

Chine
Le Bouvier et la Tisserande céleste
amour, étoiles, légende
- Pays
- Chine
- Âge
- 7–12 ans

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Le Bouvier et la Tisserande céleste
Il y a très longtemps, au pied de montagnes verdoyantes, vivait un garçon que tout le monde appelait simplement le Bouvier. Il s’était retrouvé sans ressources très jeune et, depuis l’âge de douze ans, travaillait pour un riche maître : il conduisait la vache dans les prés, lui trouvait l’herbe la plus tendre et ne rentrait que lorsque le soleil touchait la cime des arbres.
Il aimait la vache comme une vieille amie. Au fil des années, elle était devenue grande et paisible, et son pelage avait de chauds reflets dorés. Le Bouvier lui disait parfois en plaisantant :
— Si seulement tu savais parler ! Je te raconte tant de choses, et pour toute réponse, je n’entends que « meuh ».
Un jour d’été, alors qu’un ciel bleu limpide s’étendait au-dessus des montagnes, la vache se tourna soudain vers lui et dit d’une voix humaine :
— Aujourd’hui, c’est le septième jour du septième mois. Les neuf filles de l’Empereur de Jade vont se baigner dans la Mer céleste, au milieu des nuages. La septième est la plus habile tisserande du ciel. Elle file la brume du matin, la lumière du soir et les nuages blancs. On l’appelle la Tisserande céleste.
Le Bouvier faillit laisser tomber son bâton.
— Tu… tu parles ?
— Tu t’en es enfin aperçu, répondit calmement la vache. Monte sur mon dos. Je vais te montrer un chemin que les humains ne voient pas d’ordinaire.
Ils montèrent toujours plus haut dans les montagnes. Le sentier se rétrécit, puis devint un ruban de lumière, et le Bouvier eut bientôt l’impression qu’ils marchaient sur les nuages.
Un lac aussi pur qu’un miroir apparut devant eux. Tout autour poussaient des arbres de jade vert pâle, et les robes légères des jeunes filles célestes reposaient sur la rive.
Soudain, le vent se leva et emporta une cape rouge. Elle vola droit vers le Bouvier. Il la rattrapa pour empêcher le tissu de tomber à l’eau.
Au même instant, une jeune fille sortit du lac. Ses cheveux étaient sombres comme le ciel nocturne, et son regard clair et attentif.
— C’est ma cape, dit-elle.
— Je l’ai seulement sauvée du vent, répondit le Bouvier en lui tendant aussitôt le tissu.
La jeune fille sourit, étonnée.
— Tu ne ressembles pas à ceux qui viennent chercher des trésors magiques dans la Mer céleste.
— Je ne savais même pas qu’il y en avait ici, répondit franchement le Bouvier. Je suis venu parce que ma vache s’est soudain mise à parler.
La vache hocha gravement la tête, comme si c’était l’explication la plus ordinaire du monde.
La Tisserande céleste se mit à rire. Ils s’assirent sous un vieux saule, au bord de l’eau, et parlèrent longtemps. Le Bouvier lui raconta la terre, l’odeur du foin frais et les petites fleurs des champs qui s’ouvrent après la pluie. La Tisserande lui raconta comment elle créait les aurores avec des fils de nuages, comment elle choisissait l’argent pour les nuages d’hiver et l’or pour le ciel d’automne.
— Le ciel est très beau, dit-elle doucement. Mais il y a parfois tant de règles que cette beauté finit par ressembler à un travail sans fin.
— Sur terre aussi, le travail ne manque pas, répondit le Bouvier en souriant. Mais le soir, on peut s’asseoir devant sa porte et ne rien faire pendant au moins dix minutes.
— Dix minutes ? Quel luxe ! s’écria la Tisserande en riant.
La vache s’approcha du vieux saule.
— Si vous hésitez, demandez à l’arbre, dit-elle. Il a vu plus de printemps que nous tous réunis.
La Tisserande toucha son tronc et demanda :
— Vieux saule, devrions-nous nous revoir ?
