

Royaume-Uni
Monsieur et Madame Vinaigre
humour, échanges, économie, organisation
- Pays
- Royaume-Uni
- Âge
- 5–9 ans

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Monsieur et Madame Vinaigre
Il était une fois Monsieur et Madame Vinaigre, qui vivaient dans une minuscule maison ronde ressemblant de loin à une grosse bouteille.
Un jour, Madame Vinaigre fit le ménage avec tant d’ardeur qu’elle heurta de son balai un vieux support.
Crac !
La maisonnette pencha, le toit glissa de côté et la porte tomba dans l’herbe.
— Oh, quel malheur ! se lamenta Madame Vinaigre. Qu’allons-nous faire ?
Monsieur Vinaigre examina les débris et dit :
— Ne pleure pas. Nous pouvons reconstruire une maison. Emportons au moins la porte pour avoir de quoi dormir en chemin et partons prendre un nouveau départ.
C’est ce qu’ils firent.
Le soir, ils atteignirent la forêt. Pour ne pas dormir à même le sol, Monsieur Vinaigre hissa la porte sur une large branche. Tous deux s’y installèrent comme sur un étrange lit de bois.
Pendant la nuit, des voyageurs à l’allure suspecte se réunirent sous l’arbre et se mirent à partager des pièces et des bijoux qui ne leur appartenaient pas.
Monsieur Vinaigre eut si peur qu’il se mit à trembler. La porte bascula et tomba avec fracas à côté des inconnus.
— Qu’est-ce que c’est ?! crièrent-ils avant de s’enfuir dans toutes les directions.
Au matin, le couple découvrit les bourses de pièces abandonnées.
— Il faut les apporter à la ville la plus proche, dit Madame Vinaigre. Et si on ne parvient pas à tout rendre, le maire décidera de ce qu’il convient de faire du reste.
C’est ce qui se passa. La plupart des pièces furent rendues à leurs propriétaires et, pour remercier le couple de son aide, les habitants lui offrirent une petite récompense.
— Achetons une vache, proposa Madame Vinaigre. Nous aurons du lait, du beurre et du fromage.
Monsieur Vinaigre se rendit à la foire et trouva une magnifique vache rousse.
— Quelle aubaine ! se réjouit-il.
Mais, en rentrant chez lui, il entendit une musique joyeuse. Sur la place, un homme jouait de la cornemuse, entouré d’enfants qui dansaient.
— Quelle merveille ! pensa Monsieur Vinaigre. Si j’avais une cornemuse, je pourrais jouer aux foires et gagner davantage qu’avec une vache.
— Veux-tu échanger ta vache contre ma cornemuse ? proposa le musicien.
Monsieur Vinaigre accepta.
Mais, une fois sorti de la ville, il découvrit que la cornemuse ne jouait pas toute seule.
— Pfff… piii… Elle produisait des sons tels que les corbeaux s’envolaient des arbres.
Monsieur Vinaigre aperçut alors un homme qui portait des moufles bien chaudes.
— Voilà quelque chose d’utile ! pensa-t-il. Mes doigts sont déjà gelés.
Il échangea donc la cornemuse contre les moufles.
Un peu plus loin, ses jambes commencèrent à lui faire mal à force de marcher. Un voyageur muni d’un solide bâton venait à sa rencontre.
— Oh, avec un tel bâton, je marcherais bien plus facilement !
Et Monsieur Vinaigre échangea ses moufles contre le bâton.
Lorsqu’il approcha de la forêt, une pie bavarde était perchée sur une branche.
— Tchac-tchac-tchac ! ricana-t-elle. Parti avec une vache, te voilà de retour avec un bâton !
Monsieur Vinaigre s’arrêta.
D’abord, il fut vexé. Puis il réfléchit :
« C’est vrai. Chaque fois, je voyais un nouvel objet séduisant sans jamais me demander si j’en avais besoin. »
Il ne se fâcha pas contre la pie et s’assit simplement sous l’arbre.
— Eh bien, dit Monsieur Vinaigre, le bâton me sera utile lui aussi. Mais la prochaine fois, je prendrai mon temps avant de faire un échange.
À son retour, Madame Vinaigre vit le bâton et s’étonna :
— Où est la vache ?
Monsieur Vinaigre lui raconta toute l’histoire sans rien cacher.
Madame Vinaigre garda le silence si longtemps qu’il s’attendait déjà à une discussion sérieuse.
Puis elle se mit à rire.
— Eh bien, cette leçon nous a coûté cher. Mais je suis contente que tu l’aies comprise tout seul.
Le lendemain, ils firent leurs plans ensemble : ils réservèrent une partie de la récompense à leur nouvelle maison, une autre aux objets indispensables et un peu d’argent aux imprévus.
Chaque fois que Monsieur Vinaigre voyait quelque chose de merveilleux à la foire, il se posait trois questions :
— En ai-je vraiment besoin ? Cela rendra-t-il notre vie meilleure ? Vais-je le regretter demain ?
Alors seulement, il prenait sa décision.
Au bout de quelque temps, Monsieur et Madame Vinaigre avaient de nouveau une maison douillette. Le même bâton était posé près de la porte.
— Regardez, disait Monsieur Vinaigre à ses invités. C’est le bâton le plus cher d’Angleterre.
— Serait-il magique ? demandaient les invités.
— Et comment ! répondait-il. Il m’a appris à réfléchir avant d’échanger une bonne chose contre une chose qui brille.
Et tout le monde riait, tandis que Madame Vinaigre posait le thé sur la table.
