Couverture : Uyan le courlis

Australie

Uyan le courlis

Pays
Australie
Âge
4–8 ans
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Uyan le courlis

Dans des temps très anciens, au milieu de vastes plaines et de terres basses où l’eau brillait entre les herbes après la pluie, vivait un jeune homme nommé Uyan. Uyan connaissait parfaitement les sentiers, savait trouver de l’eau pendant les grandes chaleurs et reconnaissait les cris des oiseaux avant même que les autres ne remarquent leur présence dans le ciel. Mais il y avait une chose qu’il ne réussissait jamais à faire : chasser l’émeu, rapide comme le vent. Sa mère, Blearga, souhaitait vivement que son fils rapporte de grosses prises. Chaque fois qu’Uyan rentrait les mains vides, elle soupirait. — Les autres ne reviennent pas seuls de la chasse. Ne peux-tu donc pas attraper au moins un émeu ? Uyan baissait les yeux. — J’essaie, maman. — Essayer ne suffit pas, répondait-elle. Il faut obtenir un résultat. Ces paroles pesaient lourd sur Uyan. Il savait que chacun possède des talents différents, mais il n’osait pas le dire à voix haute. Il voulait tant que sa mère soit fière de lui. Le lendemain matin, il partit plus tôt que tout le monde. Le soleil effleurait à peine la cime des herbes lorsqu’il découvrit des traces d’émeu. Il les suivit longtemps. Tantôt il courait, tantôt il se cachait derrière un buisson, tantôt il s’immobilisait pour écouter. Enfin, il aperçut devant lui un grand oiseau gris. Uyan se lança à sa poursuite. L’émeu fit quelques pas fulgurants et disparut avec une telle facilité qu’on aurait dit que le vent l’avait emporté à travers la plaine. Uyan essaya encore. Puis une nouvelle fois. À midi, il était épuisé et l’émeu toujours aussi loin. « Qu’est-ce que je vais dire en rentrant ? pensa-t-il. Maman sera encore déçue. Tout le monde croira que je ne suis bon à rien. » Sur le chemin du retour, il aperçut près d’un marais des buissons aux grosses racines rougeâtres. Uyan savait qu’elles étaient amères et presque immangeables. Mais, vues de loin et enveloppées dans de larges feuilles, elles pouvaient ressembler à des morceaux de viande séchée. Une mauvaise idée lui vint alors. « Je dirai que c’est de la viande d’émeu. Juste cette fois. Demain, j’en attraperai forcément un vrai. » Il coupa quelques racines, les enveloppa dans des feuilles et les rapporta au camp. Blearga fut ravie. — Tu vois ! Je savais que tu réussirais. Uyan sourit, mais ce sourire ne lui apporta aucune joie. Son mensonge était déjà entre lui et les siens, pareil à un petit caillou dans une chaussure. Une fois cuites, les racines se révélèrent extrêmement amères. Ceux qui goûtèrent le plat repoussèrent aussitôt leur bol. — Quel goût étrange, dit une femme. — Et cela ne ressemble pas du tout à de l’émeu, ajouta une autre. Uyan répondit rapidement : — Cet émeu mangeait sans doute des herbes amères. Le lendemain, sa mère lui demanda de nouveau de rapporter une prise. Uyan retourna dans la plaine, aperçut encore un émeu et, une fois de plus, ne parvint pas à le rattraper. Et de nouveau, au lieu de rentrer et de dire la vérité, il se rendit au marais chercher des racines rouges. Mais cette fois, Blearga et deux de ses amies le suivirent discrètement. Elles voulaient comprendre pourquoi cette étrange « viande » avait toujours le même goût amer. Elles découvrirent Uyan près de l’eau. Accroupi, il nettoyait les racines couvertes de boue rouge et les enveloppait dans des feuilles. Blearga sortit de derrière les buissons. — Uyan. Le jeune homme tressaillit. Il regarda sa mère, puis les racines qu’il tenait dans ses mains, et comprit qu’il ne servait plus à rien d’inventer une nouvelle histoire. — Je n’ai pas attrapé d’émeu, dit-il doucement. Ni hier, ni aujourd’hui. Personne ne cria. Uyan en eut encore plus honte. — Pourquoi ne nous as-tu pas dit la vérité ? demanda sa mère. — Parce que j’avais peur que tu penses que je valais moins que les autres. Blearga resta longtemps silencieuse. Puis elle regarda le vaste marais où des oiseaux tournaient au-dessus de l’eau. — Je voulais que tu deviennes un chasseur habile, dit-elle. J’ai tellement insisté là-dessus que je n’ai pas remarqué tout ce que tu savais déjà faire. Mais toi aussi, tu devais dire la vérité. Ton mensonge n’a fait que rendre les choses plus difficiles. Uyan hocha la tête. Il avait besoin de rester seul un moment, alors il s’enfonça plus loin dans le marais. La boue rouge lui couvrait les jambes presque jusqu’aux genoux. Il avançait entre les roseaux en écoutant le froissement des herbes et les cris lointains des oiseaux. Et là, pour la première fois depuis longtemps, il se sentit apaisé. Il savait où l’eau était peu profonde et où une mare profonde se cachait sous les herbes. Il remarquait les traces les plus minuscules sur la rive. Il pouvait rester immobile pendant des heures à écouter la vie du marais. Les jours suivants, Uyan revint encore et encore dans cet endroit. Il montra aux autres où l’eau propre s’accumulait après la pluie, où poussaient des plantes comestibles et où nichaient des oiseaux qu’il valait mieux ne pas déranger. On découvrit que son attention et sa connaissance du pays étaient tout aussi précieuses que la capacité de rattraper un émeu. Les gens remarquèrent aussi un étrange oiseau des marais aux longues pattes. Elles paraissaient rougeâtres, comme s’il venait de sortir de la même boue où Uyan s’était autrefois tenu. Le soir, l’oiseau levait la tête et lançait au-dessus de l’eau un long appel. — Vous entendez ? disaient les gens. On dirait qu’Uyan nous rappelle de ne pas essayer de devenir quelqu’un d’autre. C’est ainsi que, dans ce vieux récit, apparut Uyan le courlis, oiseau des longues rives et des marais tranquilles. Et lorsqu’une personne avait peur d’avouer qu’elle ne réussissait pas quelque chose, les anciens lui rappelaient : — Mieux vaut rentrer les mains vides avec des paroles vraies qu’avec un panier rempli de mensonges. Car chacun possède sa propre force. Et parfois, elle se révèle précisément lorsque l’on cesse de prétendre être quelqu’un que l’on n’est pas.

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