Couverture : Scrapefoot et les Trois Ours

Royaume-Uni

Scrapefoot et les Trois Ours

renard, ours, curiosité, maison d’autrui

Pays
Royaume-Uni
Âge
4–8 ans
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Scrapefoot et les Trois Ours

Dans une grande forêt verdoyante se dressait une vieille maison de pierre, si spacieuse que les animaux l’appelaient le Château des Ours.

Trois ours y vivaient.

Grand Ours était vraiment grand. Lorsqu’il avançait dans le couloir, le plancher répondait sourdement :

Boum. Boum. Boum.

Ours Moyen n’était ni trop grand ni trop petit. Il aimait que chaque chose soit à sa place dans la maison.

Petit Ours était le plus petit et le plus joyeux. Il avait une chaise préférée, un bol préféré et un petit lit blanc près de la fenêtre.

Non loin de là, dans un terrier sous un vieux chêne, vivait un renard solitaire nommé Scrapefoot.

Scrapefoot avait un peu peur des ours. Mais sa curiosité était encore plus forte que sa peur.

« Que mangent-ils ? Dans quoi dorment-ils ? Y a-t-il vraiment une grande salle dans le château ? Et combien de pièces ? » se demandait-il chaque fois qu’il passait dans les environs.

Un jour, les trois ours partirent se promener dans la forêt. Scrapefoot errait justement entre les arbres et, sans s’en rendre compte, se retrouva devant le Château des Ours.

Il regarda à gauche.

Personne.

Il regarda à droite.

Personne.

Il s’approcha de la porte.

— Je vais juste jeter un tout petit coup d’œil, murmura-t-il.

La porte n’était pas verrouillée.

Scrapefoot l’entrouvrit à peine et passa le nez à l’intérieur.

Silence.

Alors, il avança une patte.

Puis une deuxième.

Puis la troisième et la quatrième.

Et il comprit soudain qu’il se trouvait au milieu d’une salle qui ne lui appartenait pas.

— Puisque je suis déjà là… je vais regarder une toute petite minute, se dit-il.

Il y avait trois chaises dans la salle.

Une immense.

Une moyenne.

Une petite.

Scrapefoot grimpa sur la plus grande chaise.

— Oh, qu’elle est dure !

Il sauta à terre et s’assit sur la chaise moyenne.

Il se tourna à droite. Puis à gauche.

— Non. Pas confortable.

Alors, il s’assit sur la petite chaise.

— Voilà qui est mieux ! Douce, chaude, exactement ce qu’il me faut.

Scrapefoot se détendit, s’appuya contre le dossier et se mit à se balancer.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Crac !

La petite chaise se brisa en plusieurs morceaux.

Le renard fit un bond.

— Oh, quel malheur !

Il essaya de remettre un pied en place. Le pied tomba.

Il essaya de soutenir l’assise avec le dossier. Le dossier tomba.

— Peut-être que personne ne le remarquera ? chuchota Scrapefoot, tout en voyant très bien qu’une chose pareille serait difficile à ne pas remarquer.

Sur la table, il aperçut trois bols de lait.

— Toutes ces émotions m’ont donné une soif terrible.

Dans le grand bol, le lait lui parut trop aigre.

— Beurk.

Il but deux gorgées dans le bol moyen.

— Pas à mon goût.

Le petit bol, lui, sentait le lait frais et doux.

Scrapefoot lapa une gorgée.

Puis une autre.

Et encore une.

— Juste un tout petit peu…

Mais lorsqu’il retira son museau du bol, celui-ci était vide.

— Oh, quel malheur numéro deux, dit le renard.

À cet instant, une pensée raisonnable aurait dû lui souffler : « Il est temps de rentrer. »

Mais la curiosité murmura : « Et qu’y a-t-il là-haut ? »

Et Scrapefoot écouta sa curiosité.

Il monta doucement l’escalier et découvrit une chambre avec trois lits.

Le premier était immense.

Le renard y grimpa, s’allongea et grimaça aussitôt.

— Plein de bosses.

Le deuxième était mieux, mais la couverture glissait sans arrêt.

Quant au troisième, le petit lit blanc, il était si douillet que Scrapefoot posa sa tête sur l’oreiller pour un instant seulement…

… et s’endormit.

Bientôt, les trois ours rentrèrent chez eux.

