Couverture : Pollyanna

Monde entier

Pollyanna

Lorsque Pollyanna Whittier, âgée de onze ans, devint orpheline, on l'envoya vivre chez sa tante Polly Harrington dans une petite ville du Vermont. Sa tante était une femme aisée, soigneuse et très sérieuse. Elle accueill

Pays
Monde entier
Âge
8–13 ans

Pollyanna

Lorsque Pollyanna Whittier, âgée de onze ans, devint orpheline, on l'envoya vivre chez sa tante Polly Harrington dans une petite ville du Vermont. Sa tante était une femme aisée, soigneuse et très sérieuse. Elle accueillit sa nièce non parce qu'elle rêvait d'entendre des rires d'enfant dans sa maison, mais parce qu'elle considérait cela comme son devoir.

La servante Nancy attendait la fillette à la gare et, sur le chemin, craignait qu'elle ne soit triste à cause de sa tante sévère. Mais Pollyanna regardait les collines, les arbres et les nuages comme si le monde venait d'être découvert spécialement pour elle.

« Je suis tellement contente que tout soit vert ici ! s'exclama-t-elle. Et je suis contente aussi que vous soyez venue me chercher. »

Nancy ne comprenait pas comment une enfant qui avait perdu ses parents pouvait dire si souvent le mot « contente » durant un seul trajet.

Tante Polly installa Pollyanna dans une petite chambre sous les combles. Il n'y avait ni tableaux, ni tapis, ni même de miroir. La tante estimait que la simplicité apprendrait l'ordre à la fillette.

Pollyanna regarda les murs nus, puis s'approcha de la fenêtre.

« Mais quel ciel on voit d'ici ! dit-elle. S'il y avait un tableau, je le regarderais peut-être sans remarquer les vrais arbres. »

Nancy finit par ne plus pouvoir se retenir et demanda pourquoi Pollyanna cherchait sans cesse une raison de se réjouir.

La fillette lui raconta alors le jeu que son père lui avait appris.

Autrefois, Pollyanna avait très envie d'une poupée. Son père était un pauvre missionnaire, et leur famille recevait parfois des objets dans des colis de charité. Un jour, au lieu d'une poupée, ils reçurent de petites béquilles.

Pollyanna avait éclaté en sanglots, mais son père lui avait proposé de trouver au moins quelque chose de bon dans cette situation.

« Et nous avons trouvé ! dit-elle à Nancy. Je pouvais être contente de ne pas avoir besoin des béquilles. »

Depuis, ils jouaient au « jeu du bonheur » : dans une situation désagréable, il ne fallait pas faire semblant qu'elle était agréable, mais trouver au moins une chose réelle pour laquelle on pouvait être reconnaissant.

Nancy se méfia d'abord de ce jeu. Mais Pollyanna ne tarda pas à y jouer avec d'autres personnes.

Dans la ville vivait Mme Snow, une femme malade qui ne quittait presque jamais son lit et trouvait toujours une raison d'être mécontente. Tante Polly lui envoyait de la nourriture, et Pollyanna la lui apportait. Quoi qu'elle apporte, Mme Snow répondait qu'elle aurait préféré un autre plat.

Un jour, Pollyanna dit :

« Si je restais au lit toute la journée, je serais contente de pouvoir inventer chaque jour une nouvelle coiffure. Les cheveux relevés comme ceci vous vont très bien. »

Et au lieu de discuter, elle se mit à coiffer Mme Snow, à lui apporter des rubans colorés et à lui raconter les nouvelles. Au bout de quelque temps, la malade attendait ses visites et pensait moins souvent à ce qui lui manquait.

Puis Pollyanna fit la connaissance de M. Pendleton, qui vivait seul. Les enfants de la ville le prenaient pour un homme étrange et maussade. Mais un jour, la fillette le trouva après une mauvaise chute et alla chercher de l'aide. Pendant sa convalescence, elle lui rendit visite, et sa grande maison silencieuse cessa peu à peu de sembler si vide.

Il y avait aussi un garçon nommé Jimmy Bean. Il n'avait pas de foyer et souhaitait de tout son cœur que quelqu'un l'accueille dans sa famille. Pollyanna s'efforça de l'aider avec tant d'ardeur qu'on aurait dit la chose la plus importante au monde. Elle demanda à sa tante, aux voisins, à ses connaissances, et même si tout ne se résolut pas immédiatement, Jimmy finit par trouver des gens qui voulaient de lui comme d'un fils, et non comme d'un fardeau.

