Couverture : Prométhée

Grèce

Prométhée

feu, ingéniosité, don aux humains

Pays
Grèce
Âge
8–12 ans
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Prométhée

Il y a très longtemps, quand le monde semblait encore jeune et les montagnes paraissaient plus proches du ciel, une grande querelle divisait les puissants immortels. Certains voulaient régner par la force seule ; d'autres croyaient que même le plus grand pouvoir ne valait rien sans intelligence.

Parmi les Titans se trouvait Prométhée. Son nom désignait celui qui pense à l'avance. Il savait voir au-delà du jour présent et remarquait souvent ce qui échappait aux autres.

Lorsque la lutte pour régner sur le monde commença, Prométhée n'aimait pas les querelles insensées.

— Le vainqueur n'est pas celui qui tonne le plus fort, disait-il. C'est celui qui sait réfléchir.

Il se rangea donc aux côtés de Zeus, le jeune maître du ciel, et l'aida de ses conseils. Enfin, la paix s'installa et chaque dieu reçut son domaine : la mer, le vent, les récoltes, le soleil, les métiers, les routes.

Mais un jour, Zeus regarda en bas, vers la terre où vivaient les humains, et fronça les sourcils.

À cette époque, les humains savaient encore peu de choses. Ils s'abritaient de la pluie sous les arbres, craignaient le froid de l'hiver, ignoraient comment compter les années et les mois, s'égaraient la nuit sans chemin et prenaient les maladies pour d'incompréhensibles sortilèges.

— À quoi servent-ils ? demanda Zeus. Ils sont faibles, démunis, et ont toujours peur de quelque chose.

Prométhée répondit :

— Ils peuvent apprendre.

— Apprendre ? s'étonna Zeus.

— Oui. Donne-leur du temps.

Zeus n'était pas convaincu, mais Prométhée savait déjà ce qu'il allait faire.

Il descendit sur terre et commença à instruire les humains.

D'abord, il leur montra comment bâtir une demeure. Il ne s'agissait plus de disposer quelques branches au-dessus de leur tête, mais de construire des murs solides, un toit, des portes et des fenêtres.

— Un foyer, disait-il, est plus qu'un endroit où se cacher de la pluie. C'est un endroit où l'on a envie de revenir.

Puis il leur apprit à compter.

— Un sac de grain, deux sacs, trois… Maintenant, vous saurez ce que vous avez récolté et ce qu'il faudra garder jusqu'au printemps.

Il leur apprit à tracer des signes pour représenter les mots, afin qu'une pensée puisse voyager même lorsque celui qui l'avait exprimée n'était pas là.

Il leur montra les étoiles.

— Voyez-vous ce groupe de lumières ? Et cet autre ? Elles permettent de trouver son chemin la nuit. Les mouvements du ciel permettent d'observer le passage des saisons.

Il leur enseignait à cultiver la terre, à semer et à prendre soin des arbres. Il leur expliquait quelles plantes pouvaient apaiser la douleur, comment apprivoiser les animaux et fabriquer des barques pour traverser les rivières et prendre la mer.

Les humains écoutaient, essayaient, se trompaient et recommençaient.

Chaque année, leurs villages devenaient plus chauds, leurs champs plus réguliers, leurs routes plus longues et leurs chansons plus hardies.

Mais une grande difficulté demeurait.

Le feu.

Sans lui, les nuits froides étaient trop longues. Il fallait souvent manger les aliments crus. On ne pouvait transformer l'argile en vaisselle solide, ni le métal en outils utiles.

Le feu appartenait au ciel, et Zeus ne voulait pas le donner aux humains.

— Ils ne sont pas encore prêts, dit-il.

— Comment le deviendront-ils si on ne leur fait pas confiance ? demanda Prométhée.

Zeus se tut.

Alors Prométhée décida d'agir seul.

Un matin, tandis que le soleil se levait au-dessus des montagnes, il prit une tige sèche et creuse. Il l'approcha du feu céleste, y cacha une petite étincelle et se hâta de rejoindre la terre.

Dans une caverne sombre, il empila des brindilles sèches, se pencha et libéra délicatement l'étincelle.

