Couverture : Le Tigre mal élevé

Corée du Sud

Le Tigre mal élevé

tigre, gratitude, astuce, grenouille

Pays
Corée du Sud
Âge
5–9 ans
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Le Tigre mal élevé

Un grand tigre rayé vivait dans les montagnes. Les villageois l'appelaient l'Oncle de la Montagne.

Il était fort, agile et terriblement sûr de lui.

— Aucun piège ne m'attrapera, se vantait le tigre. Je connais toutes les ruses des humains.

Un matin d'automne, il marchait entre les rochers, à la recherche de nourriture. Soudain, il aperçut un autre tigre devant lui.

Celui-ci était aussi grand, aussi rayé que lui et le regardait droit dans les yeux.

L'Oncle de la Montagne leva la queue.

L'inconnu leva aussi la queue.

Le tigre gronda.

L'autre gronda aussi.

— Alors, tu veux te mesurer à moi ? s'emporta l'Oncle de la Montagne.

Il bondit en avant et tomba dans une profonde fosse creusée par des chasseurs.

Il n'y avait aucun autre tigre. Un miroir était suspendu au-dessus du piège, caché par des branches. L'Oncle de la Montagne avait simplement vu son propre reflet.

— Me voilà bien, grommela-t-il au fond de la fosse.

Le temps passa. Un moine voyageur suivait le sentier. Il entendit un grondement triste et regarda en bas.

— Qui est là ?

— Moi ! Aide-moi ! répondit le tigre. Je me suis blessé à la patte et je ne peux pas sortir seul.

Le moine pensait qu'il fallait traiter tous les êtres vivants avec compassion.

Il trouva un long tronc, en abaissa un bout dans la fosse et dit :

— Essaie de grimper dessus.

Le tigre remonta, secoua la terre de son pelage et déclara solennellement :

— Je te remercie.

Le moine sourit.

Mais le tigre se lécha les babines.

— Seulement, j'ai une faim terrible. Alors, je crois que je vais te manger maintenant.

— Quoi ? s'étonna le moine. Je viens de te sauver !

— C'est vrai, répondit le tigre. Mais j'ai toujours faim.

— Voilà une belle façon de remercier ! Demandons à quelqu'un de nous départager.

Le tigre accepta.

Un vieil arbre poussait tout près.

— Arbre, demanda le moine, est-il juste de rendre le mal à celui qui vous a aidé ?

Les feuilles bruissèrent.

— Non, répondit l'arbre. La bonté mérite la gratitude.

Le tigre agita la queue, mécontent.

— L'arbre n'y comprend rien. Demandons à quelqu'un d'autre.

Ils s'approchèrent d'un grand rocher.

— Rocher, lequel de nous a raison ? demanda le moine.

Une voix profonde monta d'une fissure :

— Cet homme t'a sauvé. Si tu lui réponds en l'attaquant, tu montreras ton ingratitude, et non ta force.

Le tigre fronça les sourcils.

— Encore un juge !

Une petite grenouille sortit alors de l'herbe.

— Je peux vous écouter, dit-elle.

Le tigre souffla du nez.

— Toi ? Mais tu es plus petite que ma patte !

— Peut-être, répondit calmement la grenouille. Mais vous demandez une réponse intelligente, pas une grande réponse.

Le moine eut du mal à retenir son sourire.

La grenouille les écouta tous deux et dit :

— Je ne peux pas trancher avant d'avoir vu le piège. Montrez-moi comment tout s'est passé.

Ils retournèrent près de la fosse.

— Alors, dit la grenouille, le tigre était en bas ?

— Exactement, répondit le moine.

— Et l'homme se tenait ici ?

— Oui.

— Et le tronc était posé comme cela ?

Pendant que la grenouille interrogeait lentement chacun sur les moindres détails, le moine comprit son idée. Il recula discrètement d'un pas, puis d'un autre, et suivit le sentier vers le monastère.

Le tigre était tellement absorbé par la dispute qu'il ne remarqua rien.

— Alors ? demanda-t-il avec impatience. Qui a raison ?

La grenouille regarda le sentier vide.

— Celui qui est déjà en sécurité.

Le tigre se retourna.

Le moine avait disparu.

— Tu m'as trompé !

— Non, répondit la grenouille. Je t'ai donné le temps de te souvenir de la gratitude. Mais, pendant tout ce temps, tu n'as pensé qu'à toi.

Furieux, le tigre enfonça la patte dans la fente entre les pierres où la grenouille s'était cachée, mais ne put l'atteindre. Il ne fit que s'égratigner le nez contre la pierre rugueuse.

— Aïe !

Alors, la grenouille se mit à rire :

— Un si grand tigre, et deux défaites dans la même journée à cause de son orgueil ! D'abord, tu as combattu ton reflet dans un miroir, et maintenant, une pierre.

L'Oncle de la Montagne s'assit et resta longtemps silencieux.

Il avait honte.

Enfin, il marmonna :

— Il est vrai que la force ne sert sans doute à rien quand on n'a que soi-même en tête.

Il retourna dans les montagnes et ne poursuivit plus le moine.

On dit que, depuis ce jour, lorsque quelqu'un aidait l'Oncle de la Montagne, le tigre pensait d'abord à la fosse, au miroir et à la petite grenouille avant d'ouvrir la gueule.

Et, de plus en plus souvent, il ne l’ouvrait que pour dire deux mots : — Merci sincèrement.