Couverture : Le tétras ensorcelé

Finlande

Le tétras ensorcelé

tétras, coffret verrouillé, compassion, promesse, conséquences

Pays
Finlande
Âge
7–11 ans
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Le tétras ensorcelé

Autrefois, au milieu des forêts de Finlande, se dressait une petite maison de bois. Un vieux père et une vieille mère y vivaient avec leur fils Helli et sa femme.

La famille était pauvre. En hiver, il fallait économiser chaque bûche ; au printemps, chaque poignée de grain ; en automne, tous travaillaient du matin au soir pour que la réserve ne se vide pas avant la nouvelle récolte.

Les soucis continuels troublaient parfois la paix de la maison. La femme de Helli travaillait beaucoup et se fatiguait souvent. Quand les tâches s’accumulaient, elle se mettait à parler sèchement. Helli, lui non plus, ne trouvait pas toujours les bons mots, et ses vieux parents essayaient de ne pas intervenir dans les querelles des jeunes.

Un matin, Helli prit son arc et partit dans la forêt.

— Je vais essayer de rapporter quelque chose pour le souper, dit-il.

La journée fut mauvaise. Helli marcha longtemps parmi les pins et les épicéas, vit des traces d’animaux, entendit des battements d’ailes, mais ne rapporta aucun gibier. Lorsque le soleil commença à descendre, il ne lui restait qu’une seule flèche.

Alors, près des buissons, il aperçut un grand tétras.

L’oiseau se tenait tout près.

Helli leva son arc.

Mais soudain, le tétras parla d’une voix humaine :

— Ne tire pas sur moi, mon frère. Emmène-moi plutôt vivant chez toi.

Surpris, Helli baissa son arc.

— Tu sais parler ?

— Comme tu le vois.

— Mais à la maison, on attend le souper.

Helli tendit de nouveau la corde.

— Ne tire pas, répéta le tétras. Emmène-moi avec toi.

Helli hésitait. Il imaginait la marmite vide, les visages fatigués de ses proches et la discussion difficile qui l’attendait à la maison.

Il leva son arc une troisième fois.

— Je t’en prie, dit doucement l’oiseau. Accorde-moi la vie.

Helli baissa lentement sa flèche.

— D’accord. Puisqu’un être vivant me demande grâce, je ne peux agir autrement.

Il prit délicatement le tétras dans ses bras.

— Nourris-moi pendant un an, dit l’oiseau en chemin, et je te récompenserai.

Quand Helli rentra, sa famille fut étonnée.

— Tu as rapporté un oiseau vivant ? demanda sa femme. Et qu’allons-nous manger ?

— Nous nous contenterons d’un souper plus simple, aujourd’hui, répondit Helli. Il m’a demandé de ne pas lui faire de mal. J’ai donné ma parole.

Le vieux père regarda le tétras et dit :

— Un seul oiseau n’a pas besoin de beaucoup de grain. Essayons.

La femme de Helli soupira. Elle n’aimait pas dépenser de la nourriture alors qu’ils en avaient déjà si peu, mais elle accepta.

Ainsi, le tétras resta chez eux.

Chaque jour, Helli lui donnait du grain, apportait de l’eau propre et le laissait se promener dans la cour. L’oiseau devint vite un membre de la maison. En hiver, il s’abritait de la neige sous l’auvent ; au printemps, il marchait près des carrés du potager ; en été, il aimait se percher sur la clôture pour regarder la forêt.

Une année passa.

Un matin, une étrange plume de cuivre apparut dans la queue du tétras. Elle brillait au soleil comme un petit morceau de métal poli.

L’oiseau arracha la plume, la laissa dans la cour et disparut.

— C’est donc toute la récompense ? s’étonna la femme de Helli. Une plume pour une année entière ?

Mais le lendemain matin, le tétras revint.

— Nourris-moi encore un an, demanda-t-il. Je te récompenserai.

Helli accepta.

La deuxième année passa. Cette fois, une plume d’argent poussa dans la queue du tétras. Il la laissa à Helli, disparut une journée, puis revint en volant.

— Encore une année, dit l’oiseau.

— Bien, répondit Helli. Nous avons commencé ensemble. Allons jusqu’au bout.

La troisième année, une plume d’or apparut dans la queue du tétras. Elle brillait même à l’ombre.

Toute la famille comprit alors qu’elle avait devant elle un oiseau bien différent des oiseaux ordinaires de la forêt.

Le lendemain matin, le tétras dit :

— Helli, le moment est venu de te remercier vraiment. Monte sur mon dos.

— Sur ton dos ? dit Helli en riant. Mais tu es plus petit que moi !

Pourtant, dès qu’il toucha les plumes, le tétras grandit jusqu’à devenir aussi gros qu’un beau cheval.

Helli s’installa en s’agrippant fermement de ses mains et ils s’envolèrent.

D’abord, la forêt familière défila sous eux. Puis ce furent des lacs, des rivières argentées, des collines et des villages lointains. Enfin, un océan immense s’étendit devant eux.

Helli n’avait jamais vu autant d’eau.

— Tiens-toi bien, le prévint le tétras.

Il plongea soudain, frôla presque une vague du bout de l’aile, puis remonta tout aussi rapidement.

Helli en eut le souffle coupé.

— Pourquoi as-tu fait cela ?

— Te souviens-tu d’avoir levé trois fois ton arc contre moi ? demanda le tétras. Je voulais que tu comprennes un peu ce que l’on ressent en attendant sans savoir ce qui arrivera l’instant suivant.

