Couverture : Petite Rose-Sauvage

Roumanie

Petite Rose-Sauvage

Pays
Roumanie
Âge
7–10 ans
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Petite Rose-Sauvage

Au pied de montagnes couvertes de verdure vivaient un homme et une femme. Leur maison était chaleureuse, leur jardin donnait des pommes et des prunes, et chaque printemps des roses fleurissaient sous les fenêtres. Pourtant, ils étaient tristes car ils désiraient depuis longtemps avoir un enfant. Un jour, l’homme partit pour un long voyage. Il traversa des champs, dormit sous les arbres, franchit des ruisseaux glacés et atteignit enfin une petite maison solitaire dans la forêt. Un vieux sage y vivait. Après avoir écouté le voyageur, le vieillard lui donna une grande pomme rouge. — Coupe-la en deux, lui dit-il. Mange une moitié et apporte l’autre à ta femme. Ensuite, laisse arriver ce qui doit arriver. L’homme le remercia et reprit le chemin du retour. La route était longue, le soleil chauffait et la pomme sentait si bon qu’il ne résista pas. Il mangea une moitié, puis, distrait, la seconde. Ce n’est qu’après qu’il se souvint des paroles du sage. — Quelle catastrophe… Qu’ai-je fait ? Épuisé, il s’allongea dans l’herbe et s’endormit. Lorsqu’il se réveilla, il entendit un petit cri. À côté de lui, parmi les fleurs sauvages, reposait une petite fille. Ses cheveux brillaient d’or dans la lumière du soleil et ses yeux étaient clairs comme le ciel du matin. Un messager lumineux se penchait au-dessus de l’enfant. Il toucha son front d’une goutte d’eau pure et dit : — Qu’elle s’appelle Rose-Sauvage. Elle est venue au monde parmi l’herbe et les fleurs, et son cœur sera libre comme le vent des bois. L’homme prit doucement le bébé dans ses bras et se hâta vers sa maison. Mais sur le chemin, un immense griffon s’éleva au-dessus de la forêt. Ses ailes cachèrent le soleil et leur vent fit mugir les cimes. Le griffon aperçut l’enfant et la souleva. L’homme eut à peine le temps de crier que le grand oiseau s’envolait déjà vers les montagnes. Très haut, dans un arbre gigantesque, se trouvait son nid. Trois jeunes griffons y vivaient. Lorsqu’ils virent la petite fille, ils ne lui firent aucun mal. L’un poussa vers elle des plumes douces pour lui servir d’oreiller, le deuxième apporta une baie mûre et le troisième déploya son aile pour la protéger du vent. Ainsi, Rose-Sauvage resta dans le nid merveilleux. Non loin de là, parmi les rochers, se trouvait une source sombre où vivait un vieux serpent à plusieurs têtes. Il aimait effrayer tous ceux qui approchaient et venait parfois rôder près de l’arbre des griffons. Une nuit, le serpent reparut. La terre gronda, les feuilles tremblèrent. Alors une douce lumière blanche se répandit sur les montagnes. Le gardien céleste qui avait autrefois donné son nom à la fillette se plaça entre le serpent et l’arbre. — Ici, la peur ne régnera pas. La lumière envahit les rochers et le serpent recula jusque dans des gorges désertes. Il ne revint plus. Lorsque le griffon adulte rentra et vit que le danger avait disparu, il crut que la petite fille avait porté chance au nid. Il baissa ses ailes autour d’elle et Rose-Sauvage se retrouva un instant dans une chaude lumière dorée. Dès lors, il l’aima comme son propre enfant. Il lui construisit parmi les branches une petite chambre faite de lianes souples, de mousse et de fleurs. Lorsque le vent soufflait, la chambre se balançait doucement comme un berceau. Les années passèrent. Rose-Sauvage grandit au milieu de la forêt. Le matin, les oiseaux la réveillaient. Le jour, elle cueillait des baies et écoutait les ruisseaux. Le soir, elle chantait avec le vent. Elle savait où apparaissaient les premières fleurs du printemps, dans quel tronc dormait l’écureuil et à quel moment les oies sauvages traversaient la vallée. Elle rencontrait très peu d’êtres humains. Un jour, un jeune prince se perdit dans la forêt. Il s’était éloigné de ses compagnons et cherchait depuis longtemps son chemin lorsqu’il aperçut entre les arbres l’étrange nid et les jeunes griffons. Effrayé, il