Couverture : Paul le berger

Hongrie

Paul le berger

Pays
Hongrie
Âge
5–9 ans
Version audio

Écouter le conte

Paul le berger

Dans un pays de grandes prairies vivait un vieux berger. Un matin, il entendit un bébé pleurer dans les hautes herbes. Il trouva un petit garçon enveloppé dans une simple étoffe. Le berger l’emmena chez lui et l’appela Paul. Il l’éleva parmi les moutons, les collines et le vent. Selon le vieux conte, une douce brebis donna son lait au garçon si longtemps que Paul grandit avec une force extraordinaire. Lorsque les autres enfants soulevaient une pierre à deux mains, Paul pouvait la faire rouler du pied. Quand plusieurs bergers tiraient ensemble une charrette embourbée, Paul saisissait le timon et aidait comme si la voiture était vide. Mais le vieux berger lui répétait : — La force n’est bonne que lorsque tu sais pourquoi tu l’utilises. Paul retint cette phrase. Quand il fut devenu un jeune homme, il dit un jour : — Je veux voir le monde. Ici, je connais chaque sentier et chaque mouton. Derrière les collines, il doit exister beaucoup de choses que je ne comprends pas encore. Le vieux berger lui donna un sac de pain. Dès le premier jour, Paul rencontra un homme étrange. Il se tenait près d’un arbre énorme et peignait les branches avec ses mains comme si elles étaient des fibres de lin. — Qui es-tu ? demanda Paul. — On m’appelle Peigneur-d’Arbres. Et toi, ne serais-tu pas le fameux berger Paul ? — Je suis Paul. Pour le fameux, je ne sais pas. — Alors voyons qui est le plus fort ! Ils luttèrent sur l’herbe. Le sol résonnait sous leurs pas. Finalement, Paul réussit à immobiliser l’autre. — Ça suffit ! rit Peigneur-d’Arbres. Tu es vraiment fort. Voyageons ensemble. Bientôt, ils rencontrèrent Briseur-de-Pierre, qui écrasait des morceaux de roche dans ses paumes. Lui aussi voulut mesurer sa force à celle de Paul. Après un long combat amical, il admit : — Il vaut mieux être ton compagnon que ton adversaire. Le troisième s’appelait Pétrisseur-de-Fer. Il tordait le métal comme une pâte souple. Ils furent donc quatre. Un jour, les compagnons s’installèrent dans une forêt. Peigneur-d’Arbres resta préparer le repas, tandis que les autres allèrent chercher des baies, des champignons et du bois sec. Lorsque le chou fermenté cuisait presque, un petit homme à la barbe extrêmement longue et pointue sortit des buissons. — Cela sent bon. Tu me donnes à manger ? Peigneur-d’Arbres répondit sèchement : — Va plus loin. Le barbu plissa les yeux. Dès que le cuisinier se détourna, il attrapa le pot, mangea presque tout et disparut. Peigneur-d’Arbres eut honte et tenta de refaire le repas. Le lendemain, la même chose arriva à Briseur-de-Pierre. Le jour suivant, à Pétrisseur-de-Fer. Aucun d’eux n’osa raconter qu’il avait été berné. Le quatrième jour, Paul dit : — Quelque chose est étrange. Aujourd’hui, je reste cuisiner. Le petit barbu revint. — Tu me donnes à manger ? — Je te donnerai un bol si tu demandes honnêtement, répondit Paul. Mais l’homme tendait déjà les mains vers le pot. Paul le saisit par la ceinture et l’attacha à un arbre avec une longue courroie. — Reste là jusqu’au retour de mes amis. Nous parlerons ensemble. Quand les compagnons revinrent, l’arbre avait disparu. Un large sillon traversait la forêt comme si quelqu’un avait traîné le tronc sur le sol. Ils suivirent la trace jusqu’à un profond trou. — Il est descendu là, dit Paul. Ses compagnons le placèrent dans un panier solide et le descendirent avec une corde. Sous la terre ne se trouvait pas une cave sombre, mais un vaste monde de routes de pierre et de châteaux brillants comme s’ils conservaient la lumière du soleil. Dans le premier château, Paul rencontra une jeune femme. — Pars vite. Un dragon à six têtes garde ce château. Il m’empêche de retourner chez moi. — Alors il faudra lui expliquer que cette habitude n’est pas acceptable. Le dragon arriva. Paul ne chercha pas à le détruire. Il lui barra le passage, résista à ses assauts et le força à reculer jusqu’à ce que les six têtes, épuisées, cessent de discuter entre elles. — Assez ! cria le dragon. Je quitterai ce château si tu me laisses partir. — Pars, et ne reviens pas retenir quelqu’un contre