Couverture : Ratatam et Cling-Cling

Tchéquie

Ratatam et Cling-Cling

Pays
Tchéquie
Âge
6–10 ans
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Ratatam et Cling-Cling

Au pied de collines verdoyantes vivait un homme pauvre avec sa fille Lenka. Elle était vive, patiente et travailleuse. Elle savait porter l’eau, désherber le jardin et filer le fil. Et lorsque son travail était terminé, elle aimait chanter près de la fenêtre.

Quelques années plus tard, son père se remaria. Sa nouvelle épouse avait une fille nommée Dorla, presque du même âge que Lenka.

Au début, tout le monde essaya de vivre paisiblement ensemble. Mais la belle-mère aimait beaucoup faire l’éloge de sa propre fille et comparer les deux jeunes filles.

— Regarde comme Dorla est habile, disait-elle à son mari, même lorsque Lenka avait accompli presque tout le travail.

Si Lenka rapportait trois bobines bien pleines et Dorla une seule, la belle-mère mettait discrètement de côté les bobines de Lenka et racontait une tout autre histoire.

Lenka n’aimait pas les disputes. Elle se taisait et continuait à travailler.

Un soir, les deux filles rentraient de chez une voisine où elles avaient passé la soirée à filer ensemble. Dorla avait surtout bavardé et joué, tandis que Lenka avait réussi à remplir tout un fuseau de fil fin.

Une large rigole traversait le chemin.

Dorla sauta la première et tendit la main.

— Donne-moi ton fuseau. Je vais le tenir pour que tu ne le fasses pas tomber.

Lenka lui fit confiance et lui donna son travail.

Dès qu’elles arrivèrent à la maison, Dorla courut vers sa mère.

— Regarde tout ce que j’ai filé !

— Et Lenka ?

— Oh, elle s’est seulement amusée.

Lenka ouvrit la bouche pour protester, mais sa belle-mère était déjà en train de se plaindre auprès de son père.

— Je te l’avais bien dit ! Ta fille ne fait aucun effort.

Son père voyait que Lenka voulait parler, mais au lieu de l’écouter, il fit un geste las de la main.

C’était injuste, et plus tard il regretta profondément ce silence.

Le lendemain matin, la belle-mère déclara :

— Lenka devrait passer quelques jours seule dans la petite maison forestière près des collines. Cela lui apprendra à se débrouiller.

Le père n’aimait pas cette idée. Mais au lieu de s’y opposer fermement, il accepta de conduire sa fille dans une ancienne maison de garde forestier.

— Je reviendrai te chercher dans trois jours, promit-il. Il y a un toit, un poêle et une source non loin.

La belle-mère donna à Lenka un sac censé contenir de la nourriture.

Lorsque son père fut parti, Lenka l’ouvrit et se figea.

À l’intérieur, il n’y avait que de la paille sèche, quelques cailloux et une poignée de cendres.

Lenka s’assit sur le banc.

— Voilà donc mon dîner, dit-elle tristement.

Elle se sentait blessée et un peu effrayée. Mais après quelques instants, elle essuya ses larmes.

— Je vais d’abord trouver de l’eau. Ensuite, je réfléchirai.

À cet instant, quelqu’un frappa à la porte.

Sur le seuil se tenait un petit voyageur âgé à la très longue barbe grise.

— Bonsoir, mon enfant.

— Bonsoir, Grand-père. Entrez, je vous en prie. Il fait froid dehors.

— Pourrais-tu me donner un peu d’eau ? Et peut-être quelque chose à manger ?

Lenka eut honte.

— Je le ferais volontiers, mais je viens de découvrir que je n’ai même pas de nourriture pour moi. Nous trouverons au moins de l’eau.

Le vieil homme sourit.

— Regarde derrière la maison.

Lenka sortit et vit ce qu’elle n’avait pas remarqué jusque-là : de l’eau claire jaillissait entre les rochers, et un petit seau en bois se trouvait à côté.

Elle le remplit, rentra, aida le vieil homme à se laver et posa une tasse d’eau sur la table.

— Je suis désolée de ne rien avoir d’autre à vous offrir.

— Alors regarde encore une fois dans ton sac, répondit l’invité.