porta la main vers son arc. — Ne fais pas ça, dit une voix. Ils ne te feront aucun mal. Rose-Sauvage se tenait sur une branche. Le prince abaissa lentement son arc. — Pardonne-moi. Je ne savais pas qui ils étaient. — Quand on ne sait pas, mieux vaut regarder d’abord que frapper, répondit-elle. Le prince sourit. — C’est un bon conseil. Ils ne parlèrent pas longtemps, mais il se souvint de sa voix et de ses yeux lumineux. De retour au palais, il raconta à ses parents l’existence d’une jeune fille vivant parmi les griffons et parlant avec la forêt comme avec sa propre famille. Il voulut la revoir, mais ne connaissait pas le chemin. Les messagers du palais demandèrent alors dans les villages si quelqu’un connaissait bien cette forêt lointaine. Une vieille femme qui récoltait des plantes dans les montagnes depuis de nombreuses années se présenta. — Je connais les anciens sentiers, dit-elle. Mais personne ne doit forcer cette jeune fille à venir au palais. Je peux seulement lui parler. Elle prit une petite marmite et partit. Arrivée près de l’arbre des griffons, elle alluma un feu et plaça volontairement son trépied de travers, si bien que la marmite tombait sans cesse. Rose-Sauvage la regarda depuis les branches et finit par intervenir : — Grand-mère, vous ne le posez pas correctement ! — Quelle malchance, rit la femme. Mes mains ne sont plus aussi habiles. Tu peux me montrer ? Rose-Sauvage descendit. Elles installèrent ensemble la marmite, préparèrent une infusion parfumée et s’assirent près du feu. La vieille femme raconta les villes, les ponts, les marchés, les livres, la musique et les gens vivant au-delà de la forêt. Puis elle ajouta : — Un jeune prince aimerait beaucoup te remercier pour le jour où tu as arrêté son geste. Mais c’est à toi de décider si tu veux le voir. Rose-Sauvage réfléchit. Elle aimait sa forêt, mais rêvait depuis longtemps de découvrir ce qui existait derrière les montagnes. — J’irai. Mais je veux d’abord dire au revoir à ma famille. Le griffon tourna longtemps autour d’elle, posant lourdement ses pattes. Puis il toucha son épaule du bec et déposa devant elle une plume dorée. — Je reviendrai, promit-elle. Elle arriva au palais non comme une prisonnière ni comme une curiosité, mais comme une invitée. Le prince l’attendait à la porte. — Je suis heureux que tu sois venue. Et encore plus heureux que ce soit de ton propre choix. Il lui montra le jardin, la bibliothèque, les écuries et une haute tour d’où l’on apercevait les montagnes bleues. Rose-Sauvage lui raconta la forêt, les griffons et les voix tranquilles de la nature. Ils n’étaient pas toujours d’accord. Le prince soutenait que le meilleur endroit au monde était la bibliothèque du palais. Rose-Sauvage affirmait qu’aucun livre ne pouvait remplacer une forêt au matin après la pluie. Puis ils riaient tous les deux et convenaient que le monde était assez grand pour les livres comme pour les forêts. Avec le temps, le prince lui demanda : — Voudrais-tu rester ici avec moi ? Rose-Sauvage ne répondit pas immédiatement. — Seulement si je peux continuer à aller dans les montagnes, revoir les griffons et rester moi-même. — Sinon, je ne te demanderais pas de rester. Alors elle accepta. Une fête fut organisée au palais. Mais le plus beau cadeau de Rose-Sauvage ne fut ni une robe d’or ni des bijoux. Le prince fit planter près du palais tout un jardin de roses sauvages et laissa derrière lui un sentier qui menait directement vers la forêt. Chaque printemps, Rose-Sauvage suivait ce chemin jusqu’aux montagnes. Très haut au-dessus des arbres apparaissait alors une silhouette familière. De puissants battements d’ailes résonnaient, et le grand griffon descendait à sa rencontre. Et lorsqu’au palais quelqu’un jugeait trop vite ce qu’il ne connaissait pas ou avait peur de ce qu’il ne comprenait pas, Rose-Sauvage souriait et disait : — Regarde d’abord. Un cœur bienveillant peut se cacher derrière de très grandes ailes. Ce conseil fut retenu pendant de longues années.

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