Couverture : Pi-ko-i, le garçon archer

États-Unis

Pi-ko-i, le garçon archer

Pays
États-Unis
Âge
7–11 ans
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Pi-ko-i, le garçon archer

Sur l’île de Kauai vivait un garçon nommé Pi-ko-i, fils d’Ala-la et de Kou-kou. Il grandissait loin des grands rassemblements. Un jour, des cris joyeux montèrent de la vallée. — Qu’est-ce qui se passe ? — On joue à olohu, expliqua son père. On fait rouler des disques de pierre et le plus long parcours gagne. — Je peux aller voir ? — Pas aujourd’hui. Ton moment viendra. Plus tard, d’autres cris retentirent. — Maintenant, on joue à pahe. Encore une fois, Pi-ko-i dut attendre. Le jour suivant, son père lui annonça : — Aujourd’hui, tu peux descendre. Et tu ne vas pas seulement regarder. Il lui avait taillé une planche lisse pour un jeu d’adresse sur l’eau. À la rivière, beaucoup de jeunes se moquèrent un peu de ce garçon maigre aux cheveux en bataille. Pi-ko-i ne répondit pas. Une planche après l’autre tourna, échoua ou fut emportée. Puis ce fut son tour. Sa planche glissa sur le courant, se stabilisa exactement là où l’eau était la plus forte et y resta. La foule applaudit. Quelques concurrents jaloux jetèrent sa planche plus loin dans les rapides. Pi-ko-i sauta dans l’eau pour récupérer le cadeau de son père. Le courant l’emporta. Il s’agrippa à sa planche pendant deux jours et deux nuits, jusqu’à ce que la mer le dépose sur le rivage d’une autre île. Un homme nommé Kaua le trouva épuisé. — D’où viens-tu ? — De la mer, répondit presque Pi-ko-i. Kaua lui donna à boire et le conduisit auprès des deux femmes qu’il servait. Lorsqu’elles entendirent son nom et ceux de ses parents, elles restèrent immobiles. Puis elles l’embrassèrent. — Petit frère ! C’étaient ses sœurs aînées, qui vivaient sur cette île depuis longtemps. Pi-ko-i se reposa chez elles. Quelques jours plus tard, il entendit un grand bruit sur une place. Des archers participaient à un concours. Le prince Mai-ne-le était réputé le meilleur. Il fit passer sa flèche à travers dix petits anneaux suspendus les uns derrière les autres. La foule cria. Pi-ko-i observa. — Bon tir. Mais on peut être plus précis. La reine l’entendit. — Tu sais faire mieux ? — Je peux essayer. On lui donna un arc. Pi-ko-i sentit la direction du vent, calma son souffle et tira. La flèche traversa les dix anneaux puis toucha un petit grelot. Ding ! Le silence fut suivi d’une explosion d’exclamations. Le prince fronça les sourcils. — Un hasard. Pi-ko-i répondit tranquillement : — Un bon tir semble souvent un hasard à celui qui ne voit que la flèche et pas les années d’entraînement. Il rentra chez ses sœurs sans demander de récompense. Peu après, le roi voulut faire construire une grande pirogue. Dans la forêt, les artisans cherchaient un arbre koa parfait. Chaque fois qu’ils choisissaient un tronc, deux oiseaux venaient crier au sommet. Les maîtres pensaient qu’ils les dérangeaient. Le prince essaya de les effrayer sans les blesser, mais ses flèches n’atteignaient pas la cime. Kaua pensa à Pi-ko-i. Le jeune homme accepta d’aider. Dans la forêt, il demanda un bol rempli d’eau. Tout le monde s’étonna. Pi-ko-i posa le bol au sol. Dans sa surface calme se reflétaient la cime du koa et les deux oiseaux. Le garçon visa non pas directement le ciel, mais leur reflet. Il décocha deux flèches. Chacune coupa une petite brindille près d’un oiseau. Les deux s’envolèrent indemnes. Les artisans examinèrent alors l’arbre. Son tronc était creux. — Ils nous avertissaient, comprit le roi. Un autre koa, sain, fut choisi. — Tu n’es pas seulement bon archer, dit le roi. Tu sais aussi regarder autrement. Une magnifique pirogue fut construite. Pi-ko-i fut invité à sa première sortie. Au palais, il demanda que Kaua, qui l’avait aidé lorsqu’il était seul et épuisé sur la plage, reçoive une terre pour construire sa maison. — Sans lui, je serais resté seul dans un pays inconnu. Le roi accepta. Avec le temps, Pi-ko-i se lia d’amitié avec la fille du roi. Lorsqu’ils furent plus âgés, ils choisirent eux-mêmes de rester ensemble. Même le prince Mai-ne-le finit par ne plus lui en vouloir. Il comprit que le talent d’un autre ne diminue pas le sien. Il montre seulement combien de choses restent à apprendre. Et lorsqu’on demandait à Pi-ko-i le secret d’un tir juste, il répondait : — Apprends d’abord à voir. Ensuite à attendre. Alors seulement, tends la corde.

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