

Inde
Les princes et l’esprit de l’étang
princes, esprit de l’eau, énigme, sagesse
- Pays
- Inde
- Âge
- 6–10 ans

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Les princes et l’esprit de l’étang
Il était une fois, dans un royaume lointain, un roi qui avait trois fils.
L’aîné était appelé le Prince des Étoiles. Le second se nommait le Prince de la Lune. Quant au plus jeune, né par un beau matin d’été, il avait reçu le nom de Prince du Soleil.
À la naissance du Prince du Soleil, le roi fut si heureux qu’il promit à la reine :
— Le jour où tu voudras me demander quelque chose qui te tient vraiment à cœur, dis-le-moi. Je m’efforcerai d’exaucer ton souhait.
Pendant longtemps, la reine ne demanda rien. Les années passèrent. Les princes grandissaient, étudiaient, se disputaient, se réconciliaient et aidaient de plus en plus souvent leur père à gouverner le royaume.
Un jour, alors que le Prince du Soleil était devenu adulte, la reine rappela cette ancienne promesse.
— Je voudrais qu’un jour notre plus jeune fils devienne roi, dit-elle.
Le roi réfléchit.
— Je les aime tous les trois autant, répondit-il. Mais, depuis toujours, dans notre royaume, c’est l’aîné qui hérite du pouvoir en premier. Si nous changeons soudain cet ordre pour la seule raison que je t’ai fait une promesse autrefois, cela provoquera de la rancœur et des disputes entre les frères et à la cour.
La reine fut peinée. Des rumeurs circulèrent bien vite au palais. Certains conseillers soutenaient l’aîné, d’autres parlaient à voix basse du plus jeune. Le roi vit que ses fils étaient entourés de bien trop d’agitation inutile.
Il fit alors venir le Prince des Étoiles et le Prince de la Lune.
— Allez passer quelque temps dans notre maison de la forêt, leur demanda-t-il. Loin des querelles du palais. Quand tout sera apaisé, vous reviendrez. Je ne veux pas que les ambitions des autres vous brouillent.
Les frères acceptèrent. Ils dirent adieu à leur père et quittèrent le palais.
Le Prince du Soleil les rattrapa dans l’escalier.
— Où allez-vous ?
Ses frères aînés lui racontèrent tout.
Le Prince du Soleil n’hésita même pas.
— Alors, je viens avec vous. Si vous avez dû quitter le palais à cause d’une querelle à mon sujet, je ne vous laisserai pas seuls.
— Mais personne ne t’a ordonné de partir, s’étonna le Prince de la Lune.
— C’est justement pour cela que je peux choisir moi-même, répondit le plus jeune en souriant. Et je choisis mes frères.
Tous trois prirent donc le chemin de la forêt.
La route était longue. Vers le soir, les arbres devinrent plus touffus, l’air plus frais, et de l’eau scintilla entre les fougères.
— Regardez, un étang, dit le Prince du Soleil.
Les frères s’assirent sous un grand arbre pour se reposer. Le Prince des Étoiles demanda au plus jeune :
— Va au bord de l’eau, lave-toi le visage, bois et rapporte-nous un peu d’eau dans notre coupe de voyage.
Le Prince du Soleil s’approcha de l’étang. L’eau était limpide, et de petites feuilles rondes flottaient à sa surface.
Mais dès qu’il posa le pied sur une pierre mouillée, une voix s’éleva des roseaux :
— Voyageur, avant de toucher à l’eau, réponds à ma question.
Un étrange esprit surgit de l’eau. Il ressemblait tantôt à un jeune homme, tantôt au reflet d’une vague. Ses cheveux scintillaient comme de l’eau au soleil.
— Quelle question ? demanda le prince.
— Dis-moi, à qui ressemblent les êtres magiques qui sont véritablement bons ?
Le Prince du Soleil leva les yeux.
— Au Soleil et à la Lune. Ils éclairent tout le monde.
L’esprit de l’eau secoua la tête.
— C’est une belle réponse, mais ce n’est pas celle que je cherche. Reste pour l’instant dans ma salle sous l’eau. Quand tes frères auront résolu l’énigme, je te laisserai partir.
L’eau tourbillonna doucement, et le Prince du Soleil se retrouva dans une grotte lumineuse sous la berge. Elle était sèche, sans danger, et contenait même un banc de pierre, mais il ne parvenait pas à en trouver la sortie.
Un moment passa.
— Notre frère tarde à revenir, dit le Prince des Étoiles. Prince de la Lune, va voir ce qui se passe.
Le Prince de la Lune s’approcha de l’étang.
Et la voix s’éleva de nouveau des roseaux :
— Avant de toucher à l’eau, dis-moi : à qui ressemblent les êtres magiques qui sont véritablement bons ?
Le Prince de la Lune regarda le ciel sans nuages.
— Au ciel. Il est immense et s’étend au-dessus de tous.
— C’est joli aussi, répondit l’esprit. Mais l’énigme n’est toujours pas résolue.
Un instant plus tard, le Prince de la Lune était assis dans la même grotte, à côté de son jeune frère.
— Toi aussi, tu as donné la mauvaise réponse ? demanda le Prince du Soleil.
— On dirait bien.
Ils échangèrent un regard et se mirent à rire.
— Au moins, ce sera plus agréable d’attendre maintenant.
Pendant ce temps, assis sous l’arbre, le Prince des Étoiles s’inquiétait de plus en plus.
