Couverture : Roum Bacha et Baki

Chine

Roum Bacha et Baki

Pays
Chine
Âge
8–11 ans
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Roum Bacha et Baki

Dans le pays de Roum régnait un roi nommé Bacha. Il était intelligent, actif et savait gouverner un vaste royaume, mais il avait une mauvaise habitude : il détestait reconnaître qu’il pouvait se tromper. Sa femme, la reine, avait elle aussi un caractère bien affirmé. Elle disait ce qu’elle pensait et ne donnait jamais raison à quelqu’un uniquement pour lui faire plaisir. Au début, Bacha était même fier de son intelligence. Avec le temps, cependant, leurs conversations se transformèrent de plus en plus souvent en disputes. Un soir, ils étaient assis près d’une fenêtre ouverte lorsqu’un cri aigu retentit dans le jardin. — Tu entends ? dit Bacha. C’est un tigre. La reine écouta attentivement. — Non. C’est un renard. — Un tigre, insista le roi. — Un renard, répéta calmement la reine. La discussion dura si longtemps que Bacha finit par se mettre en colère. — Demain, le conseil décidera ! s’écria-t-il. Celui qui s’est trompé quittera le palais pendant quelque temps. Le lendemain, les conseillers se réunirent dans la grande salle. Ils interrogèrent les bergers, les jardiniers et les habitants du voisinage. Tous répondaient la même chose : les tigres approchaient rarement du palais, tandis qu’on entendait souvent des renards la nuit. Les conseillers comprirent parfaitement que la reine avait raison. Mais certains craignaient de déplaire au roi. — Disons que c’est lui qui a raison, murmura le plus âgé. Ainsi, tout restera tranquille. Le conseil rendit donc une décision mensongère. La reine ne chercha pas à se défendre davantage. Elle regarda seulement son mari avec tristesse. — La vérité ne change pas parce que beaucoup de gens ont peur de la dire, déclara-t-elle. Selon la règle fixée pendant la dispute, elle devait quitter le palais. On l’installa sur un large radeau de bois que l’on laissa descendre le grand fleuve. Le radeau était solide et la journée calme. Elle n’était pas en danger, mais le voyage restait long et solitaire. Le courant l’emporta à travers les plaines, le long des rochers et des hautes herbes. Enfin, le radeau toucha une rive dans un pays lointain. La reine descendit et suivit un étroit sentier. Après avoir marché longtemps, elle arriva dans une petite clairière où un vieil homme à la barbe blanche était assis près d’un feu. — Bonjour, dit-elle. Auriez-vous un peu de nourriture à partager ? Je n’ai rien mangé depuis longtemps. — Bien sûr. Assieds-toi et réchauffe-toi. Il partagea avec elle tout ce qu’il possédait. Quand la reine se fut reposée, le vieillard reprit : — Je vis ici depuis longtemps et j’ai appris bien des choses. Tu as traversé une épreuve difficile, mais ton avenir ne sera pas fait uniquement de malheurs. Suis ce sentier jusqu’à la petite colline. Une nouvelle partie de ta vie commencera là-bas. Tu auras un fils. Appelle-le Baki. Ce sera un enfant remarquable et, un jour, il aidera à rétablir la justice. La reine le remercia et poursuivit sa route. La prédiction se réalisa. Quelque temps plus tard, elle donna naissance à un garçon qu’elle appela Baki. Dans les récits, on disait qu’il était un enfant étonnant : il apprit très vite à parler, à marcher et à comprendre ce qui demandait aux autres des années de réflexion. La mère et le fils atteignirent un royaume voisin. Trois princes qui revenaient d’une promenade les rencontrèrent. En apprenant que les voyageurs n’avaient plus de foyer, ils les conduisirent auprès de leur père. Le roi accueillit la reine de Roum avec respect et permit à Baki d’étudier avec ses propres fils. Les années passèrent. Baki devint fort, attentif et courageux. Il montait parfaitement à cheval, tirait à l’arc, connaissait les routes et n’abandonnait jamais un compagnon dans une difficulté. Un jour, les quatre jeunes gens partirent dans les montagnes. Une biche blanche apparut soudain devant eux. Elle était si belle que tous se mirent presque malgré eux à la suivre. La biche montait toujours plus haut. Les chevaux des trois princes finirent par se fatiguer, et les jeunes hommes rebroussèrent chemin. Seul Baki continua. Enfin, la biche atteignit une paroi rocheuse, la toucha du museau et la pierre s’ouvrit silencieusement. Baki retint son cheval. — Voilà une porte peu ordinaire, murmura-t-il. La biche entra. Sur le seuil, son pelage blanc disparut et une jeune femme se tint à sa place. — N’aie pas peur, dit-elle. Je suis humaine. Un enchantement me permet de prendre la forme d’une biche. Baki entra derrière elle. À l’intérieur de la montagne s’étendait une immense salle remplie de colonnes transparentes qui brillaient comme de la glace au soleil. — Un puissant ogre vit ici, expliqua la jeune femme. Il me retient dans cette grotte. Je peux sortir sous une autre apparence, mais je ne peux pas rompre complètement son enchantement sans aide. — Alors je t’aiderai. — Il faut d’abord