

Japon
Urashima Tarō, le jeune pêcheur
- Pays
- Japon
- Âge
- 6–10 ans

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Urashima Tarō, le jeune pêcheur
Sur la côte japonaise, dans le petit village de Mizu-no-e, vivait un jeune pêcheur nommé Urashima Tarō.
Chaque matin, il se levait avant le soleil. Le ciel commençait à peine à pâlir, les vagues roulaient doucement sur les galets, et Urashima portait déjà ses filets et son panier jusqu’à sa barque.
Il aimait la mer. Il savait reconnaître les jours où elle serait paisible et ceux où il valait mieux ne pas s’éloigner. Il devinait les changements de vent en observant les nuages et pouvait rester des heures dans son bateau, simplement à écouter le clapotis de l’eau.
Mais les habitants l’estimaient surtout pour sa bonté.
Un jour, en rentrant chez lui le long de la plage, Urashima entendit des cris et des rires d’enfants.
Quelques garçons se tenaient sur le sable. Ils avaient trouvé une petite tortue de mer et l’empêchaient de rejoindre l’eau : tantôt ils lui barraient le passage avec un bâton, tantôt ils la retournaient en arrière.
— Hé, les amis, appela Urashima. Pourquoi lui faites-vous peur ?
— On joue, c’est tout ! répondit l’un des garçons.
Urashima s’accroupit près de la tortue.
— Pour vous, c’est peut-être un jeu. Pour elle, c’est effrayant. Elle essaie simplement de rentrer chez elle.
Les garçons ne semblaient pas décidés à partir. Alors Urashima leur donna les quelques pièces qu’il avait sur lui et leur demanda de lui laisser la tortue.
Lorsqu’ils furent partis, il prit délicatement le petit animal dans ses mains.
— Voilà, petite voyageuse. Le chemin est libre maintenant.
Il la porta jusqu’au bord de l’eau. La tortue toucha la première vague avec ses pattes, se retourna presque comme pour regarder son sauveur, puis nagea vers le large.
— Bon voyage, dit Urashima avant de reprendre son chemin.
Le lendemain matin, il repartit en mer. Le soleil était déjà haut et la côte n’était plus qu’une fine ligne à l’horizon lorsqu’un bruit d’éclaboussure retentit près de la barque.
Urashima se pencha par-dessus le bord.
Une grande tortue nageait à côté de lui.
— Bonjour, Urashima Tarō, dit-elle soudain d’une voix humaine.
Le pêcheur faillit lâcher sa rame.
— Tu… tu parles ?
— Oui. Et je suis venue te remercier pour ta bonté d’hier.
Urashima la regarda attentivement. C’était bien la même tortue, mais elle semblait maintenant beaucoup plus grande.
— Je t’ai seulement aidée à retourner à la mer.
— Et c’est justement pour cela que l’on souhaite t’accueillir au palais du Roi Dragon, tout au fond des flots. Veux-tu voir un endroit que presque aucun humain n’a jamais contemplé ?
Urashima hésita à peine.
— Oui.
— Alors accroche-toi bien.
Il monta sur le dos de la tortue. Elle plongea sous la surface, et pourtant, par un étrange enchantement, Urashima pouvait respirer librement.
Ils descendirent de plus en plus profondément. Des poissons argentés passaient autour d’eux. Les coraux rouges ondulaient tels des arbres sous-marins, tandis que la lumière du soleil se brisait très loin au-dessus en milliers d’étincelles mouvantes.
Enfin, de hautes portes ornées de perles apparurent devant eux. Derrière se dressait un palais magnifique.
Des poissons vêtus d’habits colorés accueillirent Urashima. Puis une jeune princesse vint à sa rencontre.
— Sois le bienvenu, dit-elle. Je suis Otohime. Hier, j’étais la tortue que tu as sauvée. Je voulais savoir si ton cœur était vraiment aussi généreux qu’on le disait. Maintenant, je connais la réponse.
Urashima s’inclina.
— Je n’ai rien fait d’extraordinaire.
— La bonté paraît souvent petite à celui qui la donne, répondit la princesse. Pour celui qui la reçoit, elle peut représenter le monde entier.
Un grand festin fut préparé en son honneur. Urashima goûta des plats qu’il n’avait jamais vus, écouta une musique merveilleuse et se promena dans les jardins du palais.
Le plus étonnant de ces jardins possédait quatre côtés, chacun plongé dans une saison différente.
À l’est, c’était le printemps : des pétales roses tournoyaient autour des branches.
Au sud, l’été brillait dans une verdure baignée de soleil.
À l’ouest, l’automne flamboyait de rouge et d’or, et les feuilles bruissaient sous les pas.
Au nord, un silence d’hiver reposait sous la neige.
Urashima passait d’une saison à l’autre en quelques pas et ne cessait de s’émerveiller.
Il lui semblait n’avoir passé que quelques jours heureux au palais. Pourtant, un soir, il pensa soudain à sa maison.
Il revit son père et sa mère, le sentier familier qui descendait vers la mer, sa barque près du rivage.