Helli réfléchit.

— Je comprends maintenant. Pardonne-moi.

— Tu m’as épargné, répondit l’oiseau. C’est pour cela que nous volons ensemble.

Après cela, le vol devint paisible.

Au bout d’un moment, quelque chose ressemblant à une colonne de cuivre apparut à l’horizon.

— C’est la maison de ma sœur aînée, dit le tétras. Elle voudra te remercier de m’avoir sauvé. Si elle te propose un cadeau, demande un petit coffret fermé à clé, dont la clé a été perdue depuis longtemps.

Ils se posèrent près d’un palais de cuivre. La sœur aînée du tétras les accueillit chaleureusement, écouta leur histoire et dit :

— Helli, choisis ce que tu voudras parmi mes trésors.

— Alors, offre-moi le petit coffret fermé sans clé.

La maîtresse des lieux secoua la tête.

— Je ne peux pas te le donner. Demande autre chose.

Helli ne discuta pas.

— Dans ce cas, merci pour ton hospitalité, mais je n’ai pas besoin d’un autre cadeau.

Il repartit en volant avec le tétras.

Bientôt, un nuage d’argent brilla à l’horizon. C’était le palais de la deuxième sœur.

Elle accueillit, elle aussi, son frère et son hôte avec joie, puis proposa à Helli de choisir une récompense.

— Je voudrais un petit coffret fermé, dont la clé a été perdue.

— Tout sauf celui-là ! répondit la sœur. Il m’est trop cher.

Helli refusa de nouveau poliment les autres trésors.

Ils s’élevèrent une troisième fois dans le ciel.

Au loin, une lumière dorée brillait, comme si le soleil s’était caché derrière un nuage léger.

— Ma plus jeune sœur vit là-bas, dit le tétras.

Le palais d’or était chaleureux et lumineux. La plus jeune sœur serra le tétras dans ses bras, car elle ne l’avait pas vu depuis longtemps. Quand elle entendit parler de Helli, elle lui dit :

— Tu as épargné mon frère alors que tu aurais pu lui faire du mal. Moi aussi, je veux faire quelque chose de bon pour toi. Demande ce que tu souhaites.

— Un petit coffret sans clé.

La sœur réfléchit un instant, puis apporta un petit coffret sombre.

— C’est l’un de mes biens les plus précieux. Mais je te l’offre.

Helli la remercia et, après s’être reposés, ils prirent le chemin du retour.

En route, le tétras lui dit :

— N’ouvre pas le coffret et garde-le bien entre tes mains. Lorsque tu trouveras l’endroit où tu voudrais vraiment vivre, pose-le simplement par terre.

Ils survolèrent des vallées vertes, de hautes montagnes, des lacs limpides et des villes riches.

— Peut-être ici ? demandait le tétras.

— C’est beau, mais non, répondait Helli.

— Et ici ?

— Non plus.

Enfin, la forêt familière apparut au loin et, derrière elle, la vieille maison de bois.

Helli sourit.

— Voilà où je veux vivre. Chez moi.

Le tétras se posa dans la cour.

— Alors, il est temps de nous dire adieu, dit-il. Trois fois, tu m’as épargné, puis tu as pris soin de moi pendant trois ans. Grâce à cela, l’enchantement qui me retenait sous la forme d’un oiseau s’est dissipé. Je peux maintenant retrouver ma véritable apparence.

— Nous ne nous reverrons donc plus ?

— Qui sait ? Le monde est grand et les bons chemins se croisent parfois de nouveau.

Le tétras battit des ailes, s’illumina d’un éclat doré et disparut entre les arbres.

Ce soir-là, la famille se réunit autour de la table. Helli raconta l’océan, les palais de cuivre, d’argent et d’or, puis posa le coffret au milieu de la pièce.

Le couvercle produisit de lui-même un léger déclic.

La maison trembla doucement, comme si elle s’éveillait après un long sommeil, sans rien d’effrayant. Les murs s’écartèrent, le toit se souleva, les petites fenêtres devinrent grandes et lumineuses. Derrière la porte apparurent une vaste réserve, une cuisine chaude, un jardin, une écurie et de bonnes terres, assez pour que la famille n’ait plus à craindre la faim.

Tous restèrent longtemps sans rien dire.

— C’était donc cela, la récompense ? demanda enfin la femme de Helli.

— Sans doute, répondit-il. Mais il me semble que le plus important s’est produit bien avant.

— Quoi donc ?

— J’ai écouté celui qui demandait de l’aide, même s’il m’était difficile de m’arrêter.

Sa femme réfléchit, puis dit à voix basse :

— Moi, ces derniers temps, je me fâchais si souvent parce que j’avais toujours peur que la nourriture et les forces nous manquent. J’aurais sans doute dû le dire franchement, au lieu de crier.

— Et moi, j’aurais dû te demander plus souvent comment t’aider, reconnut Helli.

Depuis ce jour, la maison devint plus prospère et plus paisible. On partageait le travail, les vieux parents se reposaient davantage et Helli et sa femme apprirent à parler des difficultés avant qu’elles ne se transforment en disputes.

Ils conservèrent les plumes de cuivre, d’argent et d’or près de la fenêtre. Lorsque le soleil les éclairait, elles rappelaient à toute la famille une chose simple : parfois, le plus grand miracle commence par une petite décision, celle de ne pas faire souffrir lorsque l’on peut choisir la compassion.