Couverture : Raiponce

Allemagne

Raiponce

Pays
Allemagne
Âge
6–10 ans
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Raiponce

À la lisière d’une petite ville vivaient un homme et une femme qui s’aimaient tendrement et rêvaient depuis longtemps d’avoir un enfant. Derrière leur maison s’élevait un vieux mur de pierre. De l’autre côté se trouvait un jardin merveilleux rempli de roses, de menthe argentée, d’herbes parfumées et de tendres feuilles de raiponce.

Le jardin appartenait à une enchanteresse que tout le monde appelait Mère Gothel. On disait qu’elle connaissait la langue des plantes et pouvait demander au vent de lui apporter des nouvelles de n’importe quel coin de la forêt. Personne n’entrait dans son jardin sans permission.

Un jour, la femme aperçut les belles feuilles de raiponce depuis sa fenêtre et eut tellement envie d’en goûter que son mari s’inquiéta.

— Je vais demander à la propriétaire du jardin de nous en donner, dit-il.

Mais ce soir-là, sans attendre de réponse, il escalada le mur et cueillit quelques feuilles. Le lendemain, il recommença. Cette fois, Mère Gothel apparut soudain parmi les buissons.

— Qui t’a donné la permission de prendre ce qui ne t’appartient pas ? demanda-t-elle sévèrement.

L’homme eut honte et lui raconta honnêtement la raison de son geste.

— Tu aurais dû demander avec des mots au lieu d’entrer en cachette, répondit l’enchanteresse. Mais je vois que tu ne voulais faire de mal à personne.

Elle l’autorisa à emporter quelques feuilles, mais exigea une étrange promesse : lorsqu’un enfant naîtrait dans la famille, Mère Gothel voulait lui enseigner elle-même les herbes magiques et les anciennes chansons.

Effrayé, l’homme accepta sans réfléchir suffisamment.

Peu après, une petite fille naquit. On l’appela Raiponce, comme les plantes du jardin enchanté.

Mère Gothel tint sa parole et prit l’enfant sous sa protection. Elle apprit à Raiponce à lire, à chanter et à reconnaître les arbres et les fleurs. Mais avec les années, cette protection ressembla de plus en plus à une porte verrouillée.

Lorsque Raiponce grandit, Mère Gothel l’installa dans une haute tour au milieu de la forêt. L’intérieur était confortable, mais il n’y avait ni porte ni escalier. Seulement une fenêtre ronde tout en haut.

Raiponce avait des cheveux dorés extraordinairement longs. Lorsque Mère Gothel venait, elle appelait depuis le pied de la tour :

— Raiponce, Raiponce, laisse tomber ta tresse !

La jeune fille défaisait sa longue tresse et la laissait descendre avec précaution. Mère Gothel grimpait ainsi jusqu’à la fenêtre.

Raiponce avait des livres, des fleurs en pot, des fils à broder et un petit luth. Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était chanter. Sa voix flottait au-dessus des pins comme un ruban de lumière.

Un jour, un jeune prince traversait la forêt à cheval lorsqu’il entendit son chant. Il arrêta sa monture et écouta longtemps.

Il revint le lendemain.

Puis encore une fois.

Un soir, il aperçut Mère Gothel et entendit les mots qu’elle prononçait. Après le départ de l’enchanteresse, le prince attendit puis appela timidement :

— Raiponce, Raiponce, laisse tomber ta tresse !

Raiponce fut surprise. Elle ne connaissait pas cette voix, mais elle ne semblait pas menaçante. Elle regarda par la fenêtre et vit le jeune homme.

— Qui êtes-vous ?

— Un voyageur qui a entendu votre chanson. Si vous ne voulez pas me parler, je partirai.

Cette réponse la rassura.

— Restez en bas, dit Raiponce. Nous pouvons simplement parler.

Et c’est ce qu’ils firent.

Le prince revint plusieurs fois et leurs conversations devinrent de plus en plus longues. Il lui parla des villes, des rivières, des foires et de la mer que Raiponce n’avait jamais vue. Elle lui chanta des chansons et lui raconta ce qu’elle savait sur les plantes, les étoiles et les oiseaux de la forêt.

