Couverture : Simon, l’ami des serpents

Arménie

Simon, l’ami des serpents

Pays
Arménie
Âge
6–10 ans
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Simon, l’ami des serpents

Au pied du mont Ararat vivait un jeune berger nommé Simon. Il connaissait chaque sentier entre les pierres et savait, au simple souffle du vent, si la pluie viendrait avant le soir. Simon n’avait pas peur des serpents. Il savait qu’en les laissant tranquilles, on évitait presque toujours les problèmes. Lorsqu’il en voyait un sur le chemin, il détournait simplement ses moutons. — Prends ta route, voisine. Nous prendrons la nôtre. Un jour très chaud, Simon entendit des cris derrière une colline. Des voyageurs étaient bloqués par quelques brigands qui leur barraient le passage. Parmi eux se trouvaient une jeune femme et des enfants. Simon se plaça entre les voyageurs et les agresseurs. — Le chemin est assez large pour tout le monde. Laissez-les passer. Les hommes rirent. Simon appela très fort les bergers des collines voisines et tint fermement sa houlette. Comprenant qu’ils ne trouveraient pas une victime facile, les brigands finirent par partir. La jeune femme remercia Simon avant de continuer sa route. Quelques semaines plus tard, Simon se rendait vers Alep. À midi, il s’assit près d’une source. La terre sembla bouger légèrement. L’air tinta. Quand Simon rouvrit les yeux, il se trouvait dans une grande caverne éclairée d’une lumière dorée. Des serpents de toutes tailles et de toutes couleurs l’entouraient. Devant lui se dressa un très vieux serpent portant une couronne brillante. — N’aie pas peur, Simon. Je suis le roi des serpents. Tu as aidé ma belle-fille et mes petits-enfants lorsqu’ils étaient en danger. Je t’ai fait venir pour te remercier. — Je ne savais pas qui ils étaient. J’ai seulement vu qu’ils avaient besoin d’aide. — C’est précisément pour cela que ton acte a de la valeur. Le roi lui fit donner de l’or et des pierres précieuses. — Tu peux demander encore un seul don. Simon réfléchit. Il se souvenait de toutes les fois où il avait observé les oiseaux, les chiens, les chevaux, les moutons et même les fourmis en se demandant ce qu’ils pouvaient bien se raconter. — Je voudrais comprendre la langue des animaux, des oiseaux et des autres êtres vivants. Le roi des serpents le regarda attentivement. — C’est un grand don. Mais il possède une règle : tu entendras leurs paroles, toutefois tu ne pourras pas révéler aux hommes ce que tu auras appris grâce à ce pouvoir. Promets de protéger leurs secrets. — Je le promets. Le serpent toucha doucement son front. La caverne disparut. Simon se retrouva près de la source, avec le sac d’or à côté de lui. À son retour chez lui, il comprit immédiatement que le cadeau était réel. Le chien du portail s’étira. — Enfin le maître revient. J’allais devoir surveiller les poules tout seul contre cette renarde rousse. Simon faillit lâcher son sac. Sur le toit, les moineaux se disputaient une miette. Un vieil âne se plaignait qu’un jeune cheval était trop fier de sa nouvelle bride. Simon avait envie de rire de joie. Il montra l’or à sa femme. — C’est une récompense reçue après avoir aidé quelqu’un sur la route. Peu à peu, elle remarqua des choses étranges. Simon riait sans raison apparente. Il déplaçait un sac de grain quelques minutes avant la pluie. Il ouvrait le poulailler juste avant qu’un voisin apporte de quoi nourrir les poules. — Comment sais-tu tout cela ? — Je devine au bon moment. Mais sa curiosité grandissait. Un soir, Simon éclata de rire en entendant un coq expliquer aux poussins que le soleil se levait uniquement parce qu’il chantait à temps. — Qu’est-ce qui te fait rire ? — Rien d’important. — Dis-moi. — Je ne peux pas. — Tu ne me fais pas confiance ? Simon aimait sa femme et ne voulait pas qu’elle imagine un mur entre eux. Sous la pression, il finit par dire : — Très bien. Demain, je t’expliquerai tout. Cette nuit-là, il ne dormit pas. Dans la cour, le chien dit au coq : — Notre maître a promis de révéler quelque chose qu’il n’a pas le droit de révéler. Il pense prouver son amour ainsi. Le coq resta silencieux, puis répondit : — Les humains croient parfois que la confiance signifie tout savoir. Aimons-nous moins le soleil parce que nous ignorons où il va pendant la nuit ? — Mais il a déjà promis. — Une promesse précipitée ne doit pas forcer à commettre une faute plus grave. Il faut avoir le courage de dire : “J’ai promis quelque chose que je n’avais pas le droit de promettre.” Simon réfléchit longtemps. Le matin, il appela sa femme. — Hier, je t’ai promis une explication. C’était une mauvaise promesse et je ne peux pas la tenir. Elle se raidit. — Donc tu ne me fais pas confiance. — Au contraire. Je te fais assez confiance pour te dire honnêtement qu’il existe une limite que je ne peux pas franchir. L’or a été obtenu honnêtement. Je n’ai rien fait de mauvais. Mais j’ai donné ma parole auparavant, et ce secret ne m’appartient pas entièrement. Elle resta silencieuse. — Tu as le droit de poser des questions. Et moi, j’ai le devoir de protéger ce qui m’a été confié. L’amour ne devrait pas exiger une preuve dangereuse. Sa femme baissa les yeux. — J’ai tellement voulu tout savoir que j’ai cessé de t’écouter. Pardonne-moi. — Et pardonne-moi d’avoir promis ce que je ne pouvais pas donner. Ils s’embrassèrent. Sur le toit, le coq lança : — Cocorico ! Enfin, les humains découvrent qu’ils peuvent parler avec des mots ! Simon sourit. Sa femme le vit et rit aussi. — Je ne demanderai même pas pourquoi. À partir de ce jour, Simon protégea son don. Il ne l’utilisait pas pour écouter par curiosité. Si une parole d’animal permettait d’éviter un danger, il agissait avec discrétion. Les petites confidences, elles, restaient des confidences. Les animaux comprirent vite qu’on pouvait parler près de lui sans crainte. Et c’est pourquoi, raconte-t-on, les serpents continuèrent longtemps à considérer Simon comme leur ami.

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