Couverture : Mourgou le hibou et Balou la Lune

Australie

Mourgou le hibou et Balou la Lune

hibou, Lune, nuit, nature

Pays
Australie
Âge
5–9 ans
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Mourgou le hibou et Balou la Lune

Mourgou vivait loin des autres campements. Il aimait travailler seul et savait fabriquer beaucoup de choses utiles. Ses mains ne se reposaient presque jamais.

Le jour, Mourgou taillait et polissait des boomerangs et d’autres outils en bois. Le soir, il réparait les vieux objets, et, quand la fraîcheur arrivait, il s’asseyait près du feu pour admirer ses capes ornées de motifs.

Il avait accumulé tant de choses qu’elles formaient de grandes piles.

— Quel artisan je fais ! disait Mourgou, satisfait. J’ai de tout en abondance. Et j’ai tout fabriqué moi-même.

Il était très fier de son travail. Mais il avait une habitude : Mourgou n’aimait partager avec personne. Même ce qu’il possédait en quantité bien plus grande qu’il n’aurait pu en utiliser.

Par une nuit claire, Balou, la Lune, se leva au-dessus de la terre. Sa lumière se posa sur les arbres, sur l’herbe et sur le campement de Mourgou. La nuit était belle, mais froide.

Balou vit plusieurs capes chaudes près du feu et s’adressa à Mourgou :

— Il fait froid cette nuit. Me prêterais-tu une cape jusqu’au matin ?

Mourgou ne prit même pas le temps de réfléchir.

— Non. Je ne prête pas mes affaires.

Balou regarda calmement la pile de capes.

— Tu en as beaucoup. Peut-être pourrais-tu m’en offrir une, alors ?

— Non, répéta Mourgou. Je les ai faites moi-même. Ce qui est à moi reste à moi.

Balou posa les yeux sur les objets en bois joliment taillés.

— Pourrais-tu m’en donner un pour la route ?

Mourgou secoua la tête.

— Jamais. Je ne donne pas ce que j’ai fabriqué de mes propres mains.

Balou demanda encore une cape :

— Seulement pour cette nuit. Jusqu’au matin.

Mais Mourgou se tourna vers le feu.

— Je t’ai déjà répondu.

Balou n’insista plus. Il s’éloigna un peu, trouva de grandes plaques d’écorce et se construisit un abri tout simple. Il n’était pas aussi beau que les objets de Mourgou, mais il était solide et sec.

Bientôt, le ciel s’assombrit. Quelques gouttes tombèrent d’abord. Puis les feuilles frémirent, et la pluie se mit à tomber plus fort.

— Ce n’est rien, dit Mourgou. Je vais attendre que cela passe.

Mais la pluie ne cessait pas.

Elle tambourinait sur la terre, ruisselait des arbres et formait des ruisselets. Les ruisselets s’élargissaient, et l’eau se rapprochait du campement.

Mourgou se précipita pour sauver ses affaires.

Il attrapa d’abord ses plus belles capes.

— Il faut emporter celles-ci en premier !

Puis il pensa aux boomerangs qu’il avait taillés.

— Non, d’abord ceux-là !

Tandis qu’il courait d’une pile à l’autre, l’eau clapotait déjà à ses pieds.

Mourgou essayait de tout emporter à la fois. Il serrait les objets contre sa poitrine, ramassait ceux qui tombaient et revenait chercher les autres. Mais l’eau était plus rapide.

Une cape fut emportée.

Puis une deuxième.

Le courant saisit les objets en bois et les dispersa dans toutes les directions.

— Arrêtez ! C’est à moi ! criait Mourgou, comme si l’eau pouvait l’entendre.

Mais la rivière qui venait soudain de naître au milieu de la plaine ne se souciait ni de ses supplications ni de ses paroles furieuses.

Mourgou comprit enfin que, s’il continuait à s’accrocher à ses biens, il se mettrait lui-même en danger.

Il lâcha son dernier lourd paquet et courut vers une hauteur rocheuse. L’eau lui arrivait déjà presque à la taille, mais il grimpait obstinément, s’accrochant aux buissons et aux pierres.

Enfin, Mourgou atteignit la hauteur, au sec.

Il s’y assit, haletant, et, pour la première fois de la nuit, cessa de penser à ses affaires.

L’eau grondait autour de lui. Au loin se dressait le petit abri de Balou, solidement assemblé avec de l’écorce.

Mourgou le regarda et se rappela cette demande toute simple :

« Me prêterais-tu une cape jusqu’au matin ? »

Mourgou en avait eu beaucoup. Et maintenant, il ne lui en restait presque plus aucune.

Il plut longtemps. Mais à l’approche du matin, les nuages se dispersèrent, et la lumière de Balou reparut au-dessus de la terre mouillée.

Quand l’eau commença à baisser, Mourgou descendit de la hauteur. Il retrouva quelques objets accrochés aux branches, mais la plupart de ses réserves avaient disparu ou avaient été abîmées par l’eau.

Balou s’approcha de lui.

Mourgou resta silencieux.

Puis il dit doucement :

— Hier, tu m’as demandé une seule chose parmi toutes celles que j’avais. J’aurais pu t’aider sans peine, mais je n’ai pas voulu.

Balou ne lui fit aucun reproche.

— Ce que nous savons fabriquer a de la valeur, c’est vrai, répondit-il. Mais la bonté n’enlève rien aux choses. Parfois, ce que nous avons partagé est justement ce qui reste le plus longtemps avec nous.

Mourgou regarda la terre mouillée et hocha la tête.

Depuis ce jour, il ne cessa pas d’être un artisan. Au contraire, il travaillait avec autant de soin qu’auparavant. Il se remit à tailler, à réparer et à fabriquer de nouvelles capes.

Mais désormais, quand quelqu’un venait grelotter près de son feu, ou avait besoin d’un objet, Mourgou ne cachait plus ses réserves.

— Prends-le, disait-il. Tu me le rendras quand tu pourras.

Et parfois, il ajoutait :

— Celui-ci, tu peux le garder. J’ai mes mains. J’en ferai un autre.

Et chaque fois que Balou se levait au-dessus de la terre et que la nuit devenait fraîche, Mourgou levait les yeux et se souvenait de cette grande averse.

Ce n’était pas parce qu’il craignait de perdre ses affaires.

C’était parce qu’il avait compris, un jour, que la vraie richesse ne consiste pas à posséder beaucoup, mais à partager volontiers ce que l’on a.