Couverture : Thorstein

Islande

Thorstein

Pays
Islande
Âge
7–11 ans
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Thorstein

En Islande vivait un jeune homme nommé Thorstein, fils d’un roi et d’une reine. Il était courageux, fort et possédait un cœur si généreux qu’il savait à peine refuser quoi que ce soit à quelqu’un. Si une personne lui demandait une pièce, Thorstein en donnait deux. Si un voyageur avait besoin d’un cheval, il était prêt à offrir le meilleur. Si un inconnu racontait son malheur, le jeune homme ouvrait aussitôt le coffre où il gardait ses biens. Ses parents aimaient sa générosité, mais lui disaient souvent : — Un bon cœur est un grand don. Mais un roi a aussi besoin d’une tête sage. Aide de telle sorte que ton aide change réellement quelque chose, au lieu de disparaître sans laisser de trace. Thorstein hochait la tête, tout en pensant : « Peut-on vraiment être trop bon ? » Lorsque ses parents vieillissants quittèrent ce monde, Thorstein devint roi. Il ouvrit les réserves, distribua de l’or, donna des banquets à tous ceux qui se présentaient et offrit des cadeaux même à ceux qui n’en avaient aucun besoin. Une foule d’« amis » apparut immédiatement autour de lui. — Quel roi généreux ! — Quel homme bon ! — Le meilleur du monde ! Peu de temps passa et le trésor royal fut vide. Pour la première fois, Thorstein repensa sérieusement aux paroles de son père. « J’ai donné énormément. Mais est-ce que quelqu’un va réellement mieux grâce à cela ? » Il comprit qu’il ne pouvait gouverner un pays sans réserves, sans plan et sans responsabilité. Il confia donc le royaume à un autre dirigeant, ne garda qu’un cheval et une bourse d’argent, puis partit recommencer sa vie afin d’apprendre ce qu’il n’avait encore jamais su faire. Et quelque chose d’étrange se produisit : dès que les banquets et les cadeaux cessèrent, presque tous ses bruyants amis disparurent eux aussi. Bientôt, Thorstein chevauchait seul sur la route. Un soir, il demanda l’hospitalité dans une ferme. Le lendemain matin, il se réveilla et aperçut le propriétaire ainsi que plusieurs ouvriers près d’un ancien tertre funéraire. — Que faites-vous ? demanda Thorstein, surpris. Le fermier répondit avec colère : — L’homme enterré ici m’a laissé une grosse dette. Je suis toujours furieux contre lui et je n’arrive pas à me calmer. — Mais ta colère ne te rendra pas ton argent, remarqua Thorstein. Il demanda le montant de la dette et ouvrit sa bourse. Elle contenait ses dernières économies. Autrefois, il les aurait données sans réfléchir. Cette fois, il s’arrêta. — Si je paie cette dette, promets-tu de laisser cette tombe tranquille et de ne plus poursuivre la famille du défunt ? — Je le promets, répondit le fermier. Thorstein paya. — Alors ce n’est pas simplement un cadeau, dit-il. C’est le prix de la paix. Il reprit la route sans argent, mais avec un sentiment étrange : pour la première fois, sa générosité venait réellement de réparer quelque chose. À un carrefour, il choisit un sentier menant vers une vallée lointaine. Sur un rocher s’y dressait une immense maison. Elle appartenait à deux géants, Osrik et Bifru. Ils furent d’abord étonnés de voir un visiteur si petit à leurs yeux, puis lui proposèrent : — Nous avons besoin de quelqu’un pour garder notre maison pendant nos voyages. Si tu restes, nous te paierons bien. Thorstein accepta. Il travailla honnêtement : il réparait les objets cassés, s’occupait des chevaux, cuisait du pain et mettait de l’ordre dans les réserves. Les géants étaient satisfaits et le payaient réellement avec générosité. Mais une pièce de la maison restait toujours fermée à clé. — N’y entre jamais, avertit Osrik. Thorstein n’aimait pas rompre une promesse, pourtant il entendait parfois de légers bruits derrière la porte, comme si quelqu’un marchait dans la pièce. Une année passa. Les géants lui donnèrent deux sacs d’or et lui demandèrent de rester plus longtemps. — Six mois encore, répondit Thorstein. Ensuite, je partirai. La pièce verrouillée ne quittait pas ses pensées. Un matin, il réussit à prendre l’empreinte de la clé dans un morceau de pâte. Lorsque les géants furent absents, il forgea une clé simple d’après ce modèle et ouvrit la porte. Une jeune femme était assise à l’intérieur. — Qui êtes-vous ? demanda Thorstein à voix basse. — Je m’appelle Tekla. Je suis la fille du roi Alfhelm. Les géants m’ont enlevée pendant un voyage et refusent de me laisser rentrer chez moi. Thorstein eut immédiatement envie d’ouvrir les portes et de s’enfuir avec elle, mais il se souvint de ce qu’il avait appris pendant les derniers mois. « Une bonne intention sans plan peut rendre les choses encore pires. » — Je reviendrai, dit-il à Tekla. Mais d’abord, nous allons faire en sorte qu’ils me donnent eux-mêmes le droit de t’emmener. Lorsque les géants rentrèrent, Thorstein annonça qu’il était temps de régler son salaire. — Prends l’or qui t’est dû, dirent-ils. — Cette fois, au lieu d’or, je veux recevoir ce qui se trouve dans la pièce fermée. Les géants échangèrent un regard. Persuadés que Thorstein ignorait leur secret, ils acceptèrent imprudemment. — Vous me donnez votre parole ? demanda-t-il. — Nous