Enfin, Raiponce dit :

— Je veux voir le monde autrement que depuis cette fenêtre.

— Alors nous trouverons un moyen sûr de sortir, répondit le prince. Mais seulement si c’est ce que tu veux réellement.

Il commença à lui apporter de solides rubans de soie. Raiponce les attacha ensemble pour fabriquer une longue échelle qu’elle cacha sous un banc.

Un jour, Mère Gothel aperçut un fil qui dépassait.

— Qu’est-ce que c’est ?

Raiponce décida de ne pas mentir.

— Je veux quitter la tour. Je suis reconnaissante pour tout ce que vous m’avez appris, mais je ne veux pas vivre toute ma vie sous un ciel verrouillé.

Mère Gothel se mit en colère. En vérité, elle avait surtout peur de perdre quelqu’un qu’elle avait pris l’habitude de considérer comme lui appartenant.

— Le monde est dangereux ! s’écria-t-elle.

— Mais cette tour ne peut pas être tout mon monde, répondit doucement Raiponce.

Dans sa colère, l’enchanteresse coupa la longue tresse de Raiponce. Mais les cheveux ne sont pas des ailes. La jeune fille ne perdit ni son courage ni sa voix.

Mère Gothel l’emmena dans une petite maison très éloignée dans la forêt et lui ordonna d’y rester seule pour réfléchir à son « ingratitude ».

Le soir même, le prince arriva au pied de la tour. Mère Gothel laissa descendre la tresse coupée et il monta, croyant retrouver Raiponce.

— Elle n’est plus ici, dit l’enchanteresse. Oublie-la.

Le prince redescendit si précipitamment qu’il glissa sur une branche basse et se blessa. Pendant plusieurs jours, ses yeux lui firent très mal et il voyait à peine, mais il était vivant.

Dès qu’il put marcher, il partit à la recherche de Raiponce.

Les semaines passèrent. Il questionna des bergers, des gardes forestiers et des cueilleurs de baies. Certains avaient aperçu une jeune fille seule près d’un ruisseau. D’autres avaient entendu quelqu’un chanter derrière les collines.

Un matin, le prince entendit une mélodie familière.

Il s’arrêta.

— Raiponce ?

La chanson se tut.

— Est-ce toi ?

Elle sortit en courant de la petite maison. Ses cheveux étaient plus courts maintenant, mais ses yeux brillaient exactement comme avant.

— Je pensais que tu ne me retrouverais jamais.

— Moi aussi, j’en ai eu peur, sourit-il.

Raiponce vit qu’il distinguait encore mal ce qui l’entourait et prit soin de lui. Elle prépara des compresses fraîches avec les plantes que Mère Gothel lui avait autrefois appris à reconnaître et, chaque jour, ils s’éloignèrent un peu plus de la maison.

Avec le temps, la douleur disparut et sa vue revint.

— Ainsi, même d’un passé difficile, on peut emporter quelque chose d’utile, dit Raiponce en triant des feuilles de menthe.

Le prince hocha la tête.

— Et désormais, c’est toi qui choisis où tu vas.

Ils se rendirent ensemble à la ville, non comme un sauveur et une personne sauvée, mais comme deux amis qui avaient appris à s’écouter.

Plusieurs mois plus tard, Raiponce retourna de son propre choix près de l’ancienne tour. Mère Gothel se tenait silencieusement devant le jardin.

— Je ne reviendrai pas vivre dans la tour, dit Raiponce. Mais je me souviens des bonnes choses que vous m’avez apprises.

L’enchanteresse la regarda longtemps. Pour la première fois, elle ne lui donna aucun ordre.

— Tu as grandi, murmura-t-elle.

Raiponce sourit.

— Exactement.

À partir de ce jour, Raiponce voyagea souvent, chanta ses chansons devant les gens et cultiva des herbes dans un jardin ouvert, sans hauts murs.

Au-dessus de la porte, une petite pancarte disait :

« Entrez. Mais frappez d’abord. »

C’était une règle qui plaisait à tout le monde.

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