

Corée du Sud
Les Yeux du Lapin
lapin, tortue, royaume sous-marin, ingéniosité
- Pays
- Corée du Sud
- Âge
- 5–9 ans

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Les Yeux du Lapin
Au fond de la mer, sous les vagues bleues, se dressait le palais du roi des mers.
Ses murs étaient recouverts de nacre, des algues rouges et vertes ondulaient dans ses jardins et, à la place des oiseaux, de petits poissons brillants nageaient entre les branches de corail.
Un jour, un malheur frappa le palais.
En nageant près de la surface, le roi des mers s’était approché un peu trop d’un appât de pêcheur. Un hameçon s’était accroché près de sa bouche. Le roi avait réussi à s’échapper et à regagner son palais, mais il souffrait et personne ne savait comment le soulager.
On fit venir tous les sages de la mer.
La baleine arriva à la nage.
Le crabe s’avança en rampant.
Puis vinrent le poulpe, un vieux bar et le docteur Tortue, considéré comme le médecin le plus savant de tout le royaume sous-marin.
Ils discutèrent longtemps.
Enfin, le docteur Tortue déclara :
— Une vieille légende dit que les lapins voient une issue là où les autres ne voient que du danger. Si nous découvrions le secret de leur vue, peut-être trouverions-nous un moyen d’aider le roi.
— Alors, va chercher un lapin ! ordonnèrent les courtisans.
Le docteur Tortue nagea jusqu’au rivage.
Il se hissa sur le sable et se mit à gravir lentement le sentier.
Sur la colline, Lapin se promenait justement.
— Bonjour, docteur ! le salua-t-il. Vous voilà bien loin de la mer.
Tortue s’arrêta pour reprendre son souffle.
— Je viens t’apporter une invitation du roi des mers en personne.
Les oreilles de Lapin se dressèrent.
— Du roi ?
— Oui. Il te demande de venir visiter son palais.
Tortue se mit à lui parler des jardins sous-marins, des arches de corail, du sable doré et des poissons qui brillaient dans l’obscurité.
Lapin l’écoutait, de plus en plus émerveillé.
— Je ne suis jamais allé sous la mer.
— Monte sur mon dos, dit le docteur. Je vais t’y conduire.
Lapin s’agrippa solidement à sa carapace, et ils plongèrent.
Au début, il ferma les yeux.
Puis il les ouvrit prudemment, et fut si étonné qu’il en oublia même de respirer.
Des bancs de poissons argentés passaient autour de lui. Des plantes extraordinaires poussaient sur le fond. Des hippocampes se cachaient entre les pierres, et au loin, le palais resplendissait.
On accueillit Lapin avec beaucoup de politesse.
On lui montra la salle de nacre, le jardin de corail et une pièce où des méduses éclairaient à la place des lanternes.
— Quel endroit merveilleux ! répétait le visiteur.
Mais en chemin, il surprit par hasard la conversation de deux poissons de la cour.
— Enfin, le docteur a ramené un lapin.
— Nous allons découvrir le secret de ses yeux et guérir le roi.
— Et si le lapin refuse de nous le donner ?
— C’est bien pour cela qu’on l’a fait venir.
Lapin s’immobilisa.
« On ne m’a donc pas simplement invité pour une visite », pensa-t-il.
Peu après, on le conduisit dans la grande salle.
— Cher Lapin, dirent les courtisans, notre roi est malade. Un livre ancien parle du secret particulier de la vue des lapins. Révèle-le-nous immédiatement.
Lapin comprit que s’il disait simplement ne connaître aucun secret magique, on risquait de ne pas le laisser repartir.
Il prit un air profondément contrarié.
— Je serais ravi de vous aider. Mais il y a eu une regrettable erreur.
— Laquelle ?
— Le véritable secret de ma vue est resté sur le rivage.
Le silence se fit dans la salle.
— Comment cela ?
Lapin hocha la tête d’un air grave.
— Avant de partir sous l’eau, je l’ai caché dans le sable pour que l’eau salée ne l’abîme pas. Je n’ai emporté que mon regard de voyage ordinaire.
Les poissons échangèrent des regards.
Personne n’avait jamais entendu parler d’un regard de voyage, mais personne non plus ne voulait avouer qu’il ne comprenait pas de quoi il s’agissait.
— Il faut retourner immédiatement chercher le véritable secret ! décidèrent-ils.
Le docteur Tortue fit de nouveau monter Lapin sur son dos.
Ils remontèrent à la surface et rejoignirent le rivage.
Dès que ses pattes touchèrent le sable sec, Lapin fit un bond, puis un deuxième, et le voilà déjà près de la forêt.
— Attends ! appela le docteur Tortue. Et le secret ?
Lapin se retourna.
— Le voici, docteur : avant de conduire quelqu’un au palais dans un but secret, il faut lui dire honnêtement pourquoi on l’invite.
— Mais le roi a besoin d’aide !
Lapin réfléchit un instant.
— Alors, voici un deuxième secret. Quand on ne sait pas quoi faire, il faut regarder le problème lui-même de plus près, au lieu de chercher une réponse magique au loin.
Le docteur Tortue retourna à la mer, tout honteux.
Au palais, il raconta tout aux sages de la mer.
— Lapin a raison, dit le vieux poulpe. Cette légende nous a tellement captivés que nous avons cessé de réfléchir.
Ils examinèrent de nouveau le roi avec attention. Le crabe maintint fermement l’hameçon dans sa pince, le poulpe le tourna avec précaution dans le bon sens, et le docteur Tortue les aida à dégager l’endroit où il s’était accroché.
Bientôt, le roi se sentit mieux.
— Le secret de la vue des lapins a donc bien fonctionné, dit-il en souriant.
— Mais le lapin n’est pas ici, s’étonnèrent les courtisans.
— Justement, répondit le roi. Il vous a obligés à regarder le problème avec vos propres yeux.
Depuis ce jour, Lapin se promenait volontiers sur le rivage. Mais lorsqu’il voyait le docteur Tortue sortir de l’eau, il commençait toujours par demander :
— C’est vraiment une invitation pour une visite ? Ou bien vous avez encore besoin d’un secret ?
Et Tortue lui répondait chaque fois honnêtement.