la donnons. Alors Thorstein ouvrit la porte et Tekla sortit. Osrik devint rouge de colère, mais il ne pouvait revenir sur sa parole devant son frère. — Emmène-la, grogna-t-il. Et partez. Thorstein et Tekla sellèrent des chevaux et prirent la route de la mer. Quelques heures plus tard, un lourd martèlement retentit derrière eux. — Ils ont changé d’avis, dit Tekla. Devant eux se trouvait un étroit passage entre des falaises. Thorstein remarqua un vieux pont de bois jeté au-dessus d’un profond ravin. — Traverse la première. Lorsque Tekla fut de l’autre côté, Thorstein desserra rapidement les cordes qui maintenaient une extrémité du tablier. Il franchit les dernières planches d’un bond. Quand les géants arrivèrent, le pont bascula et tomba d’un côté dans le ravin. Personne ne fut blessé, mais leurs chevaux s’arrêtèrent net. — Revenez ! cria Osrik. — Vous avez donné votre parole, répondit Thorstein. Je ne vous ai rien pris, sinon la liberté d’une personne que vous n’aviez aucun droit d’enfermer. Les géants durent faire demi-tour. Près de la côte, Thorstein et Tekla trouvèrent une partie des trésors que les géants conservaient dans de vieux coffres. Ils n’emportèrent que ce dont ils avaient besoin pour voyager et ce qui permettrait de rendre à leurs propriétaires des objets portant des marques reconnaissables. — Autrefois, j’aurais peut-être tout pris simplement parce que je le pouvais, dit Thorstein. Aujourd’hui, je veux savoir ce qui m’appartient vraiment. Peu après, un navire apparut au large. Son capitaine était Randur, conseiller royal que le père de Tekla avait envoyé à la recherche de sa fille. — Enfin ! s’écria Tekla. Randur les accueillit chaleureusement à bord. Mais, durant le voyage, il commença à jalouser Thorstein. Il voulait rentrer en héros et s’attribuer le sauvetage de la princesse. Une nuit, pendant que Thorstein dormait, Randur ordonna qu’on le transporte doucement dans une petite barque et qu’on la mette à l’eau. Au matin, Thorstein se réveilla au milieu de la mer. Il n’y avait que de l’eau autour de lui. Il ne paniqua pas. Il vérifia la barque, trouva une rame et décida de suivre la direction indiquée par le soleil. Mais la côte était très loin. Lorsque ses forces commencèrent à l’abandonner, une voix se fit entendre au-dessus de l’eau. — N’aie pas peur, Thorstein. Autrefois, tu as dépensé tes dernières pièces pour m’offrir la paix. Aujourd’hui, le bien que tu as fait revient vers toi. Un vent régulier se leva. Les vagues emportèrent la barque si rapidement qu’on aurait dit qu’une main invisible la guidait vers la terre. Thorstein comprit que cette voix appartenait au même débiteur dont il avait autrefois protégé le repos. La petite barque atteignit une île presque en même temps que le navire de Randur, mais sur l’autre versant. Thorstein ne se rendit pas aussitôt au palais. Il portait de simples vêtements de voyage, n’avait plus de titre et ne possédait aucune preuve de son histoire. Il trouva donc du travail dans les écuries royales. Quelque chose d’amusant s’y produisit : un cheval au caractère difficile ne laissait personne l’approcher, mais dès qu’il aperçut Thorstein, il hennit doucement et posa le museau contre son épaule. — D’où te connaît-il ? demanda le maître des écuries, stupéfait. C’était l’un des chevaux ramenés du voyage par Randur, qui le présentait comme son propre trophée. Au même moment, au palais, Tekla refusait de confirmer l’histoire inventée par Randur. — Ce n’est pas lui qui m’a sauvée, déclara-t-elle fermement. Et je n’accepterai pas un mariage comme récompense offerte à quelqu’un pour le mérite d’un autre. Le roi Alfhelm ne força pas sa fille. Un soir, Tekla entendit dire que le nouvel homme des écuries avait beaucoup voyagé et demanda qu’on l’invite dans la grande salle pour raconter ses aventures. Dès que Thorstein entra, elle le reconnut. — Père, voici celui qui m’a aidée à rentrer ! Devant toute la cour, Thorstein raconta calmement son histoire depuis le début. Les marins, honteux d’être restés silencieux jusque-là, confirmèrent la vérité. Le roi entra dans une grande colère contre Randur et voulut le punir très sévèrement. Mais Thorstein dit : — J’ai appris qu’une bonté sans justice est faible. Mais une justice sans mesure peut devenir de la vengeance. Qu’il perde sa fonction et quitte le royaume. Cela suffit. Randur fut banni de la cour. Thorstein et Tekla prirent longtemps le temps de parler de tout ce qu’ils avaient vécu avant de décider de se marier. Plus tard, lorsque le roi Alfhelm devint âgé, ils commencèrent à gouverner le pays ensemble. Thorstein demeura généreux. Mais avant toute aide importante, il se posait désormais trois questions : « Qui en a réellement besoin ? » « Est-ce que cela réparera le problème, au lieu de simplement le repousser ? » « Est-ce juste pour les autres ? » Les habitants remarquèrent que sa bonté n’avait pas diminué. Au contraire, elle était devenue plus forte. Car le meilleur cœur n’est pas celui qui donne tout sans réfléchir. C’est celui qui sait aider de telle sorte qu’après son geste, le monde soit réellement un peu meilleur.

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