Couverture : L'Eau dansante, la Pomme chantante et l'Oiseau bavard

Italie

L'Eau dansante, la Pomme chantante et l'Oiseau bavard

eau magique, pomme, oiseau, quête

Pays
Italie
Âge
6–10 ans
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L'Eau dansante, la Pomme chantante et l'Oiseau bavard

Il y a bien longtemps, un herboriste vivait à la lisière d'une grande ville. Il savait où poussait la menthe la plus douce, où se cachait le thym et quelle fleur ne s'ouvrait qu'avant la pluie. Il avait trois filles. Après sa mort, les sœurs se retrouvèrent seules et gagnèrent leur vie en filant.

Le soir, elles travaillaient près de la fenêtre ouverte et bavardaient. Or le roi de ce pays avait une étrange habitude : il enfilait parfois un simple manteau et se promenait dans la ville pour entendre ce que disaient les gens.

Un soir, il s'arrêta sous la fenêtre des trois sœurs.

— Si j'épousais le cuisinier du roi, dit l'aînée, je goûterais chaque jour aux meilleurs plats.

— Moi, répondit la seconde en riant, je préférerais épouser l'échanson du roi. Aux jours de fête, notre maison ne manquerait jamais de gaieté.

La plus jeune resta longtemps silencieuse, puis dit doucement :

— Moi, je voudrais épouser le roi lui-même. Et si le destin nous donnait des enfants, je les élèverais pour qu'ils soient bons, courageux et honnêtes.

Le roi entendit ces paroles. Le lendemain, il fit rechercher les trois sœurs. Il aida les aînées à réaliser leurs souhaits et épousa la plus jeune.

Le temps passa. La reine eut trois enfants : deux garçons et une fille. Sur les paumes des garçons se trouvaient de petits signes dorés semblables à des pommes, et sur le front de la fillette brillait une petite étoile lumineuse.

Mais les sœurs aînées de la reine jalousaient depuis longtemps son bonheur. Lorsque le roi fut parti au loin pour ses affaires, elles s'entendirent avec une mauvaise servante et emportèrent les enfants en secret. À la reine, elles dirent que les petits étaient gravement malades et qu'on les avait conduits très loin pour les soigner.

Elles ordonnèrent de laisser les enfants dans un panier près de la rivière, en espérant que personne ne les trouverait.

Mais ce jour-là, la rivière était paisible. Le panier s'accrocha dans les roseaux près de la maison d'un vieux jardinier. Celui-ci entendit des pleurs, retira le panier de l'eau et emmena les petits chez lui.

— Je ne sais pas d'où vous venez, dit-il en les enveloppant dans des couvertures chaudes, mais désormais vous n'êtes plus seuls.

Le jardinier éleva les enfants comme les siens. Les frères devinrent forts et curieux, et leur sœur, attentive, courageuse et très bonne. Ils savaient que le jardinier les avait sauvés, mais ignoraient tout de leurs origines.

Quand les enfants furent grands, le vieillard leur donna une petite maison et un jardin. Les frères travaillaient, leur sœur prenait soin des fleurs, et ils vivaient en bonne entente.

Un jour, les tantes jalouses aperçurent les jeunes gens et reconnurent aussitôt les signes dorés et la petite étoile. Elles comprirent que les enfants étaient vivants.

Alors la même servante rusée vint trouver la jeune fille et lui dit :

— Quel beau jardin vous avez ! Quel dommage qu'il n'y ait pas d'Eau dansante. Elle saute toute seule d'une coupe à l'autre, comme si elle dansait au son d'une musique invisible.

Lorsque son frère aîné rentra, la jeune fille lui parla de cette eau merveilleuse.

— Si elle existe, je la trouverai, dit-il. Je ne cherche pas le luxe. Je veux simplement voir cette merveille de mes propres yeux.

Le lendemain matin, il se mit en route.

En chemin, il rencontra un vieux voyageur à la barbe blanche.

— Où vas-tu ? lui demanda celui-ci.

— Je cherche l'Eau dansante.

— Alors écoute bien. Au sommet de la montagne se dresse un palais enchanté. Des géants gardent le portail, et des lions veillent à l'intérieur. Ne te précipite pas. Regarde, écoute et fais ce que te conseille la raison, plutôt que ce que te souffle la peur.

Le frère le remercia et poursuivit sa route.

Sur la montagne, il aperçut le palais. Les géants ouvraient et fermaient tour à tour les yeux, et le portail s'ouvrait et se refermait. Le jeune homme attendit le bon moment, passa devant les gardiens, attendit que la voie soit libre de tout danger et parvint à une salle où une eau merveilleuse clapotait dans une coupe d'or.

Elle dansait vraiment : elle s'élançait en arcs argentés et retombait dans la coupe sans perdre une seule goutte.

Le jeune homme remplit de petites bouteilles et rentra sans encombre.

Bientôt, on installa deux coupes dans le jardin. L'Eau dansante volait de l'une à l'autre, et son doux tintement évoquait le rire d'un ruisseau.

En voyant cela, les tantes jalouses se fâchèrent davantage encore.

La servante revint chez la jeune fille.