Lenka l’ouvrit.

Les cendres avaient disparu. À leur place se trouvait de la farine.

La paille s’était changée en champignons séchés parfumés.

Les cailloux étaient devenus de petits pains ronds.

— Comment est-ce possible ?

Le vieil homme lui fit seulement un clin d’œil.

Lenka alluma le poêle, prépara une soupe aux champignons et posa le pain sur la table.

— Mangez, Grand-père. Il y en a assez pour nous deux.

Après le dîner, elle donna à son invité la petite chambre avec le lit de bois et s’installa elle-même sur le banc de la cuisine.

À minuit, Lenka entendit un léger bruit.

Tap-tap-tap.

Elle se réveilla.

Le vieil homme n’était plus dans la chambre.

À la place, près de la porte, se tenait un minuscule homme à peine plus haut que son genou. Sa barbe était si longue qu’elle touchait presque le sol.

Il déclara solennellement :

— Petit je suis, Mais ma barbe touche mes pieds. À qui donne de la bonté, La bonté revient multipliée.

Lenka se redressa, stupéfaite.

— Êtes-vous le même voyageur ?

— Oui. Je m’appelle Longue-Barbe. Je voulais voir si tu partagerais le peu que tu avais.

Il posa une petite bourse sur la table.

Cling-cling.

Lenka regarda à l’intérieur.

Des pièces d’or étincelaient.

— C’est beaucoup trop !

— Alors prends seulement ce dont tu as réellement besoin. Gardons le reste pour faire du bien.

Lenka réfléchit puis prit seulement une partie des pièces.

— Je veux que Père répare le toit de la maison, achète des graines pour le printemps et cesse de s’inquiéter de ses dettes.

Longue-Barbe hocha la tête avec plaisir.

— Excellent choix.

Il frappa dans ses mains.

La vieille maison forestière devint chaude et accueillante. Des bûches brûlaient joyeusement dans le poêle, une couverture chaude apparut sur le lit, et les étagères se remplirent de grain, de pommes et de pots de miel.

— Trois jours passent vite, dit le petit homme avant de disparaître.

Lorsque le père de Lenka revint, il s’attendait à trouver une maison froide et une enfant effrayée.

À la place, sa fille l’accueillit à la porte avec un bol de bouillie chaude.

— Entre, Père.

Il fut tellement soulagé qu’il resta longtemps incapable de parler.

Lenka lui raconta l’histoire de Longue-Barbe et lui montra la bourse.

Son père baissa la tête.

— Pardonne-moi. J’aurais dû t’écouter et refuser ce qui était injuste.

Lenka l’enlaça.

— L’important, c’est que tu écoutes maintenant.

Ils prirent le chemin de la maison.

À chaque pas, les pièces tintaient doucement dans la bourse.

Cling-cling devant.

Cling-cling derrière.

Près de la porte se trouvait le vieux chien.

En voyant son maître, il aboya selon un rythme qui ressemblait presque à des paroles :

— Ouaf-ouaf ! Le maître revient ! Cling-cling devant, Cling-cling derrière !

La belle-mère entendit et courut sur le perron.

— Qu’est-ce qui fait cling-cling ?

Le père ouvrit la bourse.

L’or brilla au soleil.

Dorla ouvrit de grands yeux.

— Moi aussi, je veux aller dans cette maison !

Sa mère accepta immédiatement.

— Bien sûr ! Si Lenka est revenue avec de l’or, Dorla en rapportera deux fois plus !

Le père de Lenka fronça les sourcils.

— Ce n’est pas un marché magique. Mais si Dorla veut réellement vivre seule quelques jours, je peux la conduire là-bas. Et cette fois, elle recevra de la vraie nourriture.

Le lendemain matin, Dorla partit pour la maison forestière.

Elle avait des vêtements chauds, du pain, du fromage, des pommes et un pot de bouillie.

— Vous verrez. Je reviendrai avec un sac entier d’or.

Le soir, un vieux voyageur à la longue barbe frappa à la porte.

— Bonsoir, mon enfant. Pourrais-tu me donner un peu d’eau et un morceau de pain ?

Dorla serra son panier contre elle.

— J’ai juste assez pour moi. Trouvez de l’eau vous-même.

