Couverture : Pourquoi le courlis a un long bec recourbé

États-Unis

Pourquoi le courlis a un long bec recourbé

Pays
États-Unis
Âge
5–9 ans
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Pourquoi le courlis a un long bec recourbé

À une époque où, dans les histoires, les animaux pouvaient encore parler, un personnage appelé le Vieil Homme parcourait la terre. Il était curieux, inventif et parfois réellement sage. Mais il avait une habitude qui lui attirait régulièrement des ennuis : lorsqu’il voyait quelqu’un faire quelque chose d’intéressant, il voulait aussitôt prouver qu’il pouvait le faire lui aussi. Même lorsque l’on lui demandait de ne pas se précipiter. Même lorsqu’on l’avertissait du danger. Un jour de printemps, il suivait un ruisseau. La terre était molle après le froid de l’hiver et le soleil réchauffait déjà bien les berges. Il entendit des rires et de petites voix. Des souris jouaient près d’une grande pierre plate qui dépassait d’un talus humide. Leur chef chantait une courte chanson puis criait : — Un, deux, trois, courez ! Les souris filaient sous la pierre. Puis elles repartaient dans l’autre sens. Le Vieil Homme éclata de rire. — Quel jeu merveilleux ! Je veux essayer. Les souris cessèrent immédiatement de courir. — Mieux vaut éviter, dit leur chef. — Pourquoi ? — Nous sommes petites et légères. Le sol sous cette pierre est détrempé. Toi, tu es beaucoup plus lourd. Le talus pourrait bouger. Le Vieil Homme agita la main. — Mais je cours très bien ! — Ce n’est pas une question de vitesse. Ce jeu convient à notre taille, pas forcément à la tienne. Mais le Vieil Homme se plaça déjà au départ. — Chante ! Les souris échangèrent un regard. Leur chef soupira. — Un, deux, trois, courez ! Le Vieil Homme partit. Boum ! Boum ! Boum ! Sous ses pas, le sol trembla. De petites mottes tombèrent du talus. — Attention ! crièrent les souris. Trop tard. La grande pierre glissa et coinça le Vieil Homme contre la terre humide. Elle ne l’écrasa pas, mais maintint si fermement son manteau qu’il ne pouvait plus se relever. — Au secours ! Les souris partirent chercher quelqu’un de plus fort. Le Coyote arriva le premier. — Que s’est-il passé ? — Cette pierre me tient. Tire-moi ! Le Coyote examina la situation et essaya de déplacer la pierre. — Il faudra un peu de temps. Ne bouge pas trop, sinon tu t’enfonceras davantage dans la boue. Mais le Vieil Homme avait froid, était gêné et surtout vexé que les souris aient eu raison. — Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire ! Plus fort ! Pas de ce côté ! Le Coyote s’assit sur sa queue. — Puisque tu sais mieux que moi, je ne vais pas te déranger. Il partit. — Reviens ! Mais il avait déjà disparu. Un long cri d’oiseau retentit au-dessus du ruisseau. Cour-li-i-i ! Un courlis se posa. À cette époque, raconte l’histoire, son bec était plus court et plus droit. — Pourquoi cries-tu ? — La pierre me retient. Aide-moi ! Le courlis examina le bord du manteau pris sous la dalle. — Je ne pourrai pas soulever cette pierre, mais je peux peut-être retirer la terre dessous pour relâcher la pression. Il commença à travailler avec son bec. Tap, tap. Il enleva de petites mottes de terre humide. Le travail avançait lentement. Le Vieil Homme recommença à s’agiter. — Plus vite ! Il sera bientôt soir ! — Si je vais trop vite, la pierre peut descendre davantage. Il faut être prudent. Le courlis continua. Enfin, le manteau se dégagea un peu. — Maintenant, recule doucement. Je vais attraper le tissu avec mon bec et t’aider. Le courlis saisit solidement le bord. Le Vieil Homme tira. Une fois. Deux fois. Le manteau était presque libre. Soudain, le Vieil Homme glissa dans la boue. Pour ne pas tomber le visage en avant, il tendit la main et attrapa la première chose qu’il trouva. Le bec du courlis. — Aïe ! Le Vieil Homme tira d’un côté. L’oiseau, effrayé, battit des ailes dans l’autre. Et son bec s’allongea brusquement et se courba légèrement vers le bas. Au même instant, le manteau sortit enfin de sous la pierre. Le Vieil Homme roula vers un endroit sec. Le courlis se posa au bord de l’eau et tourna prudemment la tête. — Regarde ce que tu as fait à mon bec ! Le Vieil Homme, couvert de boue, s’assit près de lui. — Pardonne-moi. C’était un accident. Tu m’aidais et moi, j’ai encore commencé à me débattre et à me presser. Le courlis contempla son reflet dans l’eau. Son bec était long, fin et recourbé. — Et que vais-je faire avec ça ? Quelque chose bougea dans la vase. Le courlis plongea instinctivement son nouveau bec dans le sol mou et attrapa facilement une petite larve. Il recommença. Dans une fente profonde entre deux pierres, il trouva un ver qu’un bec court n’aurait jamais atteint. L’oiseau cligna des yeux. — Finalement… c’est pratique. Les souris, revenues vérifier si tout le monde allait bien, poussèrent des cris joyeux. — Beau bec ! — Très original ! — Parfait pour les berges ! Le courlis regarda encore une fois son reflet. — Très bien. Je le garde. Le Vieil Homme se releva. — Et moi, je vais essayer de retenir quelque chose. — Quoi ? demanda la souris. — Lorsque de petites souris me disent qu’un grand jeu n’est peut-être pas fait pour moi, je devrais réfléchir avant d’essayer de leur prouver que je suis habile. Les souris rirent. Le courlis déploya ses ailes. — Et il faut aussi parler poliment avec ceux qui sont en train de te sauver. — Oui, ça aussi. Le courlis s’envola et son appel retentit au-dessus du ruisseau. On raconte que c’est depuis cette aventure que les courlis portent leur long bec recourbé. Et chaque fois qu’un oiseau plonge ce bec dans une rive humide, on peut se souvenir du jour où l’impatience d’un autre lui donna, par accident, un outil parfaitement adapté. Quant au Vieil Homme, il reprit sa route. Est-ce qu’il suivit ensuite toujours les bons conseils ? Eh bien… c’est une autre histoire.

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