

Arabie saoudite
Les Sept Voyages de Sindbad le marin
mer, voyages, aventures
- Pays
- Arabie saoudite
- Âge
- 7–12 ans

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Les Sept Voyages de Sindbad le marin
Dans l’ancienne Bagdad vivait un porteur nommé Hindbad. Chaque jour, il transportait de lourds paniers et des ballots d’un bout à l’autre de la ville. Par une journée brûlante, Hindbad s’arrêta pour se reposer près d’une somptueuse maison. De la musique en sortait, des parfums d’épices et de pain frais flottaient dans l’air, et les oiseaux chantaient dans le jardin.
— Certains ont bien de la chance, soupira le porteur. Moi, je travaille toute la journée pour gagner de quoi dîner.
Un serviteur entendit ses paroles et l’invita à entrer.
Le maître de maison, un homme à la barbe grise, était assis à une grande table.
— Je suis Sindbad le marin, dit-il. Tu regardes ma maison et tu crois que la richesse est venue d’elle-même jusqu’à ma porte. Assieds-toi. Je vais te raconter ce que m’ont coûté la tranquillité et l’aisance.
Et Sindbad commença son récit.
PREMIER VOYAGE
Dans sa jeunesse, Sindbad avait hérité d’une belle somme, mais il la dépensait avec tant d’insouciance qu’un jour il comprit que, s’il ne changeait rien, il ne lui resterait bientôt plus une pièce.
Il acheta des marchandises, se joignit à des négociants et prit la mer pour aller commercer dans des pays lointains.
Un jour, le bateau s’arrêta près d’une île verdoyante. Les voyageurs descendirent à terre, allumèrent un feu et commencèrent à préparer leur repas.
Soudain, le sol trembla.
— Retournez au bateau ! cria le capitaine. Ce n’est pas une île !
Ce qu’ils avaient pris pour de la terre était le dos d’une immense créature marine, restée immobile si longtemps que de l’herbe et de la mousse y avaient poussé. Réveillée par la chaleur du feu, elle plongea.
Sindbad ne put rejoindre le bateau à temps. Il se retrouva dans l’eau, s’agrippa à une planche et dériva longtemps sur les vagues. Le lendemain matin, la mer le rejeta sur une véritable île.
Il y rencontra des hommes du roi de ce pays, puis aperçut au port un bateau qu’il connaissait. Ses marchandises étaient à bord. Le capitaine croyait Sindbad mort et avait gardé sa cargaison pour la remettre à sa famille.
— Mais je suis Sindbad ! s’écria le voyageur.
Lorsque tous l’eurent reconnu, on lui rendit ses marchandises. Sindbad sut en tirer un bon profit et rentra à Bagdad plus riche qu’à son départ.
— Après une telle aventure, dit-il à Hindbad, un homme raisonnable ne serait plus jamais monté sur un bateau.
— Et vous n’y êtes plus monté ? demanda le porteur.
Sindbad se mit à rire.
— Je n’ai pas tenu longtemps.
DEUXIÈME VOYAGE
La vie tranquille lui parut bientôt trop paisible. Sindbad reprit la mer.
Sur une île déserte, il s’endormit sous un arbre. À son réveil, le bateau avait déjà disparu à l’horizon.
En parcourant l’île, Sindbad aperçut une immense coupole blanche. C’était l’œuf de l’oiseau Roc, un oiseau si grand que ses ailes pouvaient cacher le soleil.
Le soir, un Roc adulte arriva. Sindbad s’attacha prudemment à sa patte avec une étoffe. À l’aube, l’oiseau s’envola et emporta le voyageur au-delà des montagnes.
Lorsqu’il se détacha, Sindbad découvrit qu’il se trouvait dans une profonde vallée où des diamants brillaient entre les pierres. Mais les pentes étaient si escarpées qu’il était presque impossible d’en sortir.
Soudain, de gros morceaux de viande se mirent à tomber d’en haut. Sindbad comprit l’ancienne méthode des chercheurs de pierres précieuses : les diamants se collaient à la viande, de grands oiseaux l’emportaient jusqu’à leurs nids, et les hommes y chassaient les oiseaux pour recueillir les pierres.
Sindbad remplit ses poches de pierres précieuses, s’attacha à un morceau de viande et fut emporté avec lui hors de la vallée.
