

Norvège
La Princesse sur la montagne de verre
montagne de verre, cheval, épreuve, cavalier mystérieux
- Pays
- Norvège
- Âge
- 6–10 ans

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La Princesse sur la montagne de verre
Il était une fois, en Norvège, entre des collines verdoyantes et des lacs aux eaux froides, un fermier qui avait trois fils.
Les deux aînés étaient bavards, sûrs d'eux et toujours prêts à se vanter. Le plus jeune parlait moins. Il s'asseyait souvent près du foyer, réparait des lanières, sculptait de petits objets en bois et écoutait les bûches crépiter. C'est pourquoi ses frères le surnommaient Cendrin pour se moquer de lui.
— Reste donc près du feu, ricanaient-ils. Et laisse-nous les vraies aventures.
Cendrin se contentait de sourire.
Derrière sa maison, le fermier possédait une superbe prairie. Chaque été, l'herbe y poussait haute, tendre et parfumée. Mais une chose étrange se produisait : la veille de la Saint-Jean, alors que le fermier allait faucher, quelqu'un venait manger presque toute l'herbe en une seule nuit.
— Cette année, nous découvrirons qui fait cela, déclara le père.
Le fils aîné fut le premier à monter la garde.
Au début, tout était calme. Puis un grondement s'éleva au loin dans les montagnes. La terre se mit à trembler légèrement. De derrière la colline monta un tel tonnerre de sabots qu'on aurait cru voir arriver toute une troupe de cavaliers au galop.
L'aîné jugea préférable de ne pas chercher à savoir qui venait et rentra bien vite à la maison.
— Il y avait là quelque chose de terrifiant ! annonça-t-il.
L'année suivante, le deuxième frère s'y rendit. Mais quand la terre gronda plus fort encore, lui non plus ne resta pas pour attendre.
La troisième année, Cendrin dit :
— C'est mon tour, à présent.
— Toi ? éclatèrent de rire ses frères. Au premier bruit, tu courras te réfugier près du poêle.
Mais le cadet prit une veste chaude, un morceau de pain et un vieux briquet à amadou, puis partit pour la prairie.
La nuit était claire. Une fine brume flottait au-dessus de l'herbe. À minuit, la terre se mit à gronder.
Cendrin sentit son cœur battre plus vite, mais il ne bougea pas.
Soudain, un cheval merveilleux surgit dans la prairie.
Son harnachement étincelait comme s'il avait été coulé dans le cuivre. Le cheval était puissant, rapide et si beau que Cendrin en oublia sa peur.
L'animal se mit à brouter.
— Voilà donc qui vient chez nous la nuit, murmura le garçon.
Le cheval se mit sur le qui-vive.
Cendrin ne se précipita pas vers lui. Il s'accroupit, posa la paume sur le sol et attendit. Puis il sortit son briquet. Quand le métal brilla au clair de lune, le cheval cessa brusquement de s'agiter et s'approcha.
— N'aie pas peur, chuchota le garçon. Je ne te veux aucun mal.
Il caressa le cheval jusqu'à ce que celui-ci le laisse prendre ses rênes. Puis il le conduisit dans une vallée paisible, où l'eau et l'herbe abondaient.
Au matin, Cendrin revint à la maison.
— Alors ? demandèrent ses frères.
— Il y a eu du bruit, répondit-il.
— Et c'est tout ?
— Pour l'instant, oui.
Il ne voulait pas parler du cheval avant d'avoir lui-même compris le mystère.
L'année suivante, l'aventure nocturne se répéta. Cette fois, un cheval au harnachement d'argent arriva au galop dans la prairie. Cendrin attendit de nouveau que l'animal se calme et le conduisit auprès du premier cheval.
Un an plus tard, un troisième cheval sortit de l'obscurité. Son harnachement brillait d'or, et sa crinière scintillait au clair de lune.
Cendrin avait désormais trois amis extraordinaires : le cheval de cuivre, le cheval d'argent et le cheval d'or.
C'est alors qu'une nouvelle se répandit dans tout le royaume : une épreuve allait avoir lieu près du palais royal.
À côté du palais s'élevait une montagne lisse et brillante comme du verre. Au sommet se trouvait le fauteuil de la princesse, avec trois pommes d'or posées tout près.
La princesse était une excellente cavalière, et c'était elle qui avait imaginé cette épreuve.
— Je ne veux pas voir celui qui se vante le plus fort, dit-elle à son père, le roi, mais celui qui sait être courageux tout en restant raisonnable. Sur la montagne de verre, le cheval ne fait confiance au cavalier que si le cavalier lui fait confiance.
Le roi donna son accord.
Sur la place, on fit cette annonce :
— Celui qui parviendra à gravir la montagne de verre recevra trois pommes d'or et les grands honneurs du roi. Quant à la suite, la princesse en décidera elle-même.
Le jour venu, des cavaliers de tout le royaume se rassemblèrent au pied de la montagne.
Les frères aînés de Cendrin partirent eux aussi regarder l'épreuve.
— Toi, reste à la maison, lui dirent-ils. Ce n'est pas un endroit pour un garçon couvert de cendres.