— Peut-être seulement une pomme ?

— Non.

Le vieil homme ne répondit rien et repartit.

Dans la nuit, le bruit revint.

Tap-tap-tap.

Dorla bondit hors du lit et vit Longue-Barbe.

— Où est mon or ? demanda-t-elle aussitôt.

Le petit homme haussa les sourcils.

— Ton or ?

— Oui. Vous en avez donné à Lenka.

Longue-Barbe posa une bourse sur la table.

— Le voilà.

Dorla l’attrapa.

Ratatam-ratatam.

Elle défit le cordon.

À l’intérieur se trouvaient de simples petits cailloux ronds.

— Ce n’est pas de l’or !

— Exactement, répondit le petit homme. Un cadeau ne se commande pas comme une tarte chez le boulanger. On ne le reçoit pas parce qu’on l’exige. Il arrive parfois parce qu’on était prêt à donner.

— Reprenez vos pierres !

— Tu peux les garder. Elles font un excellent bruit et te rappelleront cette conversation.

Puis Longue-Barbe disparut.

Dorla alla se coucher, furieuse.

Mais toute la nuit, le vent balançait les branches contre le toit et les cailloux dans la bourse roulaient sur la table.

Ratatam-ratatam.

Ratatam-ratatam.

La jeune fille ne parvenait pas à dormir.

Elle se souvint du vieil homme qu’elle n’avait même pas invité à se réchauffer.

Elle se souvint du fuseau de Lenka qu’elle avait fait passer pour le sien.

Elle se souvint de chaque fois où elle avait laissé sa mère gronder Lenka injustement.

Au matin, Dorla était assise sur son lit.

— On dirait que ces cailloux disent la vérité plus fort que moi.

Lorsque son père vint la chercher, Dorla ne demanda aucun panier pour transporter de l’or.

Elle porta elle-même la bourse.

Ratatam-ratatam devant.

Ratatam-ratatam derrière.

Le vieux chien les entendit de loin et aboya :

— Ouaf-ouaf ! Dorla revient ! Ratatam devant, Ratatam derrière !

Sa mère courut jusqu’à la porte avec un grand panier.

— Donne-moi l’or !

Dorla versa les cailloux dedans.

Rrrratatam !

Sa mère resta immobile, stupéfaite.

Dorla dit alors :

— Maman, c’est juste. Lenka a reçu de l’aide non parce qu’elle était meilleure que moi, mais parce qu’elle a partagé le peu qu’elle avait. Moi, je n’ai rien voulu partager alors que j’avais largement assez.

Puis elle se tourna vers Lenka.

— Et ce soir-là, c’était toi qui avais filé tout le fuseau. Je l’ai pris et j’ai menti. Pardonne-moi.

Lenka resta silencieuse quelques secondes, puis hocha la tête.

— Je te pardonne. Mais la prochaine fois, file ton propre fil.

Dorla éclata de rire.

— D’accord.

À partir de ce jour, certaines choses changèrent dans la maison.

Le père de Lenka cessa de garder le silence lorsqu’il voyait une injustice.

La belle-mère apprit peu à peu à ne plus comparer les deux filles.

Et Dorla, même si elle ne devint pas une personne entièrement différente en une seule journée, commença plus souvent à demander :

— Tu veux que je t’aide ?

Les pièces d’or de Lenka servirent à réparer la maison, acheter des graines et de bons vêtements chauds.

Elle en mit aussi quelques-unes de côté pour aider ceux qui traversaient une période difficile.

Dorla conserva sa bourse de cailloux.

Parfois, lorsqu’elle avait envie de s’attribuer le travail d’un autre ou de prendre la plus grosse part de tarte, elle secouait légèrement la bourse.

Ratatam-ratatam.

Et depuis l’étagère où Lenka gardait quelques pièces destinées aux bonnes actions venait une réponse douce :

Cling-cling.

Ainsi, cette famille se souvint longtemps d’une vérité simple : la bonté peut avoir des sons très différents.

Parfois, elle tinte comme une pièce.

Parfois, elle ressemble à un discret « merci ».

Et parfois, elle est simplement le moment où quelqu’un décide enfin de dire la vérité.

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