Couverture : Un duel inégal, ou Pourquoi le carabao a le sabot fendu

Philippines

Un duel inégal, ou Pourquoi le carabao a le sabot fendu

Pays
Philippines
Âge
5–9 ans
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Un duel inégal, ou Pourquoi le carabao a le sabot fendu

Sur un vieux sentier forestier se rencontrèrent un jour un grand carabao et une petite Tortue. Le carabao était puissant, avec de larges cornes et des sabots lourds. La Tortue était lente, mais réfléchissait vite. — Belle matinée, dit-elle. Marchons ensemble. Le voyage paraît plus court à deux. Le carabao éclata de rire. — Toi, avec moi ? Lorsque tu atteindras la prochaine colline, j’aurai déjà fait sept fois le tour de la forêt. La Tortue fut vexée. — Tout ne dépend pas de longues jambes. — Vraiment ? demanda le carabao. — Faisons une course. Jusqu’au-delà de sept collines. Le carabao accepta, certain de gagner. La Tortue savait qu’elle ne pouvait le battre à la course. Elle imagina donc une ruse. Elle demanda à sept autres tortues qui lui ressemblaient de l’aider. Chacune devait attendre sur une colline et, à l’arrivée du carabao, sortir la tête en disant : — Je suis déjà là ! Le jour de la course arriva. Au signal, le carabao partit comme une flèche. Il grimpa la deuxième colline. Une tortue l’attendait. — Je suis déjà là ! Le carabao resta bouche ouverte. Il repartit encore plus vite. Sur la troisième colline : — Je suis déjà là ! Puis la quatrième. La cinquième. La sixième. À chaque fois, la même voix semblait l’attendre. Sur la septième colline, la dernière tortue déclara calmement : — Je suis déjà là. J’ai gagné. Épuisé et furieux, le carabao frappa le sol du sabot près de la tortue. La Tortue rentra aussitôt dans sa carapace et ne fut pas blessée. Mais le sabot du carabao heurta durement la carapace et se fendit au milieu. Le carabao recula, surpris et honteux. La Tortue ressortit doucement la tête. — Tu vois, la force ne donne pas le droit de se moquer des autres. Puis elle ajouta après un silence : — Mais moi non plus, je n’ai pas tout à fait gagné honnêtement. J’ai utilisé une ruse parce que je voulais absolument te donner une leçon. Le carabao baissa la tête. — Je n’aurais pas dû te mépriser. Et je n’aurais surtout pas dû me mettre en colère parce que j’avais perdu. — Et moi, je n’aurais pas dû faire croire que j’avais réellement couru plus vite que toi. Tous deux comprirent qu’une dispute peut pousser chacun à faire une erreur différente : l’un par orgueil, l’autre par désir de prouver sa valeur à tout prix. Depuis ce jour, raconte la vieille histoire, le sabot du carabao est resté fendu en deux. Comme un petit rappel : avant de se moquer, de tricher ou de frapper le sol de colère, il vaut mieux s’arrêter et réfléchir. Car la vraie force commence par le respect.

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