

Corée du Sud
Le Géant qui éternue
géant, éternuement, humour, merveille
- Pays
- Corée du Sud
- Âge
- 4–8 ans

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Le Géant qui éternue
Au pied des montagnes coréennes vivait monsieur Kim avec sa famille : sa femme, leurs quatre enfants et un petit chien.
Kim était un brave homme, mais il avait une habitude peu utile : il espérait toujours que la chance viendrait frapper à sa porte toute seule.
— Aujourd’hui, je vais trouver quelque chose de précieux, disait-il le matin.
Puis il s’asseyait devant sa maison et réfléchissait longuement à l’endroit où cette chose précieuse pourrait bien venir le trouver.
Un jour, sa femme posa devant lui un bol presque vide.
— Kim, lui dit-elle, les enfants ont besoin d’un dîner. Va dans la montagne. Tu n’es pas obligé de chercher de l’or. Ramasse des poires, des baies ou du raisin. L’essentiel, c’est de ne pas revenir avec seulement des rêves.
Kim soupira, prit un panier et emprunta le sentier qui montait dans la montagne.
D’abord, il regarda à ses pieds, au cas où une pierre précieuse y brillerait. Puis il fouilla sous les buissons, à la recherche d’une racine rare. Enfin, il se mit tout simplement à chercher des baies.
Mais ce n’était pas son jour.
Le soleil était déjà haut dans le ciel et son panier restait vide.
Enfin, Kim arriva dans une clairière et aperçut une immense silhouette de pierre, sculptée à même la falaise.
C’était un antique Mireuk. Autrefois, un monastère se dressait tout près. Mais les années avaient passé, les arbres avaient grandi, les sentiers avaient disparu sous la végétation, et le géant de pierre était resté là, contemplant la vallée de son regard paisible.
Il était si grand que son nez ressemblait à un balcon de pierre, et qu’une troupe entière de voyageurs aurait pu tenir sur sa large tête.
Des vignes sauvages s’enroulaient autour de ses épaules et de sa poitrine.
C’est alors que Kim remarqua quelque chose d’extraordinaire.
Tout là-haut, un petit poirier poussait dans une fissure, près de la tête du géant. À sa branche la plus éloignée pendait un seul et unique fruit.
Mais quel fruit !
Gros, doré, bien mûr.
— Voilà notre dîner ! se réjouit Kim. Une poire comme celle-là suffira pour tous les enfants.
Il posa son panier par terre et commença à grimper le long des vignes.
Il atteignit le menton de pierre.
Puis la bouche.
Puis il s’agrippa au grand nez.
Mais la poire était toujours trop haut.
— Encore un petit effort, marmonna Kim.
Il essaya de se hisser sur la pierre lisse. Impossible.
Il tenta de prendre appui sur la joue. Son pied glissa.
Il regarda l’oreille gigantesque. Trop loin.
Soudain, Kim aperçut une ouverture sombre dans le nez de pierre.
— Si je me glisse là-dedans, je trouverai peut-être un rebord à l’intérieur. De là, je pourrai monter plus haut.
Ce n’était pas la meilleure idée qu’un homme eût jamais eue.
Mais la poire était très appétissante.
Kim glissa prudemment une main dans la narine de pierre.
Puis une épaule.
Puis la tête.
À l’intérieur, il faisait sombre et frais.
— Encore un tout petit peu…
Il se poussa vers l’avant.
Et soudain, il entendit :
— Hmmm…
Kim se figea.
Sous ses mains, la pierre semblait trembler.
— Hmmmmmm…
— Oh non, pas ça, murmura Kim.
Un terrible chatouillement se fit sentir dans un nez.
Pas celui de Kim.
Celui du géant.
— A-A-A-A-A…
Kim se dépêcha de reculer pour ressortir.
— …TCHO-O-O-O-OUM !
L’éternuement roula à travers les montagnes comme le grondement d’un immense tambour.
Les oiseaux s’envolèrent des arbres.
Les feuilles frémirent.
Et une bourrasque emporta doucement Kim hors du nez de pierre, jusque dans un buisson touffu.
— Aïe ! dit Kim, les cheveux pleins de feuilles.
Il tâta ses bras, ses jambes et sa tête. Tout était à sa place.
Alors, quelque chose bruissa au-dessus de lui.
Frouf !
Boum !
L’énorme poire venait de tomber juste à côté de son panier.
Kim leva les yeux vers le géant de pierre.
— Merci… enfin, je crois, dit-il.
Bien sûr, Mireuk ne répondit pas. Il était redevenu immobile et paisible, comme s’il n’avait jamais éternué de sa vie.
Kim mit la poire dans son panier et se hâta de rentrer.
Le petit chien l’aperçut le premier. Il passa le museau par sa petite ouverture dans la porte et aboya joyeusement.
Les enfants accoururent à sa rencontre.
— Papa, qu’est-ce que tu as rapporté ?
Kim déposa solennellement la poire sur la table.
— Ce soir, nous allons manger un fruit que le géant de pierre m’a offert.
— Offert ? s’étonna sa femme.
— Eh bien… d’abord, je lui ai un peu chatouillé le nez.
Pendant le dîner, Kim raconta tout du début à la fin. Les vignes. Le nez immense. La narine sombre. Et l’éternuement qui avait fait trembler la montagne.
Les enfants riaient tant qu’ils avaient du mal à manger leur poire.
Et sa femme lui dit :
— Tu vois, Kim ? Il arrive vraiment qu’on trouve la chance. Mais pour cela, il faut tout de même sortir de chez soi.
Depuis ce jour, Kim prit plus souvent son panier pour aller travailler ou ramasser les fruits de la forêt.
Et lorsqu’il passait devant le vieux Mireuk, il se montrait très poli.
Et plus jamais il ne grimpa dans son nez.