— L'eau est magnifique, dit-elle. Mais un véritable jardin merveilleux doit aussi avoir une Pomme chantante. Elle pend à un arbre et chante lorsque le vent la touche.

Le frère aîné repartit. Le vieux voyageur lui expliqua la nouvelle épreuve. Derrière les lions se trouvait une pièce avec de grands ciseaux qui s'ouvraient et se fermaient tout seuls. Il fallait attendre le moment où l'on pouvait passer sans danger, puis continuer pour trouver l'arbre.

Le jeune homme ne se pressa pas. Il se souvenait du conseil essentiel : regarder attentivement.

Il arriva ainsi dans un jardin où une unique pomme brillait au sommet d'un arbre. La branche se balançait et ne se laissait pas saisir. Le frère attendit que le vent tombe et cueillit délicatement la pomme.

En chemin, elle tintait doucement, comme si un petit chœur se cachait en elle.

Lorsque la Pomme chantante fut à la maison, le jardin se transforma. L'Eau dansante brillait au soleil, la pomme chantait et les voisins s'arrêtaient près du portail pour écouter.

Mais la servante vint une troisième fois.

— Vous avez l'eau et la pomme, mais il vous manque l'Oiseau bavard. Lui connaît la vérité sur les choses que les gens ne savent pas expliquer.

Cette fois encore, le frère aîné monta sur la montagne. Le vieux voyageur l'avertit :

— L'oiseau essaiera de te parler. Ne lui réponds pas, quoi que tu entendes.

Le jeune homme parvint au jardin enchanté. Un étrange oiseau au plumage brillant était posé sur une fontaine.

— Enfin, tu es venu, dit-il. Ne veux-tu pas savoir qui tu es vraiment ? Ne veux-tu pas entendre parler de ta mère ?

Le jeune homme oublia l'avertissement.

— De ma mère ? lui échappa-t-il.

À l'instant même, il s'immobilisa, transformé en statue de pierre.

À la maison, sa sœur sentit qu'un malheur était arrivé. Le frère cadet partit à son tour, mais lui non plus ne put s'empêcher de répondre à l'oiseau, et fut également changé en pierre.

Alors leur sœur dit :

— C'est à moi, maintenant.

Elle mit des vêtements de voyage, gravit la montagne et écouta attentivement les conseils du vieux voyageur.

— L'épreuve la plus difficile, dit-il, ce ne sont ni les géants, ni les lions, ni les portes magiques. Le plus difficile, c'est de ne pas laisser les paroles d'autrui te diriger.

La jeune fille entra dans le jardin.

L'oiseau se mit aussitôt à parler :

— Tes frères sont ici. Ta mère souffre. Tes tantes se réjouissent. Tu n'as donc rien à dire ?

La jeune fille serra les lèvres et garda le silence.

L'oiseau parla encore longtemps, mais elle ne répondit pas un mot. Quand il se tut enfin, elle le prit doucement dans ses bras. Puis elle trouva l'eau magique et en toucha les statues de pierre : ses frères revinrent à la vie. Les autres voyageurs que l'oiseau avait autrefois trompés reprirent vie, eux aussi.

Les trois enfants rentrèrent chez eux avec des réponses autant qu'avec une nouvelle merveille.

L'Oiseau bavard leur révéla la vérité : ils étaient les enfants du roi et de la reine, et leur mère ignorait depuis de longues années qu'ils étaient vivants.

Peu après, le roi revint dans la capitale. Il entendit parler d'un jardin extraordinaire où l'eau dansait, une pomme chantait et un oiseau parlait. Il vint voir tout cela de ses propres yeux.

À la vue des deux jeunes gens aux signes dorés sur les paumes et de la jeune fille à l'étoile sur le front, son cœur tressaillit.

— Pourquoi ai-je l'impression de vous connaître ? murmura-t-il.

Alors l'Oiseau bavard raconta toute l'histoire.

Le roi ordonna qu'on fasse venir immédiatement la reine. Lorsqu'elle vit ses enfants, leur mère eut d'abord peine à y croire. Puis elle les reconnut grâce à ce sentiment étrange que seul le cœur connaît parfois, au-delà des signes dorés et de la petite étoile.

Ils restèrent longtemps enlacés.

Les sœurs jalouses durent quitter le palais et ne purent plus décider du destin des autres. La vieille servante avoua sa tromperie et quitta le service du roi.

Les enfants invitèrent au palais le jardinier qui les avait autrefois sauvés de la rivière.

— Tu nous as donné un foyer quand nous n'avions rien, lui dirent-ils. Maintenant, il y aura toujours une place pour toi chez nous.

On installa deux coupes d'or dans le jardin royal. Jour et nuit, l'Eau dansante volait entre elles. La Pomme chantante pendait à une branche d'argent. Quant à l'Oiseau bavard, il s'installa dans un arbre, d'où il pouvait s'envoler à sa guise, plutôt que dans une cage.

Et lorsque quelqu'un demandait laquelle des trois merveilles était la plus précieuse, leur sœur répondait :

— Ni l'eau, ni la pomme, ni l'oiseau. Le plus précieux, c'est la vérité que nous avons trouvée ensemble.