Dès que ses frères eurent disparu derrière la colline, Cendrin courut à la vallée.
Le premier jour, il sella le cheval de cuivre et revêtit une armure simple mais brillante, qu'il avait trouvée avec le harnachement.
Le cheval posa le pied sur la pente de verre.
Un pas. Un deuxième. Un troisième.
La foule fit silence.
Le cavalier monta plus haut que tous les autres, mais, au tiers du chemin, le cheval se raidit. Cendrin le sentit et fit aussitôt demi-tour.
— Cela suffit pour aujourd'hui, mon ami, lui dit-il.
Du sommet, la princesse avait tout vu.
Quand le cavalier fut redescendu, elle lui lança la première pomme d'or.
— Parce que tu as su t'arrêter à temps ! cria-t-elle. Le courage sans discernement ne vaut pas grand-chose.
Cendrin attrapa la pomme et rentra au galop par un autre chemin.
Le soir, ses frères ne parlaient que du mystérieux cavalier.
— Si tu avais vu ça ! dit l'aîné. Un cheval de cuivre, des reflets de cuivre, et un cavalier tout droit sorti d'un conte !
— Quel dommage que tu sois resté à la maison, ajouta le deuxième.
Cendrin se contenta d'ajouter une bûche au feu.
Le lendemain, il arriva sur le cheval d'argent.
Cette fois, il monta jusqu'aux deux tiers de la montagne. Le cheval avançait d'un pas sûr, mais, plus haut, la pente devenait presque verticale.
Là encore, Cendrin refusa de lui faire courir un risque.
La princesse lui lança la deuxième pomme d'or.
— Pour ta patience ! cria-t-elle.
Le troisième jour, Cendrin sella le cheval d'or.
Quand ils parurent sur la place, même le roi se leva de son siège.
Le cheval brillait comme le soleil du matin.
Ils entamèrent l'ascension.
Lentement d'abord. Puis un peu plus vite. Les sabots trouvaient un appui sûr là où les autres glissaient.
Cendrin ne tirait pas sur les rênes et ne pressait pas sa monture. Il était à l'écoute de ses mouvements, et le cheval à l'écoute de son cavalier.
Encore un pas.
Puis un autre.
Enfin, un sabot d'or se posa au sommet.
La princesse sourit.
— Tu es arrivé jusqu'ici.
— Nous sommes arrivés, répondit Cendrin en caressant l'encolure du cheval.
Cette réponse plut à la princesse.
Elle lui tendit la troisième pomme d'or.
— Comment t'appelles-tu ?
Le garçon réfléchit.
— Je vous le dirai quand je pourrai venir ici sans armure étincelante. Alors vous verrez celui que je suis, et pas seulement un cavalier de légende.
Puis il redescendit de la montagne.
Quelques jours plus tard, le roi invita au palais tous ceux qui avaient participé à l'épreuve. Chacun devait montrer s'il possédait une pomme d'or.
Les chevaliers, les guerriers et les riches cavaliers vinrent. Les deux frères aînés vinrent aussi.
Cendrin arriva le dernier, vêtu de sa veste habituelle.
— Tu t'es perdu ? murmura son frère aîné.
Le cadet ne répondit pas. Il posa la première pomme d'or sur la table.
Le silence se fit dans la salle.
Puis il posa la deuxième.
Et enfin la troisième.
La princesse reconnut aussitôt son regard.
— Alors, c'était toi.
— Oui.
— Pourquoi n'as-tu pas essayé d'atteindre le sommet dès le premier jour ?
— Parce que le cheval de cuivre n'était pas encore prêt. Et le cheval d'argent avait lui aussi ses limites. Si je n'avais pensé qu'à gagner, j'aurais perdu leur confiance.
— Et pourquoi cachais-tu ton nom ?
Cendrin sourit.
— Je voulais savoir si un acte avait de la valeur sans de beaux vêtements coûteux ni un nom prestigieux.
La princesse se tourna vers le roi.
— C'est précisément un tel cavalier que je souhaitais rencontrer.
Elle ne lui promit pas aussitôt de l'épouser. Elle invita d'abord Cendrin à voyager avec elle à travers le royaume, à aider les gens et à apprendre à gouverner. Ils eurent bien des discussions, rirent beaucoup et comprirent vite qu'ils étaient heureux ensemble.
Le temps passa, et ce fut alors qu'ils décidèrent eux-mêmes de se marier.
Le roi leur confia une partie des affaires du royaume, non pour récompenser l'ascension de la montagne, mais parce qu'il avait reconnu chez eux de l'intelligence, du respect et la capacité d'agir ensemble.
Depuis ce jour, les frères aînés se gardèrent de rire trop vite de celui qui restait assis près du foyer.
Car parfois, la personne la plus discrète possède le cœur le plus courageux.
Les trois pommes d'or restèrent longtemps dans la grande salle du palais pour rappeler à tous que le vrai courage ne consiste pas à atteindre le sommet à tout prix. Il consiste à savoir quand avancer, quand s'arrêter et de qui prendre soin en chemin.
