

Monde entier
Le Prince heureux
Très haut au-dessus de la ville, sur une fine colonne, se dressait la statue du Prince heureux.
- Pays
- Monde entier
- Âge
- 6–10 ans
- Durée
- 7 min

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Le Prince heureux
Très haut au-dessus de la ville, sur une fine colonne, se dressait la statue du Prince heureux.
Tout son corps était couvert de minces feuilles d’or. Ses yeux brillaient de deux saphirs bleus, et un grand rubis rouge flamboyait sur la garde de son épée.
Les gens traversaient la place et l’admiraient.
— Voilà à quoi doit ressembler le bonheur, disaient les uns.
— Quel beau prince ! s’émerveillaient les autres.
Mais le Prince, lui, restait silencieux.
Lorsqu’il était vivant, il habitait dans un palais entouré de hauts murs. On y entendait toujours de la musique, les jardins étaient remplis de fleurs et les personnes autour de lui le protégeaient de tout ce qui pouvait être triste.
Il se croyait vraiment heureux, parce qu’il savait très peu de choses sur la vie de ceux qui souffraient.
Maintenant qu’il était devenu une statue dominant la ville, il voyait tout.
Une nuit d’automne, une Hirondelle arriva dans la ville. Ses compagnes étaient parties depuis longtemps vers les pays chauds, mais elle avait pris du retard et se dépêchait maintenant de rejoindre le sud.
— Je passerai la nuit ici, décida l’Hirondelle en apercevant la statue. L’endroit est haut, l’air est frais, et je n’ai même pas besoin d’un toit doré.
Elle s’installa entre les pieds du Prince et allait s’endormir lorsqu’une grosse goutte tomba sur elle.
— C’est étrange, dit l’Hirondelle. Le ciel est parfaitement clair.
Une deuxième goutte tomba.
L’Hirondelle leva la tête et vit des larmes couler sur les joues dorées du Prince.
— Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-elle.
— Lorsque j’étais vivant, je ne connaissais pas la tristesse, répondit le Prince. Maintenant, je vois toute la ville et je ne peux plus ignorer le malheur des autres.
Il demanda à l’Hirondelle de regarder une petite maison dans une rue éloignée.
Près d’une table était assise une couturière épuisée. Elle travaillait tard dans la nuit, tandis que son petit garçon reposait dans son lit, le front brûlant, et demandait quelque chose de frais.
Sa mère n’avait presque plus d’argent.
— Il y a un rubis sur mon épée, dit le Prince. Porte-le-lui.
— Mais je dois partir vers les pays chauds, répondit l’Hirondelle. Mes compagnes m’attendent déjà.
— Reste seulement une nuit.
L’Hirondelle regarda le visage triste du Prince et accepta.
Elle détacha le rubis de la garde de l’épée, vola au-dessus des toits et déposa la pierre précieuse près de la couturière. Puis elle agita doucement ses ailes au-dessus du front de l’enfant.
— Comme il fait frais, murmura le garçon avant de s’endormir.
Le lendemain, l’Hirondelle revint auprès du Prince.
— Maintenant, je dois partir.
— Hirondelle, reste encore une nuit, demanda-t-il.
Le Prince voyait un jeune écrivain dans une petite chambre sous les toits. Il essayait de terminer son travail, mais il avait si froid et si faim qu’il n’arrivait plus à se concentrer.
— Prends l’un de mes saphirs et porte-le-lui.
L’Hirondelle prit peur.
— Mais c’est ton œil.
— Porte-le, je t’en prie.
L’Hirondelle retira délicatement le saphir et vola jusqu’au jeune homme. En découvrant la pierre précieuse, il comprit qu’il pourrait acheter de la nourriture, chauffer sa chambre et terminer son travail tranquillement.
Le soir suivant, l’Hirondelle dit de nouveau :
— Prince, cette fois je dois vraiment partir.
Mais le Prince aperçut sur la place une petite vendeuse d’allumettes. Sa marchandise avait été mouillée, la fillette pleurait et avait peur de rentrer chez elle sans argent.
— Donne-lui mon deuxième saphir.
— Alors tu ne verras plus rien, dit l’Hirondelle.