Les feuilles frémirent, bien qu’il n’y eût pas de vent, et une voix douce s’éleva de la ramure :
— Le septième jour est revenu,
Deux chemins se sont réunis.
Ne vous pressez pas, ne craignez rien,
Regardez avec un cœur sincère.
La Tisserande et le Bouvier échangèrent un regard.
— On dirait que le saule nous conseille de ne pas nous fuir, dit le Bouvier.
— Et de ne pas nous précipiter, ajouta la Tisserande.
Ils suivirent son conseil. Le Bouvier resta quelques jours près de la Mer céleste. Ils se promenaient, parlaient et appréciaient toujours davantage la compagnie l’un de l’autre. Puis la Tisserande lui dit de sa propre initiative :
— Je veux descendre sur terre avec toi et découvrir la vie dont tu me parles.
Ils s’installèrent dans une petite maison près des champs. Le Bouvier s’occupait de la terre et de la vache, tandis que la Tisserande apprenait à tisser des étoffes de lin et de soie. Ses mains étaient si habiles que les fils ordinaires devenaient sous ses doigts légers et résistants. Le soir, ils s’asseyaient devant leur porte et regardaient les premières étoiles se lever au-dessus des montagnes.
Mais la cour céleste ne pouvait se passer longtemps de sa Tisserande. Sans elle, les nuages s’emmêlaient, les couleurs de l’aube étaient irrégulières et les artisanes du ciel n’avaient pas le temps de préparer de nouvelles toiles pour les saisons.
Le septième jour, un oiseau blanc apporta à la Tisserande un message de l’Empereur de Jade :
« Reviens. Le ciel a besoin de ton talent. »
La Tisserande resta longtemps silencieuse.
— Je savais que ce jour viendrait, dit-elle enfin. Je dois retourner là-haut. Mais je ne veux pas que nous nous disions adieu pour toujours.
Le Bouvier lui prit la main.
— Alors, nous trouverons un chemin pour nous rejoindre.
La Tisserande remonta au ciel. Le Bouvier la suivit aussi longtemps qu’il le put, mais une large rivière étincelante apparut soudain entre la terre et le palais céleste. Elle était faite de myriades d’étoiles lointaines plutôt que d’eau.
Ainsi naquit la Rivière d’argent, que l’on appelle aujourd’hui la Voie lactée.
Le Bouvier se retrouva sur une rive, la Tisserande céleste sur l’autre.
— Je te vois ! cria-t-elle.
— Moi aussi ! répondit-il.
Mais même leurs cris les plus forts se perdaient parmi les étoiles.
Une nuée d’oiseaux s’éleva alors au-dessus de la Rivière d’argent. L’un après l’autre, ils rapprochèrent leurs ailes au point de former un pont vivant.
— Une fois par an, le septième jour du septième mois, nous vous aiderons à vous retrouver, cria un vieil oiseau. Car celui qui attend fidèlement et n’oublie pas mérite un chemin qui le conduise à son ami.
Depuis ce jour, une fois par an, le Bouvier et la Tisserande céleste franchissent le pont étoilé et passent toute une soirée ensemble. Ils se racontent tout ce qui s’est produit pendant l’année : les herbes qui ont fleuri sur terre, les nuages qui ont été tissés dans le ciel, les endroits où la première neige est tombée et les mers au-dessus desquelles le couchant s’est attardé le plus longtemps.
On dit que, ce soir-là, il tombe parfois une petite pluie tiède. Les anciens lèvent les yeux vers le ciel et disent :
— Ce n’est pas une pluie de tristesse. C’est simplement que deux êtres qui ont attendu si longtemps viennent enfin de se retrouver.
Et si, par une nuit claire, on observe attentivement la Voie lactée, on peut découvrir deux demeures étoilées lumineuses, chacune d’un côté de la Rivière d’argent.
Dans l’une, la Tisserande céleste travaille en faisant glisser entre ses doigts les fils des nuages.
Dans l’autre, le Bouvier regarde le ciel et sourit.
Car il sait que même une immense distance ne peut rendre étrangers l’un à l’autre ceux qui se souviennent du chemin qui les unit.