Lorsque les chercheurs virent un homme à la place du gibier habituel, ils reculèrent d’abord, puis l’aidèrent à rejoindre le port.
Ainsi s’acheva son deuxième voyage.
TROISIÈME VOYAGE
Mais la mer appela de nouveau Sindbad.
Cette fois, une tempête poussa le bateau jusqu’à une île dangereuse. Ses petits habitants velus s’emparèrent du navire et emmenèrent les marchands à l’intérieur des terres.
Bientôt, les voyageurs se retrouvèrent chez un géant qui les enferma dans une grande maison de pierre. Sindbad comprit qu’ils ne pouvaient attendre de secours. Pendant la nuit, ses amis détournèrent l’attention du géant, se glissèrent hors de la maison et construisirent des radeaux.
Ils quittèrent le rivage au moment même où le géant remarquait leur fuite. Une partie des voyageurs parvint à gagner une île voisine.
Mais là non plus, ils ne trouvèrent pas la paix. Des serpents immenses vivaient dans l’herbe épaisse, et Sindbad dut passer la nuit tout en haut d’un arbre. Lorsqu’un bateau passa enfin à proximité, il agita une étoffe jusqu’à ce que les marins l’aperçoivent.
À sa grande surprise, c’était le capitaine qui l’avait laissé endormi sur l’île pendant son deuxième voyage. Pour la deuxième fois, le capitaine avait devant lui un homme qu’il avait cru mort.
— Sindbad, lui dit-il, on dirait que la mer tient absolument à te ramener.
QUATRIÈME VOYAGE
Lors de son voyage suivant, une tempête brisa le bateau. Sindbad et quelques autres hommes trouvèrent refuge sur le rivage d’un pays étranger. Une tribu les y accueillit, mais ses coutumes leur semblaient incompréhensibles et dangereuses. Sindbad remarqua qu’on servait aux visiteurs une nourriture étrange qui leur ôtait toute lucidité. Il refusa d’en manger et s’enfuit à la première occasion.
Il marcha longtemps le long du rivage avant d’arriver dans un royaume paisible. Les cavaliers du pays montaient de magnifiques chevaux, mais ne connaissaient pas les selles. Sindbad montra aux artisans comment fabriquer une selle et des étriers. Le roi, enchanté, lui demanda de rester.
Sindbad s’y installa, se fit des amis et se maria. Mais une ancienne coutume sévère régnait dans ce pays : lorsqu’un époux mourait, on envoyait l’autre avec lui dans une grotte souterraine dont il était impossible de sortir.
Quand la femme de Sindbad tomba gravement malade et mourut, il dut subir cette coutume à son tour.
On descendit le voyageur dans la grotte avec des provisions et de l’eau. Il ne renonça pas. En explorant l’obscurité, Sindbad remarqua un animal qui apparaissait de temps à autre parmi les pierres. S’il pouvait entrer et sortir, c’est qu’il existait un passage quelque part.
Sindbad le suivit et découvrit une étroite fissure qui menait à la mer.
Il revit ainsi le ciel.
CINQUIÈME VOYAGE
Après son quatrième voyage, Sindbad possédait son propre bateau. Il invita des marchands et prit la mer avec eux.
Sur une île déserte, ils trouvèrent un énorme œuf de Roc. Sindbad les prévint :
— N’y touchez pas. Nous sommes ici des visiteurs.
Mais quelques-uns de ses compagnons ne l’écoutèrent pas et endommagèrent l’œuf.
Bientôt, les ailes de deux oiseaux adultes obscurcirent le ciel. Ils soulevèrent d’énormes pierres et les laissèrent tomber dans la mer près du bateau. Les vagues devinrent si fortes que le navire se brisa.
Sindbad parvint de nouveau à gagner le rivage.
Sur l’île, il rencontra un vieillard qui semblait faible. Celui-ci lui demanda :
— Fais-moi traverser le ruisseau.
Sindbad le prit sur ses épaules. Mais le vieil homme l’enserra fermement de ses jambes et refusa de descendre. Jour après jour, il força Sindbad à le porter à travers l’île.
Le voyageur chercha un moyen de se libérer. Il cueillit du raisin, en fit un jus très fort et l’offrit au vieillard. Celui-ci en but trop, relâcha son étreinte et s’endormit. Sindbad se dégagea avec précaution et s’enfuit.
