Couverture : Shinansha, la voiture qui indiquait le sud

Japon

Shinansha, la voiture qui indiquait le sud

Pays
Japon
Âge
6–10 ans
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Shinansha, la voiture qui indiquait le sud

Une vieille légende raconte l’histoire de Kotei, souverain de la Chine ancienne, curieux et attentif au fonctionnement du monde. À son époque, le pays traversait une période troublée. Un puissant rival, Shiyu, refusait les lois communes et avait rassemblé des partisans. Un jour, l’armée de Kotei avançait sur une vaste plaine. Le ciel était clair, la route visible. Puis Shiyu fit surgir un brouillard si épais que le monde disparut presque entièrement. Les collines s’effacèrent. Le soleil disparut. Même les hommes proches n’étaient plus que des ombres. — Restez ensemble ! ordonna Kotei. Mais sans soleil ni repère, personne ne savait dans quelle direction avancer. Kotei comprit qu’attendre ne suffirait pas. Il fallait inventer quelque chose qui indique une direction même lorsqu’on ne voit plus le paysage. Avec ses artisans, il dessina, calcula et examina roues et engrenages. Finalement, ils construisirent une voiture extraordinaire. Sur le véhicule se tenait une petite figure au bras tendu. Quelle que soit la direction dans laquelle tournait la voiture, un mécanisme intérieur faisait toujours pointer le bras vers le sud. On l’appela shinansha, « la voiture qui indique le sud ». Ils la tournèrent à droite. La figure indiqua le sud. À gauche. Toujours le sud. Ils firent un tour complet. Toujours la même direction. Grâce à elle, Kotei retrouva les points cardinaux et guida ses hommes hors du brouillard. Plus tard, ils arrivèrent devant une grande rivière gonflée par les pluies. Le courant était fort. Aucun bateau ne se trouvait à proximité. — Il faudra repartir, dit quelqu’un. Kotei s’assit sur la rive et observa l’eau. Un petit objet attira son attention. Une araignée se trouvait sur une feuille tombée dans le courant. La feuille flottait et transportait l’animal vers l’autre rive. Kotei se leva. — Voilà notre réponse. — Quelle réponse ? — Si une petite feuille peut porter une araignée, une coque légère assez grande peut porter un homme. Les artisans se mirent au travail. Le premier bateau n’était pas parfait. Le deuxième fut meilleur. Puis d’autres suivirent. Bientôt, les hommes traversèrent la rivière en sécurité. Ainsi, une scène minuscule qu’un autre aurait ignorée inspira une nouvelle solution. Le conflit prit fin et la paix revint. Les gens se souvenaient surtout de Kotei comme d’un homme qui observait comment se comportaient l’eau, le bois, les roues, les animaux et les artisans. — Le monde explique constamment quelque chose, disait-il. Encore faut-il ne pas passer devant les yeux fermés. De nombreuses années plus tard, Kotei était devenu vieux. Le pays vivait en paix. Un jour, selon la légende, une lumière dorée brilla au-dessus du palais. Un gigantesque dragon d’or descendit des nuages. Il ne rugissait pas. Ses écailles ressemblaient au soleil du soir sur l’eau. Il inclina la tête devant Kotei. — Tu as longtemps parcouru les routes terrestres. Il est temps de voir aussi les routes du ciel. Kotei regarda son palais, ses jardins et les gens avec lesquels il avait partagé tant d’années. — Alors je partirai pour mon dernier grand voyage. Il monta sur le dos du dragon. Les ailes d’or se déployèrent. Un vent chaud passa sur les toits, et le dragon s’éleva lentement jusqu’à devenir un point de lumière parmi les nuages. Sur terre resta l’arc de Kotei, conservé comme souvenir. Et la shinansha devint le symbole de sa manière de penser. Le brouillard peut cacher la route. Une rivière peut sembler infranchissable. Mais un esprit attentif cherche non pas une raison de s’arrêter, mais un indice à partir duquel recommencer. Parfois, cet indice prend la forme d’un mécanisme compliqué. Et parfois, celle d’une toute petite araignée flottant sur une feuille.

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