— Ils sont deux à être allés chercher de l’eau, et aucun n’est revenu. Il ne s’agit pas simplement d’un bain qui dure trop longtemps.
Il s’approcha de l’étang, examina soigneusement la berge et aperçut les traces de ses deux frères. Elles allaient jusqu’au bord de l’eau, mais aucune n’en revenait.
Le Prince des Étoiles n’entra pas dans l’étang. Il s’arrêta sur une pierre sèche et dit à voix haute :
— Maître de ces eaux, si tu m’entends, montre-toi. Je veux te parler.
Un homme qui avait l’air d’un simple garde forestier sortit des roseaux.
— Pourquoi restes-tu sur la berge ? demanda-t-il aimablement. Il fait chaud. Lave-toi le visage, rafraîchis-toi.
Le prince le regarda attentivement dans les yeux.
— Tu n’es pas un garde forestier. Tu es un esprit de l’eau. Et mes frères sont chez toi en ce moment.
Le garde forestier sourit, et son corps redevint transparent comme une vague.
— Tu as bien deviné.
— Pourquoi les retiens-tu ?
— J’ai une règle. Quiconque entre dans cet étang doit répondre à une question. Tes frères ont donné de belles réponses, mais ils n’ont pas compris l’essentiel.
— Pose-moi la question.
L’esprit de l’eau répéta :
— À qui ressemblent les êtres magiques qui sont véritablement bons ?
Le Prince des Étoiles prit son temps.
Il pensa à son père, qui ne voulait pas de querelles entre ses fils. Il pensa au Prince du Soleil, qui avait choisi de partir avec ses frères. Il pensa à tous ceux qui faisaient le bien sans couronne, sans magie et sans grands discours.
Puis il répondit :
— Les êtres bons ne brillent pas forcément comme le Soleil et n’ont pas besoin d’être immenses comme le ciel. Ceux qui sont véritablement bons ont le cœur pur. Ils ne font pas le mal volontairement, ils parlent avec respect et ils aident par leurs actes. On les reconnaît à ce qu’ils soulagent les autres, plutôt qu’à leur apparence.
L’étang s’apaisa.
Même les feuilles qui flottaient sur l’eau cessèrent de bouger.
Puis l’esprit de l’eau eut un large sourire.
— Voilà la réponse que j’attendais. Tu peux emmener l’un de tes frères. Lequel choisis-tu ?
Le Prince des Étoiles fut surpris.
— Un seul ?
— Oui. Le Prince du Soleil ou le Prince de la Lune.
Le prince baissa les yeux et réfléchit un bref instant.
— Rends-moi le Prince du Soleil.
— Pourquoi le plus jeune ? demanda l’esprit. Le Prince de la Lune n’est-il pas plus proche de toi en âge ? N’a-t-il pas marché à tes côtés depuis le palais ?
— C’est à propos du Prince du Soleil qu’a commencé la querelle qui nous a fait quitter notre maison, répondit le Prince des Étoiles. Mais il n’en a pas profité. Au contraire, il est venu avec nous, alors qu’il aurait pu rester au palais. Je ne veux pas que son bon choix le condamne à la solitude. Et je ne partirai pas d’ici tant que mon frère de la Lune ne sera pas libre. Alors, commence par le plus jeune.
L’esprit de l’eau le regarda longuement.
— Tu ne sais pas seulement ce qu’est une bonne réponse. Tu sais agir avec bonté quand il faut choisir.
Il frappa l’eau du plat de la main.
Le Prince du Soleil sortit le premier de derrière les roseaux. Le Prince de la Lune apparut à sa suite.
— Tous les deux ? s’écria le Prince des Étoiles.
— Tous les deux, répondit l’esprit. Car la sagesse sans bonté ne serait que ruse. Et tu as fait preuve de l’une comme de l’autre.
Les frères s’embrassèrent.
Le Prince du Soleil regarda l’étang.
— Et maintenant, pouvons-nous prendre de l’eau ?
L’esprit éclata de rire.
— Maintenant, vous pouvez même en prendre sans résoudre d’énigme.
Ils remplirent leurs coupes, dînèrent sur la berge et laissèrent à l’esprit quelques fruits sucrés qu’ils avaient emportés pour le voyage.
Depuis ce jour, quand ils passaient près de l’étang, les frères saluaient toujours son maître. Et l’esprit cessa d’effrayer les voyageurs. Désormais, il ne posait son énigme qu’à ceux qui souhaitaient eux-mêmes mettre leur sagacité à l’épreuve.
Le temps passa. Les querelles s’apaisèrent au palais, et le roi, qui avait vieilli, décida de confier à ses fils les affaires courantes du royaume.
Les trois frères rentrèrent ensemble chez eux.
Le Prince des Étoiles devint roi, comme le voulait l’ancienne coutume. Le Prince de la Lune s’occupa de la justice et de l’enseignement. Le Prince du Soleil veilla sur les routes, les jardins et l’aide apportée aux villes.
Dans le jardin du palais, ils firent creuser un petit étang à l’eau claire, entouré de saules et de fleurs.
— Pour notre vieil ami, expliquèrent les frères.
On raconte que, certains soirs, trois reflets apparaissaient à la surface de cet étang : une étoile, la lune et un rayon de soleil.
Mais leur éclat n’était pas ce qui comptait le plus.
Ce qui comptait, c’était que les trois frères se souvenaient de la réponse entendue autrefois au bord de l’eau, dans la forêt :
la bonté se reconnaît aux paroles, aux choix et aux actes, plutôt qu’à l’éclat.