Plus tard, un bateau le recueillit. Dans un autre pays, il découvrit comment les gens récoltaient les noix de coco : ils lançaient de petits cailloux aux singes qui, en colère, leur jetaient des noix de coco. Sindbad apprit rapidement ce curieux métier, amassa des marchandises et rentra une nouvelle fois à Bagdad.
SIXIÈME VOYAGE
— Ne me dites pas qu’après cela, vous êtes encore reparti ! s’exclama Hindbad, qui n’y tenait plus.
— Je m’en étonne moi-même, répondit Sindbad.
Son sixième voyage le conduisit à l’endroit le plus dangereux de tous. Un courant puissant entraîna le bateau vers une haute montagne de pierre, au pied de laquelle gisaient les débris de nombreux navires. Il était impossible de repartir par la mer.
On trouvait des pierres précieuses sur le rivage, mais la nourriture s’épuisait, et aucun trésor ne pouvait remplacer le pain et l’eau.
Sindbad remarqua une rivière qui disparaissait dans une grotte sombre sous la montagne.
— Si l’eau coule quelque part, elle pourra peut-être me conduire hors d’ici, décida-t-il.
Avec des débris, il construisit un petit radeau, emporta quelques provisions et des pierres précieuses, puis se laissa entraîner par le courant dans l’obscurité.
Longtemps, il n’entendit autour de lui que le bruit de l’eau. Puis Sindbad s’endormit.
À son réveil, il aperçut le soleil et des gens sur la rive. La rivière l’avait conduit au magnifique pays de Sérendib.
Le roi du pays écouta l’histoire de Sindbad et le reçut avec de grands égards. Lorsque le voyageur se prépara à rentrer chez lui, le roi lui confia des présents pour le souverain de Bagdad, le calife Haroun al-Rachid.
Sindbad revint et remit solennellement les cadeaux.
SEPTIÈME ET DERNIER VOYAGE
Après son sixième voyage, Sindbad avait fermement décidé de ne plus jamais prendre la mer.
Mais un jour, le calife le fit venir.
— Tu connais le chemin de Sérendib et l’on s’y souvient de toi. Porte au roi ma réponse et ces cadeaux.
Il était difficile de refuser, et Sindbad partit une dernière fois.
Le voyage jusqu’à Sérendib se passa bien. Le roi reçut la lettre du calife et remercia généreusement son messager.
Au retour, des pirates s’emparèrent du bateau de Sindbad. Le voyageur perdit ses biens et se retrouva loin de chez lui. Il dut entrer au service d’un marchand d’ivoire.
Le marchand ordonna à Sindbad d’observer les éléphants dans la forêt. Mais Sindbad ne voulait pas faire de mal aux animaux sans nécessité.
Un jour, un immense troupeau entoura l’arbre dans lequel il était assis. Un éléphant souleva délicatement Sindbad avec sa trompe, le plaça sur son dos et l’emporta au cœur de la forêt.
Là s’ouvrait une grande vallée naturelle où reposaient les vieilles défenses d’éléphants morts de vieillesse.
Sindbad comprit que les animaux semblaient montrer aux hommes qu’il n’était pas nécessaire de les chasser pour obtenir de l’ivoire.
Il en parla au marchand. Celui-ci se réjouit de cette découverte et lui dit :
— Tu m’as été plus utile que je ne l’aurais espéré. Désormais, tu es libre, et une part du bénéfice te revient.
Sindbad rentra enfin à Bagdad.
Il se tut et regarda Hindbad.
— Tu vois, mon ami, chaque objet précieux de cette maison me rappelle une tempête, une grotte sombre ou une nuit sur un rivage étranger. J’ai appris à apprécier le retour chez moi plus que les trésors.
— Je comprends maintenant, dit Hindbad. Quand on ne voit que l’arrivée d’un autre, on imagine facilement que son chemin a été facile.
Sindbad sourit et l’invita à revenir. Dès lors, ils déjeunèrent souvent ensemble, et le vieux marin aida le porteur à organiser sa vie pour que son rude travail ne lui prenne pas toutes ses forces.
Quant à Sindbad, il ne chercha plus d’aventures.
On raconte qu’il montait parfois, le soir, sur le toit de sa maison, regardait vers les routes qui, au-delà de la ville, menaient à la mer et écoutait le vent.
Mais lorsque le vent semblait l’inviter à un nouveau voyage, Sindbad se contentait de rire :
— Non, mon ami. Sept fois, c’était bien assez.