— Je dois rentrer, dit-il à la princesse Otohime.
Elle parut triste.
— N’es-tu pas heureux ici ?
— Au contraire. Je n’ai jamais vu un endroit aussi merveilleux. Mais mes parents m’attendent. Ils doivent être très inquiets.
Otohime resta silencieuse un long moment.
— Si ton cœur t’appelle vers ta maison, je ne te retiendrai pas.
Avant son départ, elle lui apporta une petite boîte laquée nouée d’un cordon.
— Prends-la. C’est un tamate-bako. Garde-la précieusement, mais promets-moi une chose : ne l’ouvre jamais.
— Je te le promets, répondit Urashima.
La tortue le ramena à travers la mer. Peu après, Urashima aperçut enfin la côte qu’il connaissait.
Il posa le pied sur le sable et regarda autour de lui avec joie.
Mais cette joie se changea presque aussitôt en stupeur.
La côte était la même… et pourtant tout était différent.
À l’endroit où se trouvait autrefois la vieille maison de pêcheur se dressait une autre demeure. Le chemin du village avait changé. Les arbres étaient devenus immenses. Les habitants portaient des vêtements inconnus et le regardaient comme s’ils ne l’avaient jamais vu.
Urashima courut jusqu’à l’endroit où se trouvait autrefois sa maison.
— Excusez-moi, dit-il à un vieil homme près d’un portail. Les parents d’Urashima Tarō habitaient ici. Savez-vous où ils sont ?
L’homme leva les sourcils.
— Urashima Tarō ? C’est un nom que l’on trouve dans une très vieille histoire.
— Mais je suis Urashima Tarō.
Le vieillard secoua la tête.
— C’est impossible. Mon grand-père lui-même me racontait la légende d’un jeune pêcheur disparu un jour en mer. On dit que cela s’est passé il y a trois cents ans.
Urashima eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds.
Trois jours dans le palais sous-marin.
Trois cents ans sur la terre.
Il parcourut le village jusqu’au soir, cherchant des lieux familiers et interrogeant les habitants. Mais ses parents, ses amis et sa maison avaient disparu depuis longtemps.
Il ne restait que la mer, les montagnes et une vieille histoire au sujet d’un pêcheur disparu plusieurs générations auparavant.
Urashima s’assit sur la plage. La boîte d’Otohime reposait sur ses genoux.
« Comment puis-je revenir en arrière ? pensa-t-il. Peut-être y a-t-il une réponse à l’intérieur. Peut-être qu’en l’ouvrant, je retrouverai le chemin du palais. »
Mais il se souvint aussitôt de sa promesse.
Ne jamais l’ouvrir.
Il resta longtemps à tenir la boîte dans ses mains. Le soir tombait. Les vagues avançaient sur le sable, puis se retiraient.
La solitude et la confusion finirent par l’emporter sur sa prudence.
— Juste un instant, murmura-t-il.
Il dénoua le cordon et souleva le couvercle.
Un mince nuage violet s’échappa de la boîte. Il tourna autour d’Urashima avant de dériver au-dessus de la mer.
Au même moment, tout le temps qui ne l’avait pas touché dans le palais sous-marin sembla revenir vers lui d’un seul coup. Ses cheveux devinrent argentés, ses mains se couvrirent de rides et ses épaules s’alourdirent sous le poids des années écoulées.
Alors il comprit : la boîte conservait ses années terrestres. Tant qu’elle était restée fermée, le temps n’avait pas pu le rattraper.
Urashima ferma les yeux et entendit dans sa mémoire la voix de la princesse :
« Garde-la précieusement. Ne l’ouvre pas. »
Il comprenait enfin pourquoi cette promesse avait tant d’importance.
Le lendemain matin, des pêcheurs trouvèrent sur la plage un vieil homme aux cheveux blancs qu’ils n’avaient jamais vu.
Ils lui apportèrent de l’eau et de la nourriture. Lorsqu’il leur raconta qui il était, ils eurent d’abord du mal à le croire.
Mais l’homme connaissait des détails sur l’ancien village que l’on ne trouvait dans aucun livre.
Les habitants lui offrirent un refuge.
Le soir, les enfants venaient s’asseoir près de la mer pour écouter son histoire extraordinaire : la tortue, le palais sous les vagues, le jardin des quatre saisons et la princesse Otohime.
Urashima regardait souvent l’horizon. Sa famille lui manquait, tout comme le monde merveilleux sous la mer, mais il apprit à chérir ce qui lui restait : chaque matin, chaque conversation, chaque personne présente à ses côtés.
Et la mer continuait de murmurer exactement comme trois cents ans auparavant.
Peut-être que, quelque part très loin sous les vagues, la princesse Otohime regardait elle aussi vers la côte des humains et se souvenait du jeune pêcheur au cœur généreux.
Depuis ce temps, l’histoire d’Urashima Tarō se transmet de génération en génération. Elle rappelle que le temps est un cadeau précieux et qu’une promesse mérite d’être tenue surtout au moment où l’on a le plus envie de la rompre.
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