

Islande
Les cinq frères
frères, équipe, aptitudes, aventure
- Pays
- Islande
- Âge
- 6–10 ans

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Les cinq frères
Il y a très longtemps, entre de hautes montagnes et un fjord froid, se dressait une petite maison de bois.
Un vieux couple y vivait avec ses cinq fils. La famille n’était pas riche, mais possédait ce qu’aucun argent ne peut acheter : les frères s’aimaient beaucoup et restaient toujours unis.
Ils avaient presque le même âge. Quand leur père appelait :
— Les garçons, venez m’aider à porter le bois !
Tous les cinq apparaissaient aussitôt dans l’encadrement de la porte.
Quand leur mère disait :
— Il faut réparer la clôture !
Un instant plus tard, on entendait déjà les marteaux et une joyeuse discussion pour savoir qui tiendrait la planche et qui enfoncerait le piquet.
Par une belle journée chaude, les parents partirent faucher l’herbe sur une pente éloignée. Les frères restèrent à la maison et jouèrent près du puits.
Soudain, une vieille voyageuse monta le chemin. Elle marchait lentement en s’appuyant sur un bâton.
— Mes enfants, pourriez-vous me donner de l’eau ? demanda-t-elle. La route a été longue.
L’aîné courut aussitôt au puits. Le deuxième apporta un banc. Le troisième le plaça à l’ombre. Le quatrième trouva un gobelet, et le plus jeune prit le sac de la vieille pour qu’elle puisse s’asseoir plus facilement.
— Quelle équipe ! sourit la voyageuse après avoir bu l’eau fraîche. Et comment vous appelez-vous ?
Les frères échangèrent un regard.
— Eh bien… nous n’avons pas de noms particuliers, répondit l’aîné en riant. Nos parents nous appellent simplement : « Les garçons ! »
— Alors, aujourd’hui, vous recevrez des noms, dit la vieille. Ils ne seront pas magiques en eux-mêmes, mais rappelleront à chacun son plus beau talent.
Elle désigna l’aîné :
— Tu es le premier à remarquer que quelqu’un a besoin d’aide. Tu seras Vigilant.
Elle dit au deuxième :
— Tu es robuste et tu sais retenir ce qui dépasse les forces des autres. Tu seras Bras-Fort.
Au troisième :
— Chacun de tes gestes est précis. Tu seras Vise-Juste.
Au quatrième :
— Tu vois le plus petit détail, même de loin. Tu seras Œil-de-Lynx.
Et au plus jeune :
— Tu escalades les rochers plus vite qu’un jeune bouquetin. Tu seras Grimpeur.
— Quels noms étranges ! rirent les garçons.
— Peut-être, répondit la vieille. Mais souvenez-vous : aucun talent ne rend quelqu’un meilleur que les autres. La force apparaît quand chacun fait sa part du travail.
Elle leur dit au revoir et reprit le chemin.
Les années passèrent. Les garçons grandirent, et leurs noms étranges restèrent.
Vigilant ne laissait effectivement rien lui échapper. Bras-Fort pouvait déplacer seul une lourde barque. Vise-Juste lançait avec la même adresse une corde, un caillou ou un piquet de bois exactement là où il le fallait. Œil-de-Lynx repérait un sentier de l’autre côté d’une vallée. Quant à Grimpeur, il pouvait monter là où les autres ne voyaient qu’une paroi rocheuse verticale.
Un jour, les frères décidèrent de découvrir le monde et de trouver du travail.
Leurs parents leur donnèrent leur bénédiction pour le voyage.
— Restez unis, dit leur mère.
— Et ne pensez pas que l’un de vous est de trop, ajouta leur père. On trouve vite du travail pour un seul. Une vraie tâche pour vous cinq est plus rare. Mais c’est justement celle-là qu’il faut chercher.
Les frères franchirent les montagnes, traversèrent à gué des rivières froides et passèrent les nuits dans des fermes et de petits villages.
Ici, on ne cherchait qu’un ouvrier robuste. Là, seulement un gardien. Ailleurs, un pêcheur habile.
— Nous en prendrons deux, et les autres pourront continuer leur route, leur proposa-t-on plus d’une fois.
Mais les frères répondaient :
— Merci. Nous cherchons une tâche où nous pourrons être utiles ensemble.
Enfin, après un long voyage, ils aperçurent une grande ville entourée d’une rivière. Le palais royal dominait les toits.
La ville était inquiète.
Une annonce était affichée aux portes : « Le roi cherche des personnes qui l’aideront à percer le mystère des princesses disparues. »
Les frères se rendirent au palais.
Le roi les reçut, sombre.
— J’ai cinq filles, expliqua-t-il. Les deux aînées, Elma et Irène, ont disparu lors de deux nuits d’hiver différentes. Ni les portes ni les serrures n’ont été forcées. Personne ne les a vues partir. Maintenant, je crains pour les trois plus jeunes, Frida, Ida et Méa.
— Nous essaierons de vous aider, dit Vigilant.
— Mais je ne vous promets pas que ce sera facile, prévint le roi.
— Nous ne cherchons pas une tâche facile, répondit Bras-Fort. Nous en cherchons une où chacun de nous aura sa place.
Pendant la nuit la plus sombre de l’hiver, on installa les trois princesses dans une haute tour. La fenêtre était si loin du sol que personne, semblait-il, ne pouvait l’atteindre.
Les frères s’installèrent tout près.
Les heures passaient.
Frida, Ida et Méa s’endormirent.
Les quatre plus jeunes frères furent gagnés eux aussi par la fatigue. Seul Vigilant restait assis près de la porte, sans quitter la fenêtre des yeux.
Soudain, la lumière des étoiles disparut.
Une ombre immense passa sur la vitre.