Pollyanna ne remarquait même pas que son jeu se répandait dans la ville. Les gens commencèrent à se dire : « Qu'est-ce que Pollyanna trouverait de bon là-dedans ? » Parfois, cela les agaçait, parfois les faisait rire, mais, étrangement, cela les aidait.

Seule tante Polly garda longtemps son cœur fermé. Autrefois, elle avait été proche du docteur Thomas Chilton, mais une vieille blessure les avait séparés. Pollyanna ne connaissait pas les détails. Elle voyait seulement que sa tante devenait particulièrement silencieuse lorsqu'elle entendait son nom.

Un jour d'automne, Pollyanna traversait la route pour rentrer rapidement chez elle. Un grand bruit retentit. Tout se passa très vite.

Quand elle ouvrit les yeux, elle était déjà dans son lit. Les adultes parlaient doucement et essayaient de sourire. Mais bientôt la fillette comprit : depuis l'accident, ses jambes ne lui obéissaient plus.

Au début, elle chercha comme toujours une raison de se réjouir.

« Peut-être que ce ne sera pas long ? Peut-être que le médecin trouvera quelque chose ? »

Mais un jour, elle entendit une conversation par hasard et comprit que les médecins n'étaient pas certains qu'elle pourrait un jour marcher de nouveau.

Alors, le jeu ne fonctionna plus.

Pollyanna se tourna vers le mur.

« Je ne trouve rien qui puisse me rendre heureuse », chuchota-t-elle.

Et c'est à ce moment-là qu'arriva ce qu'elle n'avait pas attendu.

Des gens commencèrent à venir à la maison. Mme Snow fit dire qu'elle savait désormais remarquer les bonnes journées, même lorsqu'elle souffrait. M. Pendleton expliqua que, grâce à Pollyanna, sa maison ne serait plus vide. Nancy lui rappela combien de fois le jeu l'avait aidée à ne pas en vouloir à la vie. D'autres voisins apportèrent des fleurs, des lettres et de petits mots.

Tous voulaient dire la même chose : « Tu m'as aidé. Maintenant, laisse-nous t'aider. »

Pollyanna écoutait leurs histoires et comprit peu à peu que sa joie n'avait pas disparu. Elle lui revenait simplement à travers les autres.

Il restait un autre espoir. Le docteur Chilton connaissait un spécialiste qui soignait ce genre de blessures. Mais à cause de leur ancienne querelle, tante Polly ne voulait pas inviter Chilton chez elle. Lorsqu'il devint clair que l'avenir de Pollyanna était en jeu, sa fierté finit par céder.

Le docteur Chilton vint.

Pollyanna l'accueillit avec une joie si sincère que, pour la première fois depuis des années, tante Polly regarda le docteur sans le voile de sa rancune. Ils se parlèrent, puis comprirent qu'ils avaient perdu trop de temps à cause du silence et de l'entêtement.

On emmena Pollyanna dans un hôpital spécialisé. Le traitement fut long. Les mois passaient. Elle apprenait la patience d'une tout autre manière qu'avant : il ne s'agissait plus de chercher une réponse joyeuse à chaque douleur, mais de faire un petit pas même lorsqu'on ne voyait pas encore de résultat.

Puis, un jour, elle alla seule de son lit jusqu'à la fenêtre.

Six pas.

Pour quelqu'un d'autre, cela aurait été une distance de quelques mètres. Pour Pollyanna, c'était tout un monde.

Elle écrivit à tante Polly et au docteur Chilton, qui était entre-temps devenu son oncle : « Je peux marcher ! Aujourd'hui, j'ai fait six pas. Demain, j'essaierai d'en faire huit. »

Pollyanna ne rentra pas chez elle parce qu'elle avait appris à ne jamais être triste. Elle savait désormais qu'il y avait des jours où la tristesse était réelle et où il ne fallait pas la cacher derrière un sourire.

Mais elle avait conservé l'essentiel du jeu de son père. Même dans une journée difficile, quelque chose de précieux peut rester près de nous : une personne qui nous tient la main, la possibilité de faire un pas, un bon souvenir, une chance de recommencer.

Parfois, il faut trouver soi-même la joie. Et parfois, elle nous revient par les personnes à qui nous l'avons offerte en premier.

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