Couverture : Riquet à la houppe

France

Riquet à la houppe

Pays
France
Âge
8–11 ans
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Riquet à la houppe

Dans un royaume naquit un prince avec une petite houppe de cheveux dressée sur la tête. On l’appela Riquet à la houppe. Il ne ressemblait guère aux princes parfaits des portraits de cour. Mais une fée déclara à sa mère : — Votre fils possédera un don rare. Il verra l’essentiel, choisira ses mots avec justesse et pourra aider la personne qu’il aimera sincèrement à découvrir sa propre intelligence et sa propre voix. Riquet grandit curieux et attentif. Il savait écouter. Il parlait aussi bien avec les jardiniers qu’avec les savants. Dans un royaume voisin naquirent deux princesses. L’aînée était remarquablement belle. Tout le monde la regardait avant même de l’écouter. À force d’être jugée uniquement sur son apparence, elle devint très peu sûre d’elle. Elle craignait de parler, se trompait lorsqu’on la pressait et finit par croire qu’elle n’avait rien d’intéressant à dire. Sa sœur cadette attirait moins les regards, mais parlait facilement, plaisantait et posait beaucoup de questions. La même fée vint voir les deux enfants. — Chacune recevra un don. La plus jeune aura une parole vive. Et l’aînée découvrira un jour que l’amour peut changer notre manière de voir quelqu’un, non son visage mais ce que nous percevons de lui. Les années passèrent. Un jour, après une réception particulièrement pénible, l’aînée s’enfuit dans la forêt. — Tout le monde me regarde. Personne ne m’écoute. — Peut-être ne vous laisse-t-on jamais le temps de terminer une phrase, répondit une voix. Un jeune homme à la petite houppe se tenait devant elle. — Qui êtes-vous ? — Riquet. Et vous êtes la princesse dont on parle dans trois royaumes. Elle soupira. — Voilà précisément mon problème. On parle de moi. On parle rarement avec moi. Riquet s’assit sur une pierre. — Alors racontez-moi quelque chose que personne ne sait. — Je ne sais pas parler de manière intéressante. — Nous allons vérifier. Il lui posa des questions simples. Quel arbre préférait-elle ? Pourquoi aimait-elle les orages ? Quel livre relisait-elle enfant ? Que changerait-elle dans le jardin royal ? Au début, elle répondit par quelques mots. Puis par des phrases. Puis elle oublia d’avoir peur. Riquet sourit. — Vous voyez ? Les idées sont là. Elles attendaient simplement qu’on leur laisse entrer. — J’aimerais parler toujours aussi librement. Riquet devint sérieux. — J’ai reçu le don d’aider une personne que j’aime à entendre davantage son propre esprit. Je peux partager ce don avec vous. — Que voulez-vous en échange ? — Pas une décision aujourd’hui. Seulement ceci : revenons ici dans un an. Vous aurez le temps de mieux vous connaître. Ce jour-là, vous choisirez librement si vous voulez que je reste dans votre vie. Elle accepta. Riquet lui tendit la main. La princesse sentit quelque chose changer. Elle ne devint pas soudain savante en tout. Mais ses pensées cessèrent de fuir dès que quelqu’un la regardait. Ses mots commencèrent à lui obéir. De retour au palais, elle demanda pour la première fois qu’on ne l’interrompe pas pendant le conseil. Elle proposa une meilleure manière de distribuer l’eau pendant une sécheresse. Puis une salle de lecture pour les enfants. Puis elle aida deux ambassadeurs à résoudre un conflit simplement en posant les bonnes questions. Son père demanda : — D’où vient toute cette confiance ? — Elle était déjà là. Je ne savais pas l’entendre. De nouveaux prétendants arrivèrent. La princesse ne se laissa plus impressionner par les bijoux. Elle observait comment les visiteurs parlaient aux serviteurs, aux enfants, aux personnes âgées et à ceux dont ils n’avaient rien à gagner. Un an passa. La princesse revint dans la forêt. Elle entendit du bruit sous les arbres. Des cuisiniers, des musiciens et des serviteurs préparaient une grande fête. — Pour qui ? — Pour le prince Riquet. Aujourd’hui est un jour important. La princesse se souvint de sa promesse. Riquet apparut sur le chemin. — Vous êtes venue. — Je l’avais promis. — Mais votre ancienne promesse ne décide pas pour vous. Vous pouvez dire non. — Et si je dis non ? — Je serai triste, répondit-il. Mais je respecterai votre choix. Elle le regarda longtemps. — Pourquoi m’avez-vous aidée il y a un an ? — Parce que vous étiez malheureuse. Et parce que je voyais en vous bien plus que ce que voyaient ceux qui ne regardaient que votre apparence. — Et maintenant ? — Je vois quelqu’un qui pense par elle-même et n’a plus peur de poser des questions. La princesse sourit. — Et moi, je vois quelqu’un auprès de qui je n’ai jamais besoin de faire semblant. Elle se souvint alors du don annoncé par la fée. Riquet avait toujours la même houppe. Son visage n’avait pas changé. Pourtant, elle ne comprenait plus comment quelqu’un avait pu le qualifier de laid. Elle voyait ses yeux attentifs, son sourire, sa bonté et son intelligence. — Je crois que ma magie vient de fonctionner. — Quelle magie ? — Celle qui change notre regard. Riquet rit. — Alors, quelle est votre décision ? — Je veux rester avec vous. Non parce que je l’ai promis il y a un an. Parce que je le choisis aujourd’hui. Le mariage eut lieu plus tard, lorsque les deux familles furent réunies. Certains affirmèrent que Riquet était devenu plus beau. D’autres disaient que la princesse avait simplement appris à mieux voir. Mais le plus grand prodige s’était peut-être produit auparavant : Riquet ne lui avait pas donné une intelligence étrangère. Il l’avait aidée à entendre la sienne. Et c’est parfois ainsi que fonctionne la meilleure magie.

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