passer la nuit sans être découvert. L’ogre va bientôt revenir. Elle ouvrit une cavité dans l’une des colonnes de verre et Baki s’y cacha. Peu après, les portes de pierre s’ouvrirent. Le géant entra. Après son repas, il prit un instrument à cordes et commença à jouer. Alors un prodige se produisit : les colonnes transparentes se mirent l’une après l’autre à se balancer doucement au rythme de la musique. Toutes, sauf celle où Baki était caché. L’ogre fronça les sourcils. — Pourquoi cette colonne ne danse-t-elle pas ? Il allait s’en approcher lorsque la jeune femme répondit rapidement : — C’est la colonne principale. Elle estime sans doute qu’elle doit rester digne. Le géant accepta cette explication et laissa la colonne tranquille. À l’aube, il partit. La jeune femme libéra Baki. — Son pouvoir n’est pas vraiment en lui, expliqua-t-elle. Derrière cette montagne se trouve un autre rocher. Approche-toi, frappe le sol trois fois du pied et dis : « Grand Corbeau, ouvre la porte. » À l’intérieur, tu verras un perroquet vert posé sur une pierre rouge. Ne lui fais aucun mal. Retire simplement le petit anneau d’or attaché à sa patte. C’est lui qui maintient le pouvoir de l’ogre sur les enchantements. Baki suivit exactement ses instructions. Après le troisième appel, la paroi s’ouvrit. Sur une pierre rouge se tenait un perroquet vert. Un anneau d’or brillait à sa patte. — N’aie pas peur, murmura Baki. Il retira délicatement l’anneau. À cet instant, un grondement traversa les montagnes. Les enchantements de l’ogre se fissurèrent comme de la vieille glace au printemps. Les portes de la caverne s’ouvrirent, et le géant perdit son pouvoir magique. Il s’enfuit très loin dans les montagnes et ne revint jamais. La jeune femme était libre. — Tu m’as sauvée, dit-elle. — Nous nous sommes sauvés ensemble, répondit Baki. Sans toi, je n’aurais même pas su où chercher. Ils retournèrent vers la capitale. Baki y apprit une nouvelle inquiétante. Le roi qui avait autrefois accueilli sa mère voulait maintenant l’obliger à devenir sa femme, bien qu’elle ait clairement dit qu’elle ne le désirait pas et qu’elle avait déjà un mari dans le pays de Roum. Baki se mit en colère. Mais la jeune femme de la grotte l’arrêta. — La force ne sert pas seulement à combattre. Parfois, le plus fort est celui qui oblige le mensonge à se montrer devant tout le monde. Elle lui apprit l’un des enchantements qui appartenait autrefois à l’ogre. Baki entra dans la cour du palais et se transforma en une grande coquille de cauri étincelante. Un serviteur la trouva. — Quelle magnifique coquille ! — Oui, elle est belle, répondit la coquille. Le serviteur fit un bond. — Tu parles ? — Et je sais aussi certaines choses sur Baki et sa mère. La nouvelle arriva aussitôt au roi. Il fit apporter la coquille dans la salle du trône. — Que sais-tu ? demanda-t-il. — Je sais qu’on ne peut pas appeler « bonté » ce que l’on impose à quelqu’un qui refuse. Et je sais que Baki est revenu. Le roi rougit. — Je ne permettrai pas à un morceau de coquille de me donner des leçons ! Il ordonna de la briser. À peine le marteau la toucha-t-il qu’elle éclata en une multitude d’étincelles. Chacune devint un garde armé, et Baki apparut au milieu d’eux. Les courtisans reculèrent. — Nous ne sommes pas venus combattre, dit Baki. Nous sommes venus dire tout haut ce que chacun ici sait déjà. Ma mère a le droit de décider elle-même de sa vie. Le roi regarda les conseillers. Cette fois, personne ne voulut mentir par peur. — C’est vrai, dit l’un d’eux. — C’est vrai, confirma un autre. Le roi comprit qu’il avait perdu la confiance de son entourage. Il renonça à son projet, transmit le gouvernement à un conseil de sages et partit vivre dans une résidence éloignée. Baki, lui, ne voulut pas régner par la force. Il accepta d’aider le pays uniquement si les habitants souhaitaient eux-mêmes le voir à leur tête. Peu après, ils le choisirent pour roi. La jeune femme délivrée de la grotte resta auprès de lui. Avec le temps, ils décidèrent de se marier. Dans ce palais, personne ne parla plus jamais du mariage comme d’une récompense ou d’un ordre. C’était leur décision commune. La reine, quant à elle, retourna au pays de Roum. Bacha l’attendait sur la rive du même fleuve. Pendant les années de séparation, il avait beaucoup repensé à leur ancienne dispute. — C’était un renard, dit-il de loin. La reine sourit. — Je sais. — Moi aussi, je le sais maintenant. Et je sais encore autre chose : être roi ne signifie pas avoir toujours raison. À partir de ce jour, ils se disputèrent moins souvent. Et lorsqu’ils n’étaient pas d’accord, ils ne convoquaient plus un conseil pour décider qui avait gagné. Ils s’asseyaient l’un près de l’autre et s’écoutaient. On dit que c’est de là qu’est née, dans le pays de Roum, cette phrase : « Celui qui a peur de dire la vérité rend l’erreur plus forte. Celui qui sait écouter devient plus fort lui-même. »

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