— Mes frères, réveillez-vous, dit doucement Vigilant.
Une main gigantesque se tendit vers la fenêtre.
Bras-Fort se précipita et la saisit fermement.
— Je la tiens !
Le géant, dehors, tira d’un coup, mais ne put se dégager.
— Vise-Juste !
Vise-Juste lança une corde solide. Elle s’enroula autour du poignet du géant et s’accrocha à une saillie de pierre de la tour.
Effrayé par cette résistance inattendue, le géant retira brusquement sa main, rompit la corde et s’enfuit.
— Il s’enfuit ! s’écria Grimpeur.
— Je vois sa trace, dit Œil-de-Lynx. Vers les montagnes !
Les frères prévinrent le roi et se lancèrent à sa poursuite.
La neige recouvrait vite les traces, mais Œil-de-Lynx retrouvait sans cesse une branche cassée ou une empreinte immense enfoncée dans la mousse.
La piste les mena à une falaise verticale.
— Il n’y a plus de chemin, dit Bras-Fort.
Grimpeur sourit.
— Le chemin s’arrête peut-être ici. Mais moi, je peux continuer.
Il sortit une corde fine et solide et se mit à grimper, en s’accrochant aux plus petites saillies.
Bientôt, le bout de la corde tomba d’en haut.
— Un à la fois !
Bras-Fort aidait ses frères à monter. Vise-Juste assurait les nœuds. Vigilant veillait à ce que personne ne se précipite. Bientôt, tous les cinq se tenaient sur le plateau au-dessus de la falaise.
Devant eux s’ouvrait l’entrée sombre d’une grande grotte.
— Il y a quelqu’un là-dedans, murmura Œil-de-Lynx. Et plus d’une personne.
Les frères entrèrent et virent un géant et une géante. Ils étaient moins effrayants que furieux : leur projet d’enlever les princesses venait encore d’échouer.
— Dehors ! gronda le géant.
Bras-Fort avait déjà fait un pas en avant, mais Vigilant leva la main.
— Nous ne sommes pas venus nous battre. Dites-nous où sont Elma et Irène.
— Ce n’est pas votre affaire ! répondit la géante.
Alors, Œil-de-Lynx remarqua une petite porte en bois derrière un tas de pierres.
Il fit un signe de tête presque imperceptible à Grimpeur.
Vigilant continua de parler aux géants pour les distraire. Bras-Fort se plaça de façon à leur barrer la sortie. D’un lancer précis, Vise-Juste accrocha sa corde au lourd verrou d’une porte latérale de la grotte.
Pendant ce temps, Grimpeur se glissa jusqu’à la petite porte.
Derrière se trouvait un passage étroit.
— Elles sont ici ! entendit-on crier.
Quelques minutes plus tard, il ramena Elma et Irène. Toutes deux étaient fatiguées, mais saines et sauves.
— Les géants nous retenaient ici parce qu’ils voulaient réclamer une grosse rançon au roi, expliqua Elma.
Le géant comprit alors que son secret était découvert.
Il se précipita en avant, mais Bras-Fort ferma une lourde porte de pierre entre eux. Vise-Juste tira le verrou avec sa corde, et Vigilant vérifia que les géants ne pourraient pas sortir à leur suite.
— Ils ont une autre sortie vers une vallée lointaine et déserte, dit Irène. Nous l’avons vue. Qu’ils aillent là-bas et ne s’approchent plus de la ville.
C’est ce qu’ils firent. Les frères laissèrent aux géants un passage pour s’éloigner du royaume et fermèrent solidement l’entrée du côté de la ville.
Au retour, Grimpeur trouva un sentier moins raide, pour que les princesses n’aient pas à descendre avec la corde.
Quand les six voyageurs apparurent aux portes de la ville, les gardes n’en crurent pas leurs yeux.
— Elma ! Irène !
Une telle clameur de joie s’éleva dans le palais qu’on dut l’entendre jusque dans les montagnes.
Le roi serra ses filles dans ses bras, puis se tourna vers les frères.
— Demandez la récompense que vous voudrez.
Vigilant regarda les autres.
— Il nous faut du travail.
Le roi éclata de rire.
— Après tout cela, vous demandez encore du travail ?
Et il proposa à chacun une tâche où son talent serait vraiment nécessaire.
Vigilant devint responsable de la sécurité de la ville. Bras-Fort dirigea les sauveteurs dans les montagnes et sur la rivière. Vise-Juste enseigna aux jeunes gardes la précision et la patience. Œil-de-Lynx aida à tracer des routes et à trouver des cols sûrs. Grimpeur devint guide pour les voyages les plus difficiles en montagne.
Quant aux princesses, les frères commencèrent simplement par devenir leurs amis. Personne ne fut « donné en récompense ». Le temps passa, et certains choisirent d’eux-mêmes de partager leur vie, tandis que d’autres suivirent leur propre route, comme leur cœur le leur disait.
Mais les cinq frères continuèrent à se retrouver souvent.
Un jour, en regardant les sommets enneigés, Grimpeur demanda :
— À votre avis, lequel de nous a sauvé les princesses ?
— J’ai remarqué le géant, dit Vigilant.
— Je l’ai retenu, rappela Bras-Fort.
— J’ai trouvé sa piste, ajouta Œil-de-Lynx.
— Je suis arrivé à la grotte, dit Grimpeur.
Vise-Juste sourit :
— Alors, la réponse est simple. Aucun de nous.
Les frères le regardèrent, étonnés.
— Aucun de nous tout seul, expliqua-t-il. Nous tous ensemble.
Ils se souvinrent alors des paroles de la vieille voyageuse près du puits : un talent devient une véritable force quand on trouve sa place auprès des autres, plutôt que lorsqu’on cherche à prouver qu’on est meilleur qu’eux.