— J’ai déjà vu assez de choses pour savoir qu’elle a besoin d’aide.
L’Hirondelle obéit.
Lorsqu’elle revint, les yeux du Prince ne brillaient plus.
— Maintenant, tu es aveugle, dit le petit oiseau. Je ne te laisserai pas seul.
— Mais le froid arrive. Tu dois partir vers le sud.
— Je resterai encore un peu avec toi.
À partir de ce jour, l’Hirondelle devint les yeux du Prince.
Elle volait au-dessus de la ville et lui racontait ce qu’elle voyait : des enfants qui grelottaient près de maisons sombres, des personnes âgées qui manquaient de nourriture, des familles qui comptaient leurs dernières pièces, et tous ceux que les autres passaient sans même remarquer.
— Il me reste encore de l’or, dit le Prince. Détache-le feuille après feuille et donne-le à ceux qui en ont besoin.
L’Hirondelle commença à retirer les minces feuilles d’or de la statue.
Elle en porta une à une famille qui n’avait pas de quoi acheter son dîner.
Une autre servit à procurer des vêtements chauds à un enfant.
Une troisième alla à une vieille femme qui vivait seule.
Et cela continua jour après jour.
Le Prince heureux devenait de moins en moins brillant. L’or disparaissait, les saphirs n’étaient plus là et le rubis avait depuis longtemps trouvé un nouveau propriétaire.
Mais dans de nombreuses chambres sombres apparaissaient de la lumière, de la nourriture et un peu d’espoir.
L’hiver arriva.
Le givre couvrait les toits, l’eau se recouvrait d’une fine glace et l’Hirondelle avait de plus en plus de mal à voler.
— Maintenant, tu dois vraiment partir, dit le Prince. Je ne veux pas que tu restes ici à cause de moi et que tu meures de froid.
— Je sais, répondit doucement l’Hirondelle. Mais d’abord, je veux te dire adieu.
Elle se posa sur l’épaule du Prince.
— Puis-je t’embrasser ?
— Je suis heureux que tu partes enfin vers les pays chauds, dit-il.
Mais l’Hirondelle était déjà trop épuisée par le froid.
Elle effleura les lèvres du Prince de son bec, tomba à ses pieds et ne bougea plus.
Au même instant, quelque chose se fendit à l’intérieur de la statue.
C’était le cœur de plomb du Prince qui venait de se briser.
Le lendemain matin, des responsables de la ville traversèrent la place.
— Comme notre Prince est devenu laid, dit l’un d’eux. Il n’a plus ni or ni pierres précieuses.
— Et il y a un oiseau mort à ses pieds, ajouta un autre.
Ils décidèrent de retirer la statue.
On l’envoya dans un atelier afin de faire fondre le métal. Mais, pour une raison mystérieuse, le cœur de plomb ne fondit pas. On le jeta avec la petite Hirondelle.
Pourtant, l’histoire ne s’arrêta pas là.
Dans le conte, on raconte qu’un jour un messager du ciel reçut la mission de trouver les deux choses les plus précieuses de toute la ville.
Il visita de riches maisons, regarda dans des coffres remplis de bijoux, vit des ornements coûteux et des pièces d’or.
Puis il trouva le cœur de plomb fendu et la petite Hirondelle.
Ce furent eux qu’il désigna comme les plus précieux.
Non parce que le cœur était fait d’un métal rare. Il n’était que de simple plomb.
Et non parce que l’Hirondelle était un oiseau exceptionnel ou majestueux.
Mais parce que tous deux avaient donné ce qu’ils possédaient pour rendre la vie de quelqu’un d’autre un peu moins difficile.
Pendant longtemps, les habitants se souvinrent de la statue dorée du Prince heureux. Mais son véritable bonheur n’avait pas commencé lorsque tout le monde l’admirait.
Il avait commencé le jour où il avait vu la souffrance des autres sans détourner les yeux.
Et l’Hirondelle, qui au début voulait seulement atteindre au plus vite les pays chauds, avait découvert un autre chemin : parfois, la plus grande chaleur ne vient pas du soleil, mais de l’attention que l’on offre à quelqu’un qui se trouve près de nous.
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