sa volonté. Le dragon s’enfuit. La jeune femme toucha une pomme d’or avec une baguette. Le château tout entier se replia comme un dessin et entra dans la pomme. — Ainsi, je pourrai l’emporter. Dans le deuxième château, Paul trouva la sœur de la première. Là vivait un dragon à douze têtes. Il était deux fois plus bruyant et ses têtes se contredisaient sans arrêt. Paul dut utiliser autant son intelligence que sa force. Il fit courir le dragon autour de piliers jusqu’à ce que ses propres cous se gênent les uns les autres. Finalement, le dragon accepta lui aussi de partir. Le deuxième château entra dans une autre pomme d’or. Dans le troisième château se trouvait la plus jeune sœur. Son gardien avait dix-huit têtes. — Je n’ai jamais vu quelqu’un capable de se disputer avec lui-même aussi efficacement, observa Paul. La jeune femme faillit rire malgré son inquiétude. Le dernier combat fut le plus long. Paul évita les attaques, repoussa le dragon sans le blesser inutilement et l’obligea à tourner encore et encore jusqu’à ce que les dix-huit têtes soient complètement étourdies. — Très bien ! Nous partons ! crièrent plusieurs têtes à la fois. — Toutes ensemble ? demanda Paul. — Oui ! Le dragon quitta le château. La jeune femme replia à son tour son palais dans une pomme d’or. Paul conduisit les trois sœurs vers le trou par lequel il était descendu. Ses compagnons les remontèrent l’une après l’autre. Puis Paul entra dans le panier. Mais alors, ses trois compagnons furent pris de peur et de jalousie. — S’il remonte, toute la gloire sera pour lui, murmura l’un. Ils retirèrent la corde et partirent. Paul resta sous terre. Il cria. Personne ne répondit. Il marcha longtemps jusqu’à atteindre une région rocheuse. Un orage éclata. Sous un grand rocher, il aperçut un nid de griffons. Les petits étaient exposés au vent et à la pluie. Paul se plaça au-dessus d’eux avec son manteau et resta ainsi jusqu’à la fin de la tempête. Peu après, un griffon gigantesque revint. — Tu as protégé mes petits. Que veux-tu ? — Revoir la surface. — Monte sur mon dos. Le voyage dura trois jours et trois nuits. Paul donnait au griffon de la nourriture et de l’eau pendant le vol. Le quatrième matin, ils retrouvèrent la lumière du soleil. Paul finit par retrouver ses anciens compagnons. En le voyant, Peigneur-d’Arbres, Briseur-de-Pierre et Pétrisseur-de-Fer pâlirent. — Nous pensions que tu trouverais une sortie, balbutia l’un. — Mais vous avez emporté la corde, répondit Paul. Ils n’avaient aucune excuse. Paul dit : — Je pourrais porter cette colère toute ma vie. Mais elle est plus lourde que n’importe quelle pierre. Vous ne serez plus mes compagnons. Suivez votre route et souvenez-vous qu’une grande force ne vaut pas grand-chose sans fidélité. Ils partirent, tête basse. Les trois sœurs conservaient leurs pommes d’or. Elles choisirent un bel endroit, touchèrent les fruits avec leurs baguettes et les trois châteaux reparurent. Cette fois, leurs portes restèrent ouvertes. Les jardins se remplirent de fleurs. Chacune décida elle-même où vivre et quoi faire. Paul parlait souvent avec la plus jeune sœur. Ils évoquaient le monde souterrain, riaient du dragon à dix-huit têtes qui passait son temps à se contredire et discutaient pour savoir ce qui est le plus difficile : soulever un rocher ou reconnaître à temps une erreur. Ils devinrent de très proches amis. Plus tard, ils décidèrent de vivre ensemble. Paul n’oublia jamais le vieux berger. Il retourna dans les grandes prairies, serra son père adoptif dans ses bras et lui raconta son voyage. Le vieil homme demanda : — Alors, qu’est-ce qui est le plus fort au monde ? Paul sourit. — Pas mes bras. Ni Peigneur-d’Arbres. Ni les dragons, ni même le griffon. Le plus fort, c’est ce qui pousse une personne puissante à aider plus faible qu’elle et une personne blessée à ne pas devenir cruelle à son tour. Le vieux berger hocha la tête. — Maintenant, tu as vraiment vu le monde. Après cela, si Paul soulevait encore des arbres, c’était surtout lorsqu’ils étaient tombés sur un chemin et empêchaient les gens de passer. Car il savait enfin à quoi devait servir sa grande force.

May this story leave a little light in your heart ✨