Couverture : Pourquoi les singes ont eu les bananes

Brésil

Pourquoi les singes ont eu les bananes

Pays
Brésil
Âge
3–7 ans
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Pourquoi les singes ont eu les bananes

On raconte que les singes aiment particulièrement les bananes. Dans cette vieille histoire brésilienne, ils étaient même persuadés que toutes les bananes mûres du monde leur appartenaient au moins un petit peu.

Tout commença à une époque où les bananeraies étaient encore rares.

Une femme travailleuse possédait près de sa maison un grand jardin rempli de bananiers. Lorsque les lourds régimes mûrissaient, il lui était difficile de les récolter seule tout en haut des grandes tiges.

Un matin, un gros singe apparut sur la clôture.

— Bonjour, dit la femme. Tu grimpes merveilleusement bien. Veux-tu m’aider à cueillir les bananes ?

Le singe s’intéressa aussitôt à la proposition.

— Qu’est-ce que j’y gagne ?

— La moitié de la récolte. Une moitié pour toi, une moitié pour moi. C’est juste ?

— C’est juste ! accepta le singe.

Il grimpa avec agilité, détacha les lourds régimes et les empila près de la maison.

Quand vint le moment de partager, le singe regarda les grosses bananes dorées, puis les fruits plus petits provenant du bas des régimes.

« Puisque c’est moi qui suis monté si haut, les meilleures devraient être pour moi », pensa-t-il.

Il tira rapidement vers lui toutes les bananes les plus grosses et les plus mûres, ne laissant à la femme que les petites.

— Attends, dit-elle. Nous avions convenu de partager en deux, pas que tu choisirais toutes les meilleures pour toi.

— Mais tu as autant de bananes que moi, répondit le singe avant de s’enfuir rapidement pour éviter la discussion.

La femme fut contrariée, non à cause des bananes elles-mêmes, mais parce que le singe n’avait pas respecté leur accord.

— Il faut lui faire comprendre qu’un partage équitable ne consiste pas seulement à compter les morceaux, décida-t-elle.

Le lendemain matin, elle fabriqua près du jardin un drôle de personnage en cire. Elle lui mit un vieux chapeau et posa à côté de lui un panier rempli des bananes les plus mûres et les plus parfumées.

Le même singe arriva bientôt sur le chemin.

Il aperçut le panier et s’arrêta.

— Bonjour ! Puis-je prendre une banane ? demanda-t-il poliment à la silhouette de cire.

Elle ne répondit pas.

— J’en prendrai seulement une, répéta le singe.

Silence.

Le singe fronça les sourcils.

— Hé ! Je te parle !

La silhouette ne bougea pas.

Alors le singe oublia ses bonnes manières.

— Puisque tu ne réponds pas, je vais en prendre une tout seul !

Il tendit la patte vers le panier, s’appuya sur l’épaule du personnage de cire et resta aussitôt collé.

— Hé ! Lâche-moi !

La silhouette, évidemment, ne fit rien.

Le singe voulut se repousser avec son autre patte. Elle resta collée à son tour.

— Quelle catastrophe !

Il tira encore et réussit même à coller l’un de ses pieds.

Le voilà maintenant suspendu auprès du personnage dans une position tellement étrange qu’il ne savait plus s’il devait se fâcher ou rire.

— Au secours ! cria-t-il.

Des singes accoururent de toute la forêt : grands et petits, jeunes et vieux.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Ce personnage refuse de me lâcher !

Le plus petit singe fit le tour de la statue.

— La cire ramollit avec la chaleur. Demandons de l’aide au Soleil.

— Comment le Soleil pourrait-il nous entendre ?

— Construisons une grande tour de singes !

Les singes grimpèrent sur l’arbre le plus robuste. Les plus gros s’installèrent sur les branches basses, les petits montèrent plus haut, et celui qui avait la voix la plus forte atteignit le sommet.

Il leva le visage vers le ciel.

— Soleil, aide-nous, s’il te plaît ! Notre ami est coincé dans la cire !

Le Soleil entendit leur appel.

Ses rayons devinrent plus chauds.

La cire commença lentement à ramollir. Le singe libéra une patte, puis l’autre, ensuite son pied et, enfin, bondit loin de la silhouette.

Tous les singes poussèrent des cris de joie.

— Hourra !

Le grand singe s’assit par terre et contempla ses pattes collantes.

— J’ai l’impression d’avoir reçu bien plus qu’une banane aujourd’hui, marmonna-t-il.

À ce moment, la femme sortit du jardin.

— Alors, dit-elle, pouvons-nous reparler de notre accord ?

Le singe baissa les yeux.

— J’ai été injuste. Nous avions convenu de partager la récolte également, mais j’ai pris tous les meilleurs fruits.

La femme hocha la tête.

— J’ai besoin d’aide pour la récolte, et vous, les singes, aimez les bananes. Nous pouvons conclure un nouvel accord.

Tous les singes dressèrent les oreilles.

— Lequel ?

— Vous m’aidez à prendre soin du jardin, vous cueillez les régimes mûrs et vous n’abîmez pas les plantes. Et à chaque récolte, nous partageons équitablement.

Les singes se mirent à bavarder de joie.

À partir de ce jour, le jardin poussa encore mieux. Les singes repéraient les régimes mûrs tout en haut, débarrassaient les plantes de leurs feuilles sèches et prévenaient la femme lorsque les tempêtes approchaient. Elle leur réservait toujours une part généreuse de bananes.

Les années passèrent. Les bananiers se multiplièrent, tout comme les singes.

Ils racontaient à leurs petits :

— Souvenez-vous : on ne s’empare pas simplement des bananes. On les mérite en aidant et en respectant un accord juste.

Pour être tout à fait honnête, les plus jeunes retenaient souvent une version beaucoup plus simple :

— Des bananes ? Elles sont à nous !

C’est peut-être pour cette raison qu’aujourd’hui encore, lorsqu’un singe aperçoit un beau régime jaune, il prend parfois l’air de quelqu’un qui vient de retrouver un ancien héritage familial.

Et dans quelque vieux jardin, dit-on, se tient encore un petit personnage de cire rappelant que même la plus douce des bananes ne vaut pas la peine de trahir sa parole.

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