D'abord, un mince filet de fumée apparut.

Puis un point rouge.

Enfin, la flamme s'éleva.

Les humains reculèrent.

— N'ayez pas peur, dit Prométhée. Mais n'oubliez pas de le respecter. Le feu peut réchauffer une maison ou brûler une forêt. Il peut cuire le pain ou faire du mal. Une force n'est, en elle-même, ni bonne ni mauvaise. Ce qui compte, c'est qui s'en sert et dans quel but.

Bientôt, les premiers foyers s'allumèrent dans les vallées.

Autour d'eux, les humains se réchauffaient, racontaient des histoires, faisaient sécher leurs vêtements et cuisaient du pain. Les potiers cuisaient leur vaisselle. Les artisans apprenaient à travailler le métal.

Du haut du ciel, Zeus vit les petites lumières sur terre.

Il comprit ce qui s'était passé.

Sa colère fut terrible.

— Tu as désobéi à ma volonté ! dit-il à Prométhée.

— J'ai aidé ceux qui ne pouvaient pas s'aider eux-mêmes, répondit Prométhée.

— Tu as décidé à ma place.

— J'ai décidé que le savoir ne devait pas rester enfermé dans le ciel.

Pour sa désobéissance, Prométhée fut enchaîné à un haut rocher dans des montagnes lointaines. Le vent, le froid et la solitude l'entouraient. Chaque jour, un grand oiseau de proie tournoyait au-dessus du rocher, sans lui laisser de repos.

Les jours passèrent. Puis les mois. Puis les années.

Mais en bas, les humains n'oublièrent pas celui qui leur avait apporté le feu.

Ils veillaient sur la flamme, transmettaient leur savoir à leurs enfants, bâtissaient des villes, composaient des chansons et regardaient désormais les étoiles avec curiosité autant qu'avec crainte.

Prométhée supportait sa captivité en silence. Il connaissait un secret important sur l'avenir de Zeus, mais ne voulait pas le révéler tant que le maître du ciel n'aurait pas appris à écouter avec autant d'attention qu'il donnait des ordres.

Un jour, Héraclès, grand voyageur et héros, arriva près du rocher. Il vit Prométhée et dit :

— Cette punition dure depuis trop longtemps.

Zeus avait changé, lui aussi. Il voyait que les humains n'avaient pas détruit le monde avec le don qu'ils avaient reçu. Au contraire, ils avaient appris à créer tant de choses. Oui, ils se trompaient. Mais ils corrigeaient aussi leurs erreurs.

Zeus accepta donc d'écouter Prométhée.

Prométhée lui parla d'un danger que seule une décision sage permettrait d'éviter. Zeus suivit son conseil et préserva son avenir d'une nouvelle grande lutte.

Alors il dit enfin :

— Tu étais obstiné.

Prométhée sourit.

— Toi aussi.

Zeus resta silencieux un instant, puis rit.

— C'est sans doute pour cela que nous avons mis si longtemps à nous entendre.

Avec son accord, Héraclès délivra Prométhée de ses chaînes.

Quand Prométhée redescendit sur terre, il découvrit un monde tout différent. La lumière brillait aux fenêtres. Des charrues travaillaient les champs. Les barques partaient au-delà de l'horizon. Les enfants apprenaient à compter et à écrire. Les artisans discutaient de la meilleure façon de fabriquer une roue, et les médecins faisaient sécher des plantes pour leurs infusions.

Près d'un foyer, un petit garçon lui demanda :

— Est-ce vrai que tu as offert le feu aux humains ?

Prométhée s'assit près de lui.

— J'ai seulement apporté la première étincelle.

— Et tout le reste ?

Il désigna d'un signe de tête les maisons, les champs, les livres et les ateliers.

— Tout le reste, les humains l'ont fait eux-mêmes.

C'était peut-être là le plus grand don de Prométhée : au-delà de la flamme dans le roseau, la conviction que les humains peuvent apprendre, créer et devenir plus sages, s'ils se souviennent de leur responsabilité envers la force qu'ils tiennent entre leurs mains.