

Canada
L’oiseau chanteur et l’eau qui guérit
oiseau, eau qui guérit, musique, entraide
- Pays
- Canada
- Âge
- 5–9 ans

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L’oiseau chanteur et l’eau qui guérit
Pendant un hiver très froid, la neige recouvrit les forêts si profondément que les petits buissons disparurent presque sous les congères blanches.
Dans un village au milieu des arbres, les gens attendaient le printemps, mais une grave maladie était arrivée avec le gel.
Beaucoup d’habitants restaient couchés chez eux, sans forces. Les plus âgés prenaient soin des plus jeunes, les voisins s’apportaient de la nourriture et des couvertures chaudes, mais la maladie ne reculait pas.
Un jeune homme était particulièrement inquiet. Sa femme était elle aussi tombée malade et s’affaiblissait de jour en jour.
Assis près d’elle, il réchauffait de l’eau, entretenait le feu dans le poêle et disait :
— Tiens bon. Je trouverai un moyen de t’aider.
Un matin, il partit chercher du bois dans la forêt et rencontra une vieille femme sur le sentier.
Elle le regarda et demanda :
— Pourquoi as-tu l’air si triste ?
— Beaucoup de gens sont malades dans notre village. Ma femme aussi. Je ne sais pas comment l’aider.
La vieille femme resta un moment silencieuse, puis dit :
— Dans un ancien pays enchanté, à l’est, se trouve une source appelée les Eaux qui Guérissent. Tout près vit un oiseau dont la voix est si pure qu’on ne peut confondre son chant avec aucun autre. Si tu entends cet oiseau, tu trouveras aussi la source.
Le jeune homme ne savait pas si c’était vrai. Mais il décida d’essayer.
Il rentra chez lui, fit ses adieux à sa femme et à ses amis et partit vers l’est.
La forêt était silencieuse.
La neige crissait sous ses pieds.
Cric, cric.
Le vent agitait les cimes des pins.
Chhh…
Le voyageur marcha pendant bien des jours. Il franchissait des ruisseaux gelés, gravissait des collines et tendait sans cesse l’oreille.
Mais au lieu du chant magique, il n’entendait que les bruits ordinaires de l’hiver.
Un jour, Lapin apparut sur le sentier.
— Sais-tu où vit l’oiseau au chant le plus doux ? demanda l’homme.
Lapin remua simplement les oreilles et détala entre les arbres.
Le lendemain, il rencontra Ours, sorti un instant de son abri d’hiver.
— As-tu entendu parler des Eaux qui Guérissent ?
Ours secoua la tête, encore ensommeillé, et retourna dans la forêt.
Le voyageur poursuivit sa route.
Peu à peu, la neige se fit moins abondante. L’air se réchauffait, et de petits ruisseaux s’échappaient de plus en plus souvent de sous la glace.
Un soir, l’homme aperçut près du chemin des branches cassées qui barraient le sentier menant à un vieux refuge forestier.
— Quelqu’un pourrait trébucher dans le noir, pensa-t-il.
Bien qu’il fût très fatigué, il tira les lourdes branches sur le côté et dégagea le passage.
Puis il remarqua tout près un petit arbre abîmé que la tempête avait courbé jusqu’au sol. Il le redressa et le soutint avec une branche solide.
— Pousse, lui dit-il. Il est temps que je continue.
Pendant la nuit, alors qu’il cherchait déjà un endroit pour se reposer, Renarde sortit de l’obscurité.
— J’ai vu ce que tu as fait sur le sentier, dit-elle. Tu es pressé, mais tu trouves quand même le temps d’aider plus faible que toi.
L’homme fut surpris d’entendre sa voix, mais sur un chemin de conte, on rencontre des prodiges bien plus étonnants encore.
— Je cherche un oiseau chanteur et les Eaux qui Guérissent.
Renarde hocha la tête.
— Alors, tu vas dans la bonne direction. Mais repose-toi ce soir. Des jambes fatiguées peuvent manquer le bon sentier, et des oreilles fatiguées peuvent ne pas entendre une chanson douce.
L’homme s’allongea sous un grand pin, et Renarde resta non loin de lui.
Il fit un rêve.
Dans la forêt sombre, quelque part, un oiseau se mettait à chanter.
Ti-li-li… ti-li-li…
Sous son chant résonnait un autre bruit :
Glou-glou… glou-glou…
C’était de l’eau qui coulait.
Dans le rêve, le ruisseau semblait dire :
— Cherche avec attention. Je suis tout près.
À l’aube, l’homme se réveilla.
Renarde l’attendait déjà.
— Allons-y.
Ils avaient à peine marché qu’une merveilleuse mélodie retentit soudain au-dessus de leurs têtes.
Ti-li-li ! Tiou-vi ! Ti-li-li !
Un petit oiseau était posé sur une fine branche. Dans la lumière du matin, ses plumes semblaient dorées.
L’homme s’immobilisa.
— C’est lui.
L’oiseau vola sur une autre branche et chanta de nouveau.
Le voyageur le suivit.
Un murmure d’eau se fit entendre derrière les arbres.
Il s’y précipita, mais ne vit que de la mousse humide et quelques pierres.
— J’entends l’eau, mais je ne la vois pas, dit-il.
Renarde répondit :
— Ne renonce pas. Parfois, ce que tu cherches est caché tout près.
L’homme s’accroupit et écouta.
Glou-glou…
Le bruit venait de sous la terre.
Il écarta soigneusement les feuilles sèches, puis quelques petites pierres.
De l’eau brilla entre les racines.
Encore un petit effort, et un jet limpide jaillit de terre.
La source se mit à chanter avec l’oiseau.
Glou-glou… ti-li-li…
L’homme remplit le récipient qu’il avait apporté.
Lorsqu’il se lava le visage avec l’eau froide, sa fatigue s’atténua un peu.
— Je l’ai trouvée, murmura-t-il.
Renarde sourit.
— Maintenant, rentre chez toi.
— Et toi ?
— Mon chemin s’arrête ici. Le tien, pas encore.
Le voyageur la remercia et se hâta de repartir.
Le chemin du retour lui sembla plus court. Il marchait jour et nuit et ne se reposait que lorsqu’il était à bout de forces.
Enfin, les toits familiers apparurent devant lui.
Ses amis l’accueillirent au village.
— Tu es revenu !
Il alla aussitôt rejoindre sa femme.
Dans le conte, l’eau de la source lointaine la soulagea. Elle s’endormit paisiblement et, le lendemain matin, demanda pour la première fois depuis bien des jours qu’on ouvre la fenêtre pour qu’elle puisse regarder le ciel.
Puis les autres malades allèrent mieux à leur tour.
Les gens se réjouissaient, s’aidaient à reprendre des forces et préservaient l’eau pure.
Et lorsque le printemps arriva, le jeune homme entendit de nouveau près du village le chant familier.
Ti-li-li… ti-li-li…
Un petit oiseau était posé sur une branche au-dessus du ruisseau.
— Tu as donc volé jusqu’ici ? dit l’homme en souriant.
L’oiseau pencha la tête et chanta plus fort encore.
Depuis lors, dans ce vieux conte, le chant des oiseaux et le murmure des sources limpides rappellent l’espoir, la persévérance et la bonté.
Car le voyageur n’avait pas trouvé le chemin uniquement parce qu’il voulait de toutes ses forces sauver une personne chère. Ce qui l’avait aidé aussi, c’était de continuer, même au milieu de ses propres inquiétudes, à regarder le monde autour de lui et à faire le bien sur sa route.