Grand Ours s’approcha de sa chaise.

— QUI S’EST ASSIS SUR MA CHAISE ? gronda-t-il.

Ours Moyen examina la sienne.

— Quelqu’un s’est aussi assis sur ma chaise.

Petit Ours resta figé devant le tas de morceaux de bois.

— Et ma petite chaise… quelqu’un l’a cassée.

Les trois se regardèrent.

Puis ils s’approchèrent de la table.

— QUI A BU MON LAIT ? s’étonna Grand Ours.

— Quelqu’un a aussi goûté au mien, dit Ours Moyen.

Petit Ours regarda dans son bol.

— Et le mien a été bu jusqu’à la dernière goutte !

Les ours en étaient maintenant certains : un invité indésirable était entré dans la maison.

Ils montèrent à l’étage.

Grand Ours regarda son lit.

— QUI S’EST COUCHÉ ICI ?

— Quelqu’un s’est aussi tourné et retourné dans le mien, dit Ours Moyen.

Petit Ours s’approcha de son lit, souleva le bord de la couverture et s’écria :

— Et dans le mien, il dort encore !

Scrapefoot ouvrit les yeux.

Trois ours se tenaient devant lui.

Un grand.

Un moyen.

Un petit.

Le renard se redressa aussitôt.

— Bonjour… ou bonsoir… Je crois que je me suis un peu perdu.

— Perdu ? répéta Ours Moyen. Et tu t’es assis sur toutes les chaises par hasard ?

— Par hasard.

— Et tu as goûté au lait de tous les bols par hasard ?

— C’est arrivé comme ça.

Petit Ours croisa les pattes.

— Et ma petite chaise s’est aussi cassée toute seule, par hasard ?

Scrapefoot baissa les oreilles.

— Non. Ça, c’est moi.

Les ours étaient fâchés. Très fâchés.

Grand Ours fronça les sourcils d’un air menaçant.

— Il faut donner une bonne leçon aux invités indésirables !

Ours Moyen hocha la tête.

— Il doit retenir qu’on ne fait pas de telles bêtises dans la maison des autres.

Petit Ours réfléchit et dit :

— Le mieux serait qu’il répare ma chaise, puis reparte par la porte par laquelle il est entré.

Grand Ours et Ours Moyen échangèrent un regard.

— C’est juste, décidèrent-ils.

Scrapefoot poussa un grand soupir de soulagement.

Ils descendirent tous ensemble dans la salle. Les ours apportèrent de la colle, de la corde et un petit marteau. Scrapefoot tenait les pieds avec application, Ours Moyen alignait le dossier et Grand Ours maintenait le tout aussi délicatement que ses énormes pattes le lui permettaient.

Petit Ours donnait les instructions :

— Un peu à droite… maintenant à gauche… voilà !

Au bout d’un moment, la petite chaise était de nouveau entière.

— Et je vous rendrai aussi le lait, promit le renard. Demain, je vous en apporterai une cruche toute fraîche.

— Très bien, dit Petit Ours. Mais maintenant, il est temps que tu rentres chez toi.

Les ours ouvrirent la porte.

Scrapefoot sortit sur le perron, puis se retourna.

— Pardonnez-moi. Je voulais vraiment seulement regarder.

— On peut regarder quand on est invité, répondit Ours Moyen.

— Et si on est très curieux, on peut frapper à la porte, ajouta Petit Ours.

— Je m’en souviendrai.

Scrapefoot traversa la forêt en courant si vite que sa queue flottait derrière lui comme un petit drapeau roux.

Le lendemain matin, une cruche de lait frais attendait devant la porte du Château des Ours. À côté se trouvait un petit mot :

« Pour les trois ours. Surtout pour Petit Ours. De la part de Scrapefoot. »

Depuis ce jour, le renard n’entra plus jamais chez les autres sans permission.

Mais parfois, il venait au château pendant la journée et frappait poliment :

Toc, toc, toc.

Et si les ours étaient chez eux, Petit Ours ouvrait la porte et disait :

— Entre, Scrapefoot. Mais aujourd’hui, on ne se balance pas sur les chaises.

Les trois ours éclataient de rire.

Et Scrapefoot riait avec eux.

Car la curiosité est une merveilleuse chose.

Surtout lorsqu’elle n’oublie pas les bonnes manières.