fort que le Ciel. Serais-tu le plus puissant du monde ?
Le Soleil eut un rire chaleureux.
— Je peux réchauffer les champs et éclairer les routes, mais regarde par là.
Un gros Nuage traversait justement le ciel.
Il passa devant le Soleil, et la lumière se fit plus douce.
— Le Nuage peut me cacher, dit le Soleil. Demande-lui.
Papa Taupe attendit que le Nuage s’approche.
— Honorable Nuage ! Tu es capable de cacher jusqu’au Soleil. Es-tu le plus puissant ?
Le Nuage se gonfla de surprise.
— Moi ? Regarde ce que le Vent me fait !
En effet, une petite brise se leva.
Fou-ou-ou !
Le Nuage poursuivit sa route.
— Je peux cacher le Soleil, dit-il en s’éloignant, mais le Vent me pousse où il veut.
Papa Taupe se tourna vers le Vent.
— Monsieur le Vent ! Tu déplaces les Nuages. Tu dois être le plus fort !
Le Vent siffla entre les arbres, fit onduler l’herbe, tourbillonner quelques feuilles sèches et répondit :
— Je peux chasser les nuages et balancer les branches. Mais vois-tu cette immense statue de pierre de Mireuk ? Je souffle sur elle depuis des années. Je siffle près de ses oreilles. Je l’assaille de tous côtés. Et elle reste debout.
Taupe regarda Mireuk.
La silhouette de pierre dominait le versant, comme si elle faisait partie de la montagne elle-même.
« Le voilà ! se réjouit le père. Le plus puissant ! »
Il courut jusqu’à son pied et cria vers le haut :
— Grand Mireuk ! Le Ciel a reconnu la force du Soleil, le Soleil celle du Nuage, le Nuage celle du Vent, et le Vent a reconnu que tu étais plus fort que lui. Tu es donc le plus puissant du monde !
Le géant de pierre resta longtemps silencieux.
Puis sa voix sembla résonner à travers la roche :
— Je suis grand et lourd. Le Soleil ne peut pas me faire fondre. Le Vent ne peut pas me déplacer. La pluie ne peut pas me faire quitter ma place.
Papa Taupe bondit de joie.
— J’ai donc enfin trouvé le plus fort !
— Ne te presse pas, dit Mireuk. Regarde en bas.
Taupe baissa les yeux.
Tout contre le pied de pierre, on apercevait un petit monticule de terre fraîche.
Une jeune taupe mâle en sortit le museau.
— Que fais-tu ? demanda le père, étonné.
— Je creuse un tunnel, répondit le jeune mâle. La terre est un peu dure ici, à cause de la pierre qui se trouve au-dessus. Mais ce n’est pas grave, je vais passer en dessous.
Mireuk reprit doucement :
— Tu vois. Je ne peux pas déplacer le Vent, mais le Vent ne peut pas me déplacer non plus. Et une petite taupe creuse peu à peu la terre, juste sous mon pied. Chacun possède une force à laquelle une autre force peut résister.
Papa Taupe s’assit par terre.
Il avait fait un si long voyage, alors que la réponse était tout près de chez lui.
Ce soir-là, il retourna auprès de sa fille.
— Je n’ai pas trouvé le plus puissant du monde, avoua-t-il. Le Ciel dépend du Soleil, le Soleil se cache derrière le Nuage, le Vent chasse le Nuage, le Vent ne peut pas déplacer Mireuk, et sous Mireuk, une taupe creuse tranquillement.
Mademoiselle Taupe se mit à rire.
— Alors, peut-être n’avons-nous pas besoin de chercher le plus puissant ?
— Sans doute, reconnut son père. Il vaut mieux trouver quelqu’un avec qui tu te sens bien.
À cet instant, la jeune taupe mâle que le père avait vue près de Mireuk passa devant leur terrier. Il apportait un panier de racines à sa grand-mère et les salua.
Mademoiselle Taupe engagea la conversation avec lui. Il s’avéra que lui aussi aimait creuser de nouveaux tunnels, qu’il savait où la terre était la plus tendre après la pluie et qu’il ne riait jamais quand quelqu’un se trompait de direction.
Ils devinrent amis. Puis, quelque temps plus tard, ils décidèrent eux-mêmes qu’ils souhaitaient vivre ensemble.
Cette fois, Papa Taupe ne fit aucune annonce et ne compara personne au Soleil ni au Vent.
Il dit seulement :
— Voilà sans doute la meilleure réponse.
Et depuis ce jour, lorsque quelqu’un discutait dans la petite ville des taupes pour savoir qui était le plus fort du monde, le vieux Taupe souriait :
— Il existe bien des sortes de force. Et le bonheur, lui, ne se mesure